060611

L'alchimiste

Tout ce que nous craignons, c'est de perdre ce que nous possédons, qu'il s'agisse de notre vie ou de nos cultures. Mais cette crainte cesse  lorsque nous comprenons que notre histoire et l'histoire du monde ont été écrites par la même main.

Paulo Coelho "l'Alchimiste"

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040611

La force du Bouddhisme

L'interdépendance (...) a été enseignée par le Bouddha lui-même, plus particulièrement dans l'Avatamsaka-Sûtra. Impossible, nous dit ce Sûtra, de trouver un objet qui soit sans rapport avec tous les autres. Un maître contemporain du Zen, Tchich Nhat Hanh, dans un recueil de textes récents, prend comme exemple une feuille de papier. Sans même parler du stylo et de l'encre, tout a un rapport avec cette feuille de papier. Elle est faite d'éléments non-papier. Si nous renvoyons tous ces éléments à leur source, la fibre au bois, le bois à la forêt, la forêt au bûcheron, le bûcheron à son père et à sa mêre, et ainsi de suite, nous constatons qu'en réalité la feuille de papier est vide. Elle n'a pas de soi séparé. Elle est faite de tous les éléments non-soi, non-papier.
(...)
D'un autre côté les physiciens nous assurent que notre matière (c.a.d. les particules) ne meurt pas, ne peut pas mourir. Nos particules se recomposent en d'autres corps, végétaux, animaux et autres, qui à leur tour pourrons connaître ce que nous appelons la mort. Et le nombre de ces particules est si élevé - nous disent, et même nous démontrent les scientifiques - qu'à chaque respiration nous inspirons quelques particules de Socrate, de son vêtement, des oignons qu'il mangeait, et non seulement de Socrate et de Jules César, mais de tous les millions et millions d'anonymes qui ont marché sur cette Terre, composés de la même matière élémentaire qui passe inlassablement de l'un à l'autre...
(...)
Nous disons que l'esprit s'illusionne lui-même, à chaque instant, dans la perception sommaire qu'il a du monde. Et que cette perception erronée doit nécessairement être corrigée, à moins de choisir de vivre dans l'erreur. Nous disons que notre agitation naturelle nous égare, qu'aucune relation véritable ne peut être établie avec le monde si nous ne parvenons pas à la paix de l'esprit.
(...)
Las de leur existence médiocre et inutile, des oiseaux s'élancent à la recherche de leur roi mythique qui s'appelle Simorgh. La plupart, fatigués, déçus ou séduits par les surprises du voyages et les idoles qu'ils rencontrent, s'arrêtent en route. Un petit groupes d'oiseaux opiniâtres, conduit par la huppe, franchissent les déserts et les septs vallées d'émerveillement et de terreurs. Epuisés, les ailes brûlées, ils parviennent enfin en présence de l'oiseau roi.
Cent rideaux s'écartent, une vive lumière brille, mais ils ne voient rien qu'un miroir. Une voix leur dit que ce miroir est la seule vérité. Ce Simorgh qu'ils ont cherché, c'est eux-mêmes. Il ne faut rien attendre d'autre. La voix ajoute une phrase magnifique dont les échos retentirons longtemps dans la poésie persane : "Vous avez fait un long voyage pour arriver au voyageur."

J.C. Carrière et le Dalaï-Lama "La force du Bouddhisme"

030611

La matière et la vie

Nous classons le cristal parmi les objets inanimés. Pourtant, les phénomènes qui se déroulent en son sein résultent du jeu des mêmes lois naturelles que ceux qui se produisent au coeur d'une bactérie, d'une plante ou d'un animal, classés parmi les êtres vivants. La différence fondamentale entre ses deux catégories ne tient pas dans le fait que les seconds possèdent une caractéristique spécifique que l'on dénommerait "vie". Elle réside dans leur hypercomplexité. Et cette hypercomplexité leur apporte, tout naturellement, des pouvoirs inédits. Ce cheminement, du simple initial au complexe actuel s'est opéré sans rupture. Des seuils ont successivement été dépassés, mais sans rompre une continuité qui permet de voir dans les êtres d'aujourd'hui, si fabuleux soient-ils, l'aboutissement d'un processus commencé aussitôt après le Big Bang.

Albert Jacquard "La matière et la vie"

020611

Dieu et la science

Devant moi, sur le rebord de la fenêtre, il y a un papillon, posé près d'un petit caillou. L'un d'eux est vivant, l'autre ne l'est pas, mais quelle est au juste la différence entre les deux? Si nous nous plaçons au niveau nucléaire, c'est à dire à l'échelle des particules élémentaires, cailloux et papillon sont rigoureusement identiques. Un palier au dessus, au niveau atomique. quelques différences se manifestent, mais elles ne concernent que la nature des atomes et restent donc faibles.
Franchissons encore un stade. Nous voici au royaume des molécules. Cette fois les différences sont beaucoup plus importantes et concernent les écarts de matière entre le monde minéral et le monde organique. Mais le saut décisif est franchi au niveau des macromolécules. A ce stade, le papillon semble infiniment plus structuré, plus ordonné que le caillou.
Ce petit exemple nous a permis de saisir la seule différence de fond entre l'inerte et le vivant: l'un est tout simplement plus riche en informations que l'autre.


J. Guitton, I. et G. Bogdanoff "Dieu et la science"

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010611

Cosmos

Lorsqu'ils discutent de la structure à grande échelle du Cosmos, les astronomes aiment à dire que l'espace est courbe ou que le cosmos n'a pas de centre, ou que l'univers est fini mais sans limite. Qu'entendent-ils donc par là ?
Imaginons que nous vivions dans une étrange contrée où tous les habitants seraient parfaitement plats : le Flatland. là, certains d'entre nous sont des carrés, d'autres des triangles, d'autres ont des formes plus complexes. Nous entrons et sortons de nos maisons plates, préoccupés par nos affaires et nos idylles également bidimensionnelles. Chacun, dans le Flatland a une longueur et une largeur, mais pas de hauteur. Nous savons reconnaître la droite de la gauche, ce qui est devant et ce qui est derrière, mais nous n'avons pas la moindre idée de ce que peuvent signifier "en haut" et "en bas". les mathématiciens (plats) essaient bien de nous expliquer: "Ecoutez, c'est pourtant facile. Imaginez: droite, gauche, en avant, en arrière. Tout va bien jusqu'ici ? Bon, alors imaginez une autre dimension qui coupe à angle droit les deux autres."
Et nous répondons: "Mais de quoi êtes-vous en train de parler? A angle droit par rapport aux deux autres? Il n'existe que deux dimensions. Montrez-nous donc la troisième. Où se trouvent-elle ? " A ce point les mathématiciens démoralisés abandonnent la partie. Personne n'écoute les mathémati­ciens.(...)
Un jour, une créature à 3 dimensions – mettons qu’elle ait la forme d’une pomme -  arrive dans le Flatland, planant au dessus de ce qui l'entoure. Ayant remarqué un carré particulièrement sympathi­que qui entrait dans sa maison plate, la pomme décide, en un geste d'amitié interdimensionnelle, de le saluer.
"Comment allez-vous? demande le nouveau venu. Je suis un visiteur de la troisième dimension." Le pauvre carré fait le tour de sa maison fermée et ne voit personne. Pis encore, il a l'impression que ces salutations, qui pourtant lui viennent d'en haut, émanent de son propre corps (plat), comme une voix intérieure. Il fait preuve de cran, se rappelant peut-être qu'il y a un petit grain de folie héréditaire dans sa famille.
Exaspérée qu'on la prenne pour une aberration mentale, la pomme pénètre dans le Flatland, prouvant qu'une créature tridimensionnelle peut y exister, du moins partiellement, car on ne peut en voir qu'une section : les points de contact avec la surface plane du Flatland. Une pomme s'insérant dans le Flatland apparaîtrait tout d'abord comme un point s'agrandissant progressivement en une tranche à peu près circulaire. Le carré voit apparaître ce point dans une chambre fermée de son monde à deux dimensions, un point qui grossit lentement jusqu'à former une sorte de cercle. Une créature de forme étrange et changeante a surgi de nulle part.
Mortifiée, mécontente de trouver ces gens plats aussi obtus, la pomme envoie d'une pichenette le carré voleter et tournoyer en l'air, dans cette mystérieuse troisième dimension. Pour commencer, le carré ne comprend pas ce qui lui arrive et qui est sans commune mesure avec l'expérience qu'il peut avoir. Puis il finit par se rendre compte qu'il a du Flatland une vision privilégiée : plongeante. Il peut voir à l'intérieur des chambres fermées, à l'intérieur de ses concitoyens. Il contemple son univers d'un point de vue unique, incroyable... Du point de vue des autres habitants du Flatland, il a disparu, sans qu'on sache comment, d'une chambre fermée, et puis s'est matérialisé à partir de nulle part.
(...)
Si une créature quadridimensionnelle existait elle pourrait, dans notre univers tridimensionnel, se matérialiser et disparaître à volonté, changer considérablement de forme, nous arracher hors d'une pièce fermée à clef et nous faire ressurgir de nulle part. Elle pourrait aussi nous retourner comme un gant. Pour cela, différents moyens sont possibles. Le moins agréable aurait pour résultat d'exposer à l'extérieur nos viscères, tandis que le cosmos tout entier - galaxies, planètes, vraiment tout - serait au dedans de nous. Je ne suis pas sûr que cette idée me plaise.


Carl Sagan "Cosmos"

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