230512

Trait d'humour

dessins15

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220512

Petit monde

La plupart des êtres vivants sont petits et nous passons facilement à côté
En termes pratiques, ce n'est pas toujours mauvais. Vous dormiriez peut-être moins bien si vous aviez conscience que votre matelas abrite environ 2 millions d'acariens microscopiques qui viennent dans votre sommeil se régaler de vos fluides sébacés et de ces déli­cieux fragments de peau bien croustillants que vous abandonnez en dormant. Votre oreiller à lui seul peut en abriter 40000. (Pour eux, votre tête n'est qu'une énorme sucette.) Et ne croyez pas tout changer avec une taie d'oreiller propre : pour des animaux de la taille des acariens, la trame du tissu humain le plus ferme est comme le gréement d'un navire. Si votre oreiller a six ans (ce qui semble être l'âge moyen d'un oreiller), on a estimé qu'un dixième de son poids sera constitué « de  peau morte, d'acariens vivants, d'acariens morts et de crottes d'acariens », pour citer l'homme qui a effectué le calcul, le Dr John Maunder du British Medical Entomo­logy Center 27. (Mais au moins, ce sont vos acariens. Pensez à ce qui se blottit contre vous chaque fois que vous vous allongez sur un lit de motel*.)

(...)

En fait, il ne sert à rien de chercher à tout prix à vous garer de vos bactéries, car elles sont en permanence sur vous et autour de vous, en quantités à peine concevables. Si vous êtes en bonne santé et raisonnablement soucieux de votre hygiène, vous aurez en permanence une horde de 1000 milliards de bactéries paissant sur vos plaines charnues - soit une centaine de milliers par centimètre carré de peau. Elles sont occupées à festoyer de la dizaine de milliards de fragments de peau que vous perdez chaque jour, sans compter les fluides appétissants et les minéraux fortifiants qui suintent de chacun de vos pores. Vous êtes pour elles le meilleur des hypermarchés, avec l'avantage d'une chaleur et d'une mobilité constantes. En guise de remerciement, elles vous donnent vos odeurs corporelles.

(...)

Comme nous sommes assez gros et assez intelligents pour produire et utiliser des antibiotiques et des désinfectants, nous tendons à penser que nous avons banni les bactéries aux marges de notre existence. Ne croyez pas cela. Les bactéries ne construisent pas de villes et elles n'ont peut-être pas une vie sociale très passionnante, mais elles seront encore là quand le soleil explosera. C'est leur planète, et nous n'y sommes que parce qu'elles le veulent bien.

 Bill Bryson, Une histoire de tout, ou presque...

bacteries

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210512

L'arbre de la vie

Chacun de nous a deux parents, quatre grands-­parents, huit arrière-grands-parents, et ainsi de suite. Le nombre de nos ancêtres double à chaque fois que nous remontons d'une génération dans notre arbre généalogique. En poursuivant ce raisonnement, si nous remontions de trente-six générations, le nombre de nos ancêtres serait de 2[36], soit 70 milliards de per­sonnes : puisque vingt-cinq ans séparent en moyenne une génération de la suivante, remonter de trente-six générations équivaut aà remonter le temps d'environ neuf cents ans, soit jusque vers l'an 1100. Si nous remontions jusqu'a l'an 0, au moment de la nais­sance du Christ, le nombre de nos ancêtres devrait être en théorie d'un million de milliards de milliards (10[24]). Si vous pensez que ces nombres sont incroya­blement grands, vous aurez raison, car ils sont bien plus élevés que le nombre total (50 milliards) d'indi­vidus à avoir jamais vécu sur Terre depuis l'aube de l'humanité. A l'évidence, ces chiffres nous disent que chacun de nous ne peut posséder un arbre généalo­gique totalement distinct de celui des autres. Sinon, nous courons le risque de surpeupler le globe de per­sonnes qui n'ont jamais existé ! A un moment donné dans le passé, nos lignées généalogiques ne peuvent que se rencontrer et s'unir.
Ainsi, en remontant assez loin dans le temps, nous devenons tous des cousins éloignés. Nous pouvons tous nous targuer d'être de lointains parents de Thomas Jefferson (auteur de la Déclaration d'indé­pendance americaine en 1776), de l'empereur Char­lemagne au IXe siecle, de Joseph et Marie en l'an 0 ou du Bouddha en l'an 500 avant notre ère. En fait, si nous remontons assez loin, et puisque la popula­tion humaine décroît de plus en plus en amont, la conclusion inévitable est que tous les individus présents sur Terre aujourd'hui descendent d'un ancêtre commun. Cette conclusion extraordinaire est confir­mée par les anthropologues quand ils nous disent qu'en effet nous descendrions tous d'une lointaine ancêtre vivant dans la savane africaine il y a quelques millions d'années et qu'ils ont baptisée Lucy, d'apres la chanson des Beatles "Lucy in the sky with diamonds".
Plus étonnant encore : le décodage du génome de l'homme et d'autres espèces vivantes nous révèle que cette convergence d'arbres généalogiques en un seul arbre ne concerne pas seulement celui-la, mais également toutes celles-ci. Par exemple, nous parta­geons 99,5 % de nos gènes avec les chimpanzés. Ce qui implique que nous descendons d'un ancêtre commun et que, si nous pouvions retracer l'arbre généalogique des chimpanzés assez loin, nous ver­rions qu'il se confondrait inévitablement avec le notre à une periode reculée du passé. Ce qui est vrai pour les chimpanzés l'est aussi pour tous les autres orga­nismes vivants, des dauphins qui batifolent dans l'océan aux rossignols qui nous charment de leurs chants, aux cigales qui nous bercent durant les nuits d'été, aux grands chênes qui bordent la route, aux champignons qui tapissent le sol des forêts, aux roses qui nous enivrent de leur parfum délicat, etc. Que les organismes vivants soient des hommes, des animaux ou des plantes, les branches séparées de leurs arbres généalogiques se recoupent et se rejoi­gnent inévitablement, tôt ou tard, pour ne plus for­mer qu'un seul et unique arbre - celui de la vie.
Partez de n'importe quelle branche de l'arbre de la vie. En allant de branche en branche, de ramifi­cation en ramification, toujours vous trouverez un chemin qui vous ramenera au tronc central. II y a environ 500 millions d'années, mon ancêtre était un poisson. Remontons le temps d'encore un milliard et demi d'années : mes aïeux étaient des bacteries. Nous descendons tous, en fait, d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années. La vie a surgi dans ce très lointain passé d'un seul et unique événement.

Trinh Xuan Thuan, Origines - la nostalgie des commencements

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200512

Revenir chez soi

Vous vous promenez à la campagne un dimanche matin. C'est beau. Il y a des fleurs. Et vous prenez conscience, tout à coup, que depuis dix minutes, vous n'avez rien vu, rien senti, rien entendu. Vous étiez complètement absorbée par votre discours intérieur. Vous étiez « ailleurs ». Dans le futur, dans le passé, dans vos histoires avec Pierre, Jean, Jacques. Si vous revenez ici et maintenant, vous prenez soudain conscience de la caresse du vent sur votre peau, vous entendez de nouveau les enfants crier au loin, vous prenez de nouveau conscience du jaune et de l'orange des fleurs dans le champ. La pensée a pour fonction de nous amener dans le passé et le futur. Pour le corps, il n'y a ni passé ni futur. Il y a seulement ce qui se passe dans l'instant. Nous ne sommes jamais tout à fait là. Nos pensées, disent les Orientaux, nous hypnotisent. Elles sont comme un voile devant nos yeux, un écran de fumée qui encrasse les fenêtres de nos sens. Nous substituons continuellement la pensée à l'expérience directe. Dans les cultures orientales, ce discours intérieur incessant et quasi permanent constitue le principal obstacle à la connaissance et à La réalisation de soi-même. « Perdez la tête et retrouvez vos sens » est devenu, au cours des années le leitmotiv des nouvelles approches en psychologie. On rejoint par là un des éléments essentiels de la sagesse zen.

Méditer n'est pas non plus réfléchir à quelque chose. Au contraire, l'essentiel de la méditation consiste à ne plus penser du tout, à laisser le silence s'installer en soi. En fait, méditer n'est pas à proprement parler un acte. C'est plutôt un état. Une façon d'être.
On a toujours l'esprit occupé. On finit par être si habitués à l'agitation de notre esprit, au trafic incessant de nos pensées, qu'on finit par croire que ces pensées sont l'essence même de notre moi. On a fini par oublier que notre nature de base en est une de silence intérieur et que lorsque nous touchons des plages de ce silence, nous pouvons toucher du même coup l'extase d'exister tout simplement.
Les préjugés sur la méditation sont nombreux. On voit en la méditation un acte exotique, compliqué, alors qu'on peut méditer en mangeant, en marchant, en faisant la vaisselle. « Quand je mange, je mange ; quand je bois, je bois ; quand je dors, je dors », dit te maître zen à son disciple qui lui demande le secret de sa paix intérieure. « Simplement ça ? », dit le disciple déçu. Facile ? Essayez donc de manger pendant plus dune minute sans penser à autre chose...

Le grand mythologue américain Joseph Campbell montrait du doigt l'ampoule du plafond à ses étudiants et leur demandait : « Êtes-vous l'ampoule ou la lumière qui passe à travers l'ampoule ? » Il considérait la réponse à cette question essentielle. Qui suis-je ? Suis-je la lampe ou la flamme à l'intérieur de la lampe ? Ou suis-je les deux ?
Les sages, les saints et les êtres éveillés de différentes cultures nous répètent constamment que nous sommes la lumière qui passe à travers l'ampoule, alors que nous nous tuons à nous identifier à l'ampoule et que nous refusons de croire que nous pouvons être aussi la lumière. Méditer, c'est commencer à réaliser que si notre corps est l'ampoule qui contient la lumière, notre conscience, elle, est cette lumière qui circule indépendamment des courts-circuits ou des bris de verre. Nous sommes beaucoup plus vastes que ce que nous croyons.
Un soufi (ascète de l'Islam) qui toute sa vie s'est prosterné devant son Dieu, a, sur ses derniers jours, le « flash », la révélation : « Je suis celui que j'adore ».
Pour bon nombre de traditions orientales, il n'y a pas de Dieu extérieur à nous-même. Il n'y a, disions-nous, que des êtres réalisés, « éveillés », et d'autres qui ne le sont pas. Nous sommes tous des Bouddhas non arrivés à terme.
Le Bouddha en moi ressemble en certains points à un chat ou à un bébé. Merveilleux bébés d'avant la culture ! Observez-les : entiers, curieux, présents totalement ici et maintenant. C'est le sens du « redevenez comme des enfants » du Christ et, encore une fois, de la plupart des traditions mystiques. Non pas « Retombez en enfance », non pas « Redevenez infantiles », mais retrouvez en toute conscience la pureté, la curiosité animale, la totalité des tout-petits. Le tao a une superbe image qui résume bien la maturité consciente du vieillard et la spontanéité radicale de l'enfant : celle du vieil enfant. Devenez le vieil enfant. Retrouvez l'expérience directe d'un enfant découvrant le monde. Voyez, sentez, touchez, goûtez comme si c'était la première et la dernière fois. Cultivez la sagesse du vieillard qui a vu mille fois l'eau couler sous le pont, et qui sait d'expérience que tout change, et l'innocence de l'enfant qui sait voir un trésor dans une goutte d'eau.

Une des premières découvertes du méditant consiste à mettre en lumière tout le fonctionnement interne de la formation des pensées et des images. Pas de façon intellectuelle, mais par la simple auto-observation. Avez-vous déjà observé comment se forme une pensée ? D'abord, elle est vague, lointaine. Puis elle se précise peu à peu et envahit tout votre champ mental. Puis elle redevient de nouveau imprécise et disparaît. Même processus pour les émotions et les sensations. Elles émergent, éclatent et disparaissent comme des fleurs.
Méditer, c'est apprendre à voir les événements de votre vie pour ce qu'ils sont : des nuages passagers.
Vous êtes le ciel. Pensées, émotions, sensations, toutes les choses qui vous arrivent sont des nuages. Parfois les nuages sont noirs, parfois les nuages sont blancs, parfois ils s'accumulent jusqu'à masquer le ciel, parfois ils passent rapidement. Ils vont, ils viennent. Peu importe leur nombre, leur couleur, le temps qu'ils restent, ils ne sont que des nuages. Et vous, le ciel, vous demeurez inchangé.

Méditer, c'est aussi prendre contact avec ce qui en vous ne change pas. Les soufis nomment cela l'état d'hôte. Il y a l'hôte (vous) et il y a les invités (les pensées, les émotions, les sensations). Ne confondez pas l'hôte et les invités. Ne vous identifiez pas aux invités. Ils ne sont pas faits pour rester. C'est dans ce sens que bon nombre de traditions mystiques parlent de détachement. Il y a vous, et il y a la tristesse qui maintenant passe en vous. N'accrochez pas. La tristesse n'est que l'invitée qui passe dans l'auberge. Tôt ou tard elle sen ira. Seul l'hôte demeure.

Méditer, c'est commencer à s'aimer et à s'accepter sans se juger. Nous nous jugeons continuellement. Et le jugement nous fait sortir automatiquement de l'état méditatif. Le jugement requiert une comparaison constante du passé et du présent. Il nous ramène tout de go dans nos pensées. Il est peut-être nécessaire pour vivre en société, mais quand on revient à l'intérieur de soi, il devient une barrière, un obstacle. Quand on se juge, on s'empêche d'être comme on est. Plus vous prenez vos sentiments pour ce qu'ils sont (des nuages, des invités), plus vous vous regardez avec une sorte de bienveillance souriante. Tout passe. Et vous le savez. Vous vous permettez de plus en plus d'être totalement ce que vous êtes.

Méditer, ce n'est rien d'autre que revenir chez soi. En fait, il n'y a rien à faire dans la méditation. Ce n'est pas réciter un mantra, ce n'est pas faire une prière. Tout cela, c'est la technique qui ne fait que préparer la chambre pour recevoir l'invité. Méditer est simplement revenir chez soi et prendre un peu de repos. Il n'y a pas un « autre part» où aller dans la méditation. Il s'agit seulement d'être là où vous êtes, d'occuper tout l'espace où vous êtes. C'est ça, méditer.

Paule Lebrun Magazine Lumière - mars 1999

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190512

Histoire de cellules

La cellule moyenne vit rarement plus d'un mois, mais il y a des exceptions notables. Les cellules du foie peuvent survivre des années, bien que leurs compo­sants puissent se renouveler toutes les semaines. Les cellules cérébrales durent aussi longtemps que vous. Vous en avez une centaine de milliards à la naissance et vous n'en aurez jamais davantage. On a estimé que vous en perdez 500 à l'heure, de sorte que si vous avez à réfle­chir sérieusement, il n'y a pas une seconde à perdre. La bonne nouvelle, c'est que tous les composants de vos cellules cérébrales sont constamment renouvelés, de sorte que, comme les cellules du foie, aucune d'elles ne risque d'avoir plus d'un mois. On dit parfois qu'il n'y a pas un fragment de nous - pas une seule molécule - qui ait fait partie de nous voici neuf ans. Cela n'y paraît pas, mais au niveau cellulaire, nous sommes tous des gamins.

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..."

180512

Géminca


geminca


Pendant des années les astronomes ont recherché la cause d'une source de rayons gamma, détectée en 1972, par le satellite américain SAS2, dans les Gémeaux. Il faudra attendre 1987 pour localiser avec certitude le responsable. C'est une étoile, située à 300 al du Système solaire, qui explosa il y a 350 000 ans. C'est une supernova préhistorique. Géminca se déplace à la vitesse de 100 km/s vers le Lynx qu'il atteindra dans 500 000 ans.
Pourquoi avoir eu temps de difficultés pour le trouver ? Tout simplement, il a eu le temps de se diluer et de nous englober.
Mais comment la Terre a t-elle subi un tel bombardement de particules ? Quelles furent les conséquences d'un tel cataclysme ? On parle de la disparition des ¾ de la couche d'ozone, de l'augmentation du dioxyde d'azote, de l'obscurcissement du ciel, d'un refroidissement, d'une redistribution de la vie, etc. Si l'on tient compte de la concordance des temps, Géminga pourrait être responsable de la première glaciation du Riss et peut-être de la disparition des mammouths. On observe aussi à cette époque - le Pléistocène - une étape importante de l'hominisation. La question est posée. Géminca a-t-il favorisé l'émergence de l'homme ? Rien n'est moins sûr. Mais ce dont nous sommes certains, c'est qu'ils ont observé la supernova. Pendant des semaines, voire des mois, un 2e Soleil plus pâle que ce dernier, mais dix fois plus brillant que la pleine Lune, était présent dans le ciel.
Après l'explosion, pendant des milliers d'années, une gigantesque et magnifique nébuleuse a gonflé dans le ciel. Des générations l'ont vue illuminer le firmament comme une splendide et permanente aurore boréale. Un jour, elle dévora le ciel en entier. 30 000 ans après le cataclysme, le voile de lumière s'éparpillant doucement, a englobé la Terre. Nous étions entrés dans la Bulle Locale. Nos enfants en sortirons un jour, dans quelques milliers d'années.

jcboulay.free.fr

 

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160512

à côté de la vie

Souvent, nous passons à côté de nos vies.
Si souvent, il nous arrive de ne pas être dans ce qu’on fait ! D’être à côté …
À côté de nos bonheurs. Tous ces dimanches où on pense au lundi et où on ne profite pas du repos et de ses proches. Puis ces lundis où l’on regrette de ne pas avoir savouré son repos, et où du coup on n’est pas disponible pour ce qu’on a à faire ; alors on le fait avec difficulté et sans plaisir. Ce qui entraîne des retards, des complications, du déplaisir, et de nouveaux états d’âme désagréables.
À côté des petites choses pas importantes. Toutes les fois où on n’écoute pas ce qu’on nous dit, où l’on est absent, ailleurs. Toutes les fois où l’on ne sait plus où on a rangé quelque chose. Toutes les fois où on est allé quelque part sans y penser, en « pilotage automatique », On arrive et on s’aperçoit qu’on a marché ou conduit dans un état second, dans un autre univers : pas dans la réalité mais dans nos états d’âme.
À côté des moments importants. Combien de mariages, de cérémonies, de « grands moments » traversés dans un état second, où on se focalise sur tout sauf sur l’essentiel : l’instant présent. Parce que notre esprit est encombré de tant de choses et de soucis que l’on n’est capable ni de contrôler ni d’écarter.
Par moments, c’est presque toute notre vie qui prend l’habitude de s’écouler comme ça, hors de nous, à côté de nous, devant nous. Et nous suivons en trottinant derrière, en essayant de ramasser les morceaux, et d’en faire une construction cohérente après coup, en recollant souvenirs, photos, et réflexions éparses. Nous sommes victimes de la rémanence : l’instant d’avant dévore l’instant présent. Ou de l’anticipation et de l’inquiétude : l’instant d’après occupe nos pensées. L’instant présent n’existe plus : noyé dans le néant.
Mais passer à côté du présent, est-ce que ce n’est pas passer à côté de sa vie ?

Christophe André, Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité

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130512

Mon nom est personne : les deux approches du Moi

Le bouddhisme et la psychanalyse avaient un point commun de taille : tous deux se penchaient sur l'étude approfondie du Moi. En allant au-delà des divergences, il était tentant de faire une jonction entre les deux courants. C'est le psychanalyste Jack Engler qui y parvint avec pertinence, grâce à un atout que ses pairs ne possédaient pas : il était aussi enseignant en méditation bouddhiste. Pour Engler, le bouddhisme et la psychanalyse se rejoignaient sur une affirmation aussi incontestable que révolutionnaire : le « moi » est une construction trompeuse. Le bouddhisme la désigne sous le terme de croyance de La personnalité, et le freudisme la nomme image internalisée. Cette notion complexe est fondamentale dans les deux courants ; aussi, elle mérite que nous prenions quelques lignes pour la simplifier.
Quand je dis « moi, je... », j'évoque en réalite une création virtuelle, fabriquée sur le socle des contacts avec le monde objectif. Au fil du temps et des expériences qui le façonnent, ce Moi se « convainc » d'être quelque chose de constant, de continu dans le temps, d'être une seule et même chose cohérente. Apparences que tout ceLa ! clament ensemble Freud et Bouddha. Oui, comme le dit la sagesse indienne, La personnalité n'est qu'une habitude bâtie sur la mémoire. De petites questions simples et amusantes illustrent ce paradoxe troublant. Si je regarde une photo de mon enfance, je dis aussitôt : « ça, c'est moi à 5 ans ! ». Or le moi que je suis à présent est fondamentalement différent de l'enfant que je fus jadis ! Mon apparence physique, ma personnalité et mon attitude d'adulte n'ont plus rien à voir avec celles de I'enfant qui exista. Les cellules, les atomes même qui me composent aujourd'hui ne sont définitivement plus ceux qui me constituaient autrefois ; d'autres les ont remplacés, et la matière organique qui m'animait joyeusement à 5 ans fait maintenant partie de la Nature, ou de quelqu'un d'autre !
De même, à partir de quel moment le milk-shake banane que je déguste dans un fast-food devient-il du moi ? Quand il est dans mon estomac ? Quand ses constituants sont assimilés par mes neurones ? Ou quand son glucose permet de fabriquer de la pensée dans mon cerveau ? Ces « différents messieurs dont je me compose » se jugeraient méconnaissables s'ils avaient à se rencontrer. Pourtant je les reconnais et je les accueille, sans discernement et sans conteste, au sein d'un seul et même moi. Parions que même si le destin m'amenait à perdre bras et jambes, je continuerai opiniatrement à me sentir autant « moi » qu' avant cette avanie.
Mais les deux courants s'opposent et rejoignent les craintes de Carl Gustav Jung. Un psychanalyste fit une synthèse lumineuse en soulignant la contradiction suivante. Brièvement, la psychanalyse soutient ceci : l'une des causes de la souffrance psychologique vient du manque de solidité de notre « moi ». A l'inverse, la psychologie bouddhique soutient que toutes nos souffrances viennent justement ce « moi », illusoire et trompeur. Aiors que les thérapies psychanalytiques tentent de restituer de la solidité au « moi », certains courants spirituels invitent à dissoudre ce même « moi »... Que choisir ? Après s'être demandé si ces deux théories se contredisaient ou pas, l'auteur termine par une formule percutante : « il faut d'abord être quelqu'un avant de pouvoir être personne ». La psychanalyse peut aider chacun à consolider son « moi », avant que la méditation n'amène à en dépasser les limites.

Dr Frédéric Rosenfeld :"Méditer c'est se soigner"

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100512

Quand je mange, je mange

Il y a bien longtemps, en Chine, un jeune moine demanda à son maître zen : « Qu’est-ce que l’éveil ? Comment est-ce pour vous ? » À quoi le maître répondit : Quand je mange, je mange. Quand je dors, je dors. »
On ne fait généralement guère attention à ce qu’on dit ou fait. On mange, sans vraiment manger ; on dort, sans vraiment dormir. Notre esprit est distrait, nos pensées partent dans tous les sens. On est souvent trop occupé à se lamenter sur le passé ou à s’y raccrocher, quand on n’est pas en train d’anticiper l’avenir ou de le redouter. Au lieu d’habiter pleinement son corps et de ressentir son vécu, on n’est qu’à demi conscients – dans les meilleurs cas. Pas complètement présents, à peine conscients. Pour preuve de ce triste état de choses, les bêtises et les aberrations qu’on commet en traversant l’existence comme en pilote automatique.
À force d’être si occupé et si pressé, on oublie de rester en contact avec ce qu’on est et ce qu’on fait. Si bien qu’on passe à côté de la beauté et de la tristesse, à côté de la réalité de sa vie, de sa texture particulière. On passe à côté de la vérité de ses expériences, d’instant en instant. Le manque de vigilance nous rend inattentif : on blesse les autres sans réfléchir, parfois même sans s’en apercevoir. Et l’on se fait soi-même du mal. On s’endort continuellement aux commandes de sa vie, risquant toutes sortes d’accidents physiques autant qu’affectifs.
Faute d’être pleinement conscients, on marche sur la fourmi, ou pire. On ne fait pas attention à son vécu dans l’immédiateté de l’instant présent et, quand enfin on lève le nez, on est déjà embarqué dans des relations personnelles désastreuses. Faute d’être attentif aux êtres qui nous sont chers, on se retrouve avec des enfants distants et des conjoints furieux. Le manque de vigilance et de conscience alerte a des répercussions dans tous les domaines, depuis les clés qu’on égare jusqu’aux vies qui dérapent. Conscience du présent et vigilance signifient savoir ce qu’on fait et ce qu’on dit. Contrairement aux apparences, il n’est pas facile de vivre pleinement le moment présent. Pas plus que de maintenir une conscience lucide et de rester vigilant.

Lama Surya Das, Éveillez le Bouddha qui est en vous

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