Je découvre que ne pas se percevoir comme séparé est quelque chose de très simple, en fait. C'est juste une manière de se situer dans l'espace, dans le monde. C'est sentir que je suis différente de ce qui m'entoure dans la forme, mais identique dans l'essence.
L'ultime, l'arrière plan, le niveau superlumineux de la conscience - pour reprendre l'expression du physicien David Bohm - est toujours là. Il est l'océan dans lequel nous barbotons. Le ressentir demande de développer de la finesse car c'est un plan très subtil. Aucune densification, c'est d'une légèreté absolue. Les sensations, les pensées et les émotions le dissimulent car elles sont plus denses et accaparent l'attention.
Pour le percevoir, il faut le calme émotionnel et mental et imagnier que toute perception sensorielle disparaît. Ces outils de la conscience perdent alors en densité et les voiles se soulèvent pour l'ultime. Il ne reste que la perception d'être.
(...)
Peu à peu, à force d'y exercer son attention, la perception du subtil va s'affiner. Jusqu'au moment où il ne sera plus voilé par le mental ni les sensations. Il pourra alors être perçu en permanence, sans qu'il soit nécessaire de faire un effort de centrage.
La sensation qui en découle est un enveloppement doux et caressant, un frémissement ininterrompu, un rayonnement. Les pensées, les émotions et les sensations s'en imprègnent et deviennent à la fois plus fines et plus paisibles.

 

Suyin Lamour - Extrait de "La joie d'être" aux Editions Accarias L'ORIGINEL