210611

Le grand escalier

Tout ce qu'on voit est le passé, un passé très récent pour les objets qui nous entourent, mais pas toujours négligeable. Prenons l'exemple de l'heure exacte au dix millième de seconde. Durant ce bref instant la lumière parcourt trente kilomêtres; ce que vous voyez au delà de cette distance n'est plus le présent. Lorsque vous regardez une retransmission sportive à la télévision, vous la voyez avec un retard de deux dixièmes de seconde, car l'image s'envole d'abord vers un satellite géostationnaire qui plane à trente six milles kilomêtres, puis elle redescend avant de passer dans les studios. Un coureur de cent mêtres est en avance de deux mêtres sur l'image en "direct", un joueur de tennis vient de terminer son coup de raquette lorsque vous voyez son execution, un sauteur est déjà retombé lorsque vous le voyez franchir la barre des deux mêtres dix; quant au coureur automobile d'un grand prix, il est en avance de dix mêtres sur l'image télévisée. Le vrai présent se limite à quelques kilomêtres.

Paul Couteau "Le grand escalier"

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Boum !

Imaginez l'orbite de la Terre comme une sorte d'autoroute sur laquelle nous sommes l'unique véhi­cule, mais qui est régulièrement traversée par des piétons qui ignorent l'usage des trottoirs. Au moins 90 % de ces piétons nous sont totalement inconnus. Nous ne savons pas où ils habitent, quels sont leurs horaires, ni à quelle fréquence ils croisent notre route. Nous savons seulement qu'à des intervalles incertains ils s'avancent sur la chaussée ou nous sommes lancés à 100000 km à l'heure. Comme le disait Steven Ostro, du Jet Propulsion Laboratory: «Supposez que vous puissiez pousser un bouton pour allumer chaque asté­roïde de plus de 10 mètres de large croisant l'orbite de la Terre : il y aurait plus de 100 millions de ces objets dans le ciel.» En bref, vous ne verriez pas quelques milliers d'étoiles scintillantes, mais des millions d'objets plus proches, « tous capables d'entrer en collision avec la Terre et se déplaçant dans le ciel selon des courbes légèrement différentes à des vitesses différentes. Ce serait profondement énervant ». Eh bien, vous pouvez vous énerver, parce que c'est là, au-dessus de nos têtes. Simplement, vous ne le voyez pas.
On estime - simple hypothèse fondée sur une extra­polation du nombre de cratères sur la Lune - qu'environ 2000 astéroïdes assez gros pour mettre en péril l'exis­tence civilisée croisent régulièrement notre orbite. Mais même un tout petit astéroïde - de la taille d'une maison, disons - pourrait detruire une ville. Ce menu fretin croi­sant l'orbite de la Terre se compte probablement en centaines de milliers, voire en millions, et il est à peu près impossible de suivre ses déplacements.
Le premier, baptisé 1991 BA, ne fut repéré qu'en 1991 alors qu'il s'était dejà éloigné de nous de 170000 km - en termes cosmiques, l'équivalent d'une balle qui traverserait votre manche sans vous toucher le bras. Deux ans plus tard, un autre asteroïde plus gros nous à manqué de 145000 km - le passage le plus proche jamais enregistré. Lui aussi ne fut repéré qu'une fois passé, et il aurait donc pu nous tomber dessus sans crier gare. D'après Timothy Ferris, ces tirs rapprochès se produisent sans doute deux ou trois fois par semaine sans qu'on les remarque.
Un téléscope terrestre ne pourrait repérer un objet d'une centaine de mètres de large avant qu'il ne soit à quelques journées de nous ; encore faudrait-il qu'il soit précisément pointé dans cette direction, ce qui est fort improbable, car ce type d'objet céleste reste très peu surveillé. On dit toujours qu'il y a moins de gens dans le monde cherchant activement des astéroïdes que de personnel dans un fast food ordinaire. (Ils sont un peu plus nombreux aujourd'hui, mais à peine.)

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..."

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Le 3e souffle

Un seul être oeuvre en les six milliards d'hommes qui peuplent notre Terre-Planète. Les uns se haïssent, se détestent, se supportent, s'ignorent ou s'aiment durant leur existence qui se renouvelle sans interruption.
Pressentir, sentir, ou seulement admettre comme probable cette éventualité, c'est déjà "se mettre en route". En prendre conscience déclenche l'amorce de la transformation.

Jeanne Guesné, "le 3e souffle"

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200611

La vie est une

Quoi que soit qui ait fait naître la vie, ce n'est arrivé qu'une seule fois. C'est le fait le plus extraordinaire de  la biologie, voire de toutes nos connaissances. Tout ce qui a jamais vécu, plante ou animal, vient du même soubresaut primordial. A un moment donné d'un passé incroyablement lointain, un petit sac de produits chimiques s'est mis a gigoter. Il a absorbé quelques éléments nutritifs, a pulsé discrètement le temps de sa brève existence. Cela s'était peut-être déjà produit, et peut-être des tas de fois. Mais cette poche ancestrale a fait une chose supplementaire : elle s'est divisée et a produit un héritier. Un minuscule paquet de matériel génétique est passé d'une entité vivante à une autre, et ce processus n'a plus jamais cessé. Ce fut le moment de la création pour nous tous. Les biologistes l'appellent parfois Big Birth, la « grande naissance ».
« Où que vous alliez dans le monde, quelque plante, animal, insecte ou chose informe que vous regardiez, s'il est vivant, il utilisera le même dictionnaire et possédera le même code. La vie est une », dit Matt Ridley. Nous sommes tous le résultat d'un unique tour de magie transmis de génération en génération pendant près de 4 milliards d'années, au point que l'on peut prendre un fragment de code génétique humain, le rapiécer sur une cellule de levure défectueuse, et la cellule de levure se mettra au travail comme si c'était le sien. Et, à stricte­ment parler, c'est le sien.

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..."

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150611

L'homme superlumineux

La conscience est un tout comparable à la lumière blanche. Le passage du mur de la lumière joue sur la conscience le même rôle que joue un prisme sur la lumière blanche. Un prisme décompose la lumière en sept couleurs, le passage du mur de la lumière et l'incarnation dans le monde sous­lumineux décompose la conscience totale en personnalités multiples et en vies simultanées (qui se succèdent dans le temps du point de vue sous-lumineux).


Régis et Brigitte Dutheil "L'homme super lumineux"

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140611

Pourquoi le ciel est-il bleu ?

C'est avant tout l'atmosphère gazeuse autour de la Terre qui rend notre ciel bleu dans la journée, et non noir, comme celui que peuvent observer les astronautes. Lorsque la lumière solaire traverse le vide spatial, elle se propage en ligne droite, car rien ne vient perturber son trajet. Arrivée dans I'atmosphere, elle se heurte aux molécules d'azote (78 %), d'oxygène (21 %), de gaz carbonique et d'eau, ainsi qu'à toute sorte de par­ticules (poussières, cendres, pollens) qui la composent. Ces molécules sont agitées d'une vibration naturelle qui diffuse la lumière dans toutes les directions jusqu'à notre rétine. Mais elle n'en diffuse qu'une partie, qui dépend de la nature des molécules. Les rayons solaires visibles sont en effet des ondes électromagnetiques de longueur d'onde comprise entre 400 nanometres (nm) pour Ie violet et 700 nm pour le rouge. Or, les molé­cules de l'air diffusent mieux les longueurs d'ondes les plus courtes. Ce phénomène obéit à une loi physique, établie par Robert John Rayleigh (1875-1947) : le bleu est diffusé seize fois plus que le rouge par les particules de l'atmosphère. Théoriquement, on devrait ainsi voir le ciel en violet, de longueur d'onde encore plus courte que le bleu, mais l'oeil humain perçoit assez mal cette couleur. En outre, les particules de poussières blanches qui flottent dans I'atmosphère atténuent le violet.


Science & Vie "200 questions de la vie, 200 réponses de la science", chez Solar

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Le paradoxe du chat de Schrodinger

Un chat est enfermé dans une boîte percée d'un hublot, que l'on suppose totalement isolée du reste du monde. Dans un coin de la boîte, un échantillon d'uranium radioactif et un détecteur conçu pour ne fonctionner qu'une minute. Pendant cette minute, il y a une chance sur deux pour qu'un atome d'uranium se désintègre. Quand une désintégration se produit, l'uranium éjecte un électron qui vient frapper le détecteur. Celui-ci réagit alors en actionnant un marteau qui tombe... sur une fiole de cyanure. Et le matou monte au ciel. Une des questions que posait Schrëdinger est la suivante: juste avant de regarder par le hublot, dans quel état se trouve le chat?
Si l'on suit la plupart des physiciens fondateurs de la physique quantique, le chat doit être, juste avant le coup d'oeil par le hublot, NI mort Ni vivant, À LA FOIS mort ET vivant.
Le noeud de l'affaire est dans l'échantillon d'uranium posé dans la boîte. Aucun physicien au monde ne peut vous dire QUAND aura lieu une désintégration. Dans dix secondes, une heure, cent ans? Mystère. Tout ce que la science peut faire, c'est calculer les probabilités de cet événement. Dans ce cas précis, il y a 50% de chances pour qu'n atome d'uranium se désintègre dans la minute qui suit la fermeture de la boite. Et 50% de chances qu'il ne se désintègre pas. La physique quantique affirme que ces deux possibilités se chevauchent réellement. L'atome d'uranium est un être quantique, qui vit dans deux états superposés : intact et désintégré. Ni l'un ni l'autre et les deux. En physique quantique, en effet, observer une particule - électron, proton, ou autre - la force à se choisir un état. Elle ne peut alors plus rester dans sa superposition d'états...
(... )
Le paradoxe du chat de Schrëdinger a déchaîné les passions parmi les physiciens. Car il pose un vrai problème, celui de la mesure en physique quantique. En gros, est-ce la mesure, l'observation qui décide vraiment si le chat est mort ou vivant. ? En d'autres termes, sont-ce les mesures, les observations qui décident de la réalité des choses? Alors si les humains n'existaient pas, le monde non plus n'existerait pas! Certains physiciens (une petite minorité) ont répondu oui à cette question épineuse en suggérant des solutions bizarres.
La première a été soutenue par un prix Nobel de physique, Eugène Wigner. En gros, ce ne serait pas l'appareil de mesure mais la conscience de l'observateur qui "déciderait" finalement si le chat est mort ou vivant. En regardant par le hublot, l'oeil (dans ce cas, c'est lui l'appareil de mesure) se met dans une superposition d'états. D'un côté, un état A: uranium désintégré, détecteur excité, marteau baissé, fiole cassée, chat mort. De l'autre, un état B : uranium intact, détecteur non excité, marteau levé, fiole entière, chat vivant. Le nerf optique achemine au cerveau une onde qui est aussi dans une superposition des états A et B et les cellules réceptrices du cerveau suivent le mouvement. C'est alors que la conscience, brutalement, fait cesser le double jeu, obligeant la situation à passer dans l'état A ou dans l'état B (mais attention: rien ne nous dit POURQUOI ce serait A ou B). Comment? Ca, Wigner ne le dit pas. Mais les conséquences de sa positions sont hallucinantes: rien n'existe vraiment en dehors de ce que perçoit notre conscience !

(... )
Seconde hypothèses: la conscience n'intervient pas, les deux états A et B se séparent bien lors de la mesure mais rien ne vient trancher entre eux. Résultat: ils survivent dans deux univers parallèles ! Le chat est mort dans un univers et vivant dans l'autre! Notre conscience existe dans l'état A dans le premier univers et dans l'état B dans le second. Comme nous réalisons sans cesse des actes d'observation, cela voudrait dire qu'à chaque fois, nous nous dupliquons. Il y aurait ainsi une infinité d'univers parallèles, sans possibilité de communication entre eux, où nous existerions dans une multitude d'états différents!

Science et Vie Junior n°34

chat

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130611

Voir

-Tu penses et tu parles beaucoup trop. Tu dois cesser de parler.
- Que voulez-vous dire?
- Tu parles beaucoup trop à toi même. Tu n'es pas le seul à faire ainsi. Chacun d'entre nous le fait. Nous n'arrêtons jamais ce bavardage intérieur. Penses-y. Chaque fois que tu es seul, que fais-tu ?
- Je me parles à moi même.
- De quoi te parles-tu ?
- Je n'en sais rien. De n'importe quoi sans doute.
- Je vais te dire ce que nous nous disons. Nous parlons de notre monde. En fait avec notre bavardage intérieur nous maintenons le monde.
- Comment cela?
- Chaque fois que nous finissons de nous parler, le monde est toujours tel qu'il devrait être. Nous le renouvelons, nous lui insufflons de la vie, nous le supportons de notre bavardage intérieur. Et ce n'est pas tout, nous choisissons aussi nos chemins comme nous parlons à nous-mêmes. Par conséquent, nous répétons toujours et toujours les mêmes choix jusqu'au jour où nous mourons, cela parce que nous continuons toujours et toujours à répéter le même bavardage intérieur jusqu'au jour où nous mourons. Un guerrier est conscient de cela et il s'efforce de mettre fin à son bavardage intérieur. Ce qui constitue la dernière caractéristique d'un guerrier à connaître si tu veux vivre comme un guerrier.
- Comment puis-je cesser de me parler ?
- En premier lieu tu dois faire usage de tes oreilles pour les charger d'une part du fardeau de tes yeux. Depuis le jour de notre naissance nous utilisons nos yeux pour juger le monde. Nous parlons aux autres et à nous mêmes, en termes de ce que nous avons vu. Un guerrier est conscient de cela, et il écoute le monde. Il écoute le son du monde. (...) Un guerrier est conscient que le monde changera dès qu'il cessera de parler, dit-il et il doit être préparé pour cette monumentale secousse.
- Que voulez-vous dire?
- Le monde est comme ci ou comme ça parce que nous disons qu'il est ainsi. Si nous cessons de nous dire que le monde est comme ça, le monde cessera d'être comme ça. Seulement je ne crois pas que tu sois maintenant prêt à une telle gifle, par conséquent tu dois commencer à dé-faire très lentement le monde.

Carlos Castaneda (Voir)

120611

Voyage au coeur du chamanisme mexicain

La négation de l'inconnu est l'une des qualités intrinsèques de la culture occidentale; elle s'est d'ailleurs emparée d'une grande partie de la planète. Il n'en va pas de même avec d'autres peuples. Pour les indigènes, par exemple, l'existence de nombreux phénomènes inexplicables est une chose normale dans leur vie quotidienne. Ils sont habitués à vivre dans le mystère. Ils acceptent sans difficulté que certains faits puissent être explicables et d'autres non. Comme leur culture n'est pas fondée sur l'anthropocentrisme, l'inconnu ne les offense pas. Cette philosophie de la vie leur permets d'expérimenter la réalité explicable (tonal) et inexplicable (nagual). C'est l'inverse pour l'homme moderne. Sa confiance en lui même et son sentiment d'auto-importance résident dans l'a priori qu'il sait tout, qu'il peut tout expliquer. S'il observe un phénomène inconnu, il s'empresse de le transformer en phénomène connu; il se livre à toutes sortes d'associations mentales pour transformer l'inconnu et pouvoir affirmer en toutes circonstances: "Mais si, je connais ça ! Cela ressemble à telle ou telle chose que j'ai étudiée, connue, vue ou entendue en telle ou telle occasion..." Dans les cas extrêmes, si ce qui se présente à lui ne peut pas s'intégrer dans ce qu'il connaît déjà, il l'ignore superbement alors qu'il l'a devant les yeux et ne se rend même pas compte de ce qui lui arrive.


(... )


le problème de la plupart des religions réside dans le fait qu'elles compliquèrent tant et plus les représentations de l'Esprit, au point qu'elle les prirent pour des réalités et inventèrent Dieu. le moi et l'importance personnelle étant largement impliqué dans ce processus, Dieu finit par être l'image de l'ego de l'homme; c'est ainsi qu'on le conçoit avec des désirs, des colères, la nécessité d'être apprécié, de recevoir des éloges, etc. Parvenue à ce stade la religion incita à "croire" à toutes les histoires inventées collectivement sur Dieu et à suivre à la lettre des codes de conduite tirés de ces contes, qui coïncident, comme par hasard, avec les intérêts particuliers des minorités au pouvoir. Rien de tout cela ne s'est produit chez les anciens Toltèques, ni chez d'autres ethnies issues de la toltéquitude, qui conservent presque intacte leur religion première. C'est là le véritable chemin qui mène à l'Esprit.
le pragmatisme est un autre aspect important de la spiritualité toltèque, comme en témoigne le court entretien que j'ai eu, durant mon séjour à San Sebastian, avec don Pedro de Haro, l'un des marakames les plus puissants et respectés de la sierra wirrarika :
- Vous pensez que nous, les Indiens, sommes des idiots parce que nous croyons en de nombreuses divinités et quantité d'autres choses, n'est-ce pas? Mais notre religion, à la différence de celle des tewaris*, ne consiste pas à croire mais à "voir". Je vais te raconter ce que j'ai dit à un gringo, un de ceux qui se disent pasteurs et qui nous considèrent comme ses brebis. Il y allait si fort avec le Christ par-ci, la Bible par-là, que je lui ai dit:
"- Hum, pourquoi dites-vous tout le temps que le Christ a dit oui ou que le Christ a dit non, l'avez-vous connu?
"- Non, pas en personne.
"- Et connaissez-vous quelqu'un qui l'ait connu?
"- Ce n'est pas possible, il a vécu il y a deux mille ans...
"- Deux mille ans! Bigre! Et comment savez-vous s'il a réellement existé ou si ce ne sont que de pures inventions?
"- Parce que ses paroles sont écrites dans la Bible.
"- Ay ! Et ensuite vous venez nous dire que nous, les Indiens, sommes des crétins parce que nous croyons dans la Terre et le Soleil! Imbéciles! Imbéciles! Mais personne ne me parle de la terre, je la vois tous les jours! Et tous les jours elle me donne ses fruits: le maïs, l'eau, les haricots! Je peux la toucher, cheminer sur elle, vivre en elle! Et le Soleil...? Je reçois joue après jour sa chaleur et sa lumière. Je n'ai qu'à regarder en l'air et il est là. Et puis "le Christ qui a créé" ? Il n'a jamais rien créé que je sache; en revanche, la terre, rien qu'en jetant un coup d'oeil sur elle, je vois qu'elle produit tout le temps ! Elle nous nourrit et grâce à elle nous vivons. Alors qui sont les idiots ?"

*Métis ou blancs

Victor Sanchez "Voyage au coeur du chamanisme mexicain"

chaman

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110611

Voyage à Ixtlan

"Ici même je vais t'enseigner la première étape du pouvoir, annonça t-il comme s'il me dictait une lettre. Je vais t'enseigner comment élaborer le rêve."
Il me regarda en me demandant si j'avais compris. Ce ne pouvait être le cas. J'arrivais à peine à le suivre. Il expliqua qu'élaborer le rêve signifiait avoir un contrôle précis et pragmatique sur la situation générale d'un rêve, un contrôle exactement semblable à celui que l'on a au moment d'un choix dans le désert, par exemple grimper une colline ou demeurer dans l'ombre d'un canyon.
"II faut commencer par quelque chose de très simple, continua t-il. Cette nuit, dans tes rêves, tu regarderas tes mains."
J'éclatais de rire. Il venait de parler comme s'il s'agissait d'un acte des plus ordinaires.
"Pourquoi ris-tu ?" demanda t-il avec surprise.
- Comment puis-je regarder mes mains dans mes rêves,
- C'est très simple, concentre ton regard sur tes mains, comme ça..."
Il pencha sa tête en avant et fixa ses mains; il avait la bouche grande ouverte. Son expression était tellement comique que je ne pus m'empêcher de rire.
"Sérieusement, comment dois-je faire ?"
- Comme je te l'ai dit, répondit-il. Il est évident que tu peux, si bon te semble, regarder n'importe quoi d'autre, tes orteils, ton nombril, ou ton outil. J'ai mentionné les mains, parce que pour moi c'est la partie du corps la plus facile à voir. Ne crois pas que je plaisante. Rêver est aussi sérieux que voir ou mourir ou n'importe quoi d'autre dans ce monde effrayant et mystérieux.
(... )
"Chaque fois que dans tes rêves tu regardes quelque chose, cette chose change, dit-il après un long silence. L'astuce pour apprendre à élaborer le rêve, n'est pas, c'est évident, de simplement regarder les choses, mais de retenir leur vision Rêver est réel quand on a réussi à tout amener à devenir clair et net. Alors il n'y a plus de différence entre ce que tu fais quand tu dors et ce que tu fais quand tu ne dors pas. Comprends-tu maintenant ?"
J'avouai que même si je comprenais ce qu'il avait dit j'étais incapable d'accepter son point de départ. J'avançai l'argument que dans un monde civilisé de nombreuses personnes avaient des illusions, et ces gens ne pouvaient pas faire la différence entre ce qui se produisait dans le monde réel et dans leurs fantaisies. Ces gens étaient des malades mentaux. Par conséquent à chaque fois qu'il me recommandait d'agir comme un fou, j'étais excessivement troublé.
Mon exposé terminé, don Juan eut un geste comique, il porta ses mains à ses joues et soupira profondément.
" Laisse ton monde civilisé là où il est, dit-il. Qu'il soit ce qu'il est! Personne ne te demande de te conduire comme un fou. Je te l'ai dit, un guerrier doit être parfait de manière à négocier avec les pouvoirs qu'il chasse. Comment peux-tu concevoir un guerrier incapable de discerner une chose de l'autre? Par ailleurs, mon ami, toi qui sais ce qu'est le monde réel, tu trébucherais et mourrais en un rien de temps s'il te fallait dépendre de ta capacité à distinguer ce qui est réel de ce qui ne l'ai pas."

Carlos Castaneda "Le voyage à Ixtlan"

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