On ne peut entendre un son que par l'intermédiaire de l'ouïe et l'on ne peut voir un objet que si le sens de la vue en permet la perception. Il n'y a pas d'objet sans vision et de vision sans objet. Nous ne devrions donc pas dire que nous voyons un objet ou nous entendons un son, mais au contraire que nous constatons l'activité de la vision ou de l'ouïe.
Mais cela n'est pas suffisant, en allant encore plus loin, on peut comprendre qu'il n'y a aucune perception possible si la conscience elle-même ne pénètre pas les organes des sens. Le monde n'est donc pas autre chose que sensorialité et, en toute rigueur métaphysique, on ne doit pas dire qu'on voit un objet mais seulement qu'on constate la présence de la conscience.
On peut dire qu'il y a des vagues et de l'écume, mais ce n'est rien d'autre que de l'eau. Les formes ne sont pas réellement distinctes de leur essence. On peut expliquer qu'elles sont une expression ou une manifestation de cette essence, mais elles sont quand même essence.

Jean Klein - La joie sans objet (Edition Almora)