071115

Pensée

« Vous n’avez pas besoin de sortir de chez vous. Restez assis à votre table et écoutez. Vous n’avez même pas besoin d’écouter, attendez simplement. Vous n’avez même pas besoin d’attendre, apprenez simplement à rester tranquille, silencieux et solitaire. 
Le monde se laissera démasquer. »

Franz Kafka

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061115

Questions à Francis Lucille

Pourquoi certaines expériences, telles les sensations corporelles, sont-elles conceptualisées en tant que « moi » et d’autres, telle la perception du monde, en tant que « non moi » ? 


Simplement, parce que nous choisissons de nommer certaines expériences « moi » et d’autres « non moi ». Nous faisons une distinction artificielle, en raison d’une habitude apprise. Si nous étions né sdans une civilisation dans laquelle on appelle le soleil levant « mon soleil », nous le considérerions comme « notre » soleil. Les deux perceptions, celle du soleil levant et celle que nous dénommons « mon corps », apparaissent au sein de nous-même. Aucune ne peut être considérée comme plus « nous » ou moins « nous » que l’autre.

La relation que j’entretiens avec mon corps est différente de celle que j’entretiens avec les autres corps. C’est pourquoi je ressens que ce corps est moi-même alors que le corps des autres ne l’est pas. Par exemple, je ne peux pas ressentir les sensations corporelles de quelqu’un d’autre !


Je ne suis pas en train de nier qu’une relation spécifique semble nous lier à notre corps.
Faisons une comparaison avec notre voiture. Quand nous conduisons, nous percevons notre voiture de l’intérieur, alors que nous voyons tous les autres véhicules de l’extérieur. Bien qu’une relation spécifique semble nous relier avec celle-ci, cela n’implique pas que nous sommes notre voiture. C’est la même chose avec notre corps.

Nous sommes la conscience dans laquelle notre propre corps-esprit et tous les autres corps-esprits apparaissent. Cela n’implique cependant pas qu’en tant que conscience, nous soyons ce simple organisme corps-esprit ou un sous-produit de celui-ci.
La croyance selon laquelle nous sommes dans notre corps n’est qu’une interprétation de notre expérience véritable. C’est également une interprétation de penser que nous entretenons une relation plus intime avec certaines sensations qu’avec d’autres, ou de penser que certaines sensations se situent à l’intérieur et d’autres à l’extérieur. Il est simplement nécessaire que nous voyons cela pour ce que c’est : une interprétation.
Une telle interprétation peut s’avérer appropriée dans certaines situations. Si c’est le cas, nous l’adoptons. Cependant, soyons vigilant à ne pas nous attacher à cette interprétation, à ne pas nous laisser hypnotiser par elle au point de penser que c’est une représentation de la façon dont les choses se passent réellement.
Lorsque c’est nécessaire, j’utilise comme vous un système d’interprétation. Mais pourquoi ne pas utiliser également l’absence d’interprétation quand celles-ci ne sont pas exigées par les circonstances.

Dans le doute, n’interprétez pas.
Ce qu’une chose paraît être n’est pas nécessairement ce qu’elle est.
Ce que nous dénommons « mon corps » est une interprétation.
Quand nous nous identifions à cette interprétation, nous nous ressentons séparé.
En l’absence de toute interprétation, nous découvrons que notre corps est conscience.
Notre corps réel contient l’esprit et l’univers entier.
C’est le corps que nous avons toujours eu, et celui dans lequel tous les corps, grossiers et subtils, viennent à exister. Nous ne nous intéressons pas ici à la façon dont les choses semblent être, mais à ce qu’elles sont réellement. Il est important d’être attentif à distinguer les faits de leur interprétation.
Ne confondez jamais une interprétation avec un fait.

En réalité, nous n’expérimentons jamais le corps de la façon dont nous le concevons.
Nous faisons l’expérience de sensations, et c’est une interprétation consécutive qui nous fait dire :
« cette sensation est apparue dans mes pieds ».
Au moment de la sensation, nos pieds de sont pas présents, notre corps n’est pas présent.
Seule la sensation est présente.

Il est dangereux d’utiliser un système de pensée comme un outil pour appréhender un domaine dans lequel il n’est pas approprié. Par exemple, l’interprétation matérialiste de notre expérience s’avère indiquée dans notre relation au monde physique. Mais elle n’est pas efficace pour saisir notre relation à la joie, à l’amour ou à la beauté car elle n’est pas l’outil approprié...

Extrait de « Le parfum du silence » de Francis Lucille
source : Communification

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241015

Jusqu'au bout

Jusqu’au bout il ne faut jamais arrêter de pratiquer, jusqu’au dernier jour. Il y a bien sûr des moments où l’on pense ne plus rien avoir à faire, mais c’est un piège. Il ne faut pas attendre que ça arrive, passivement. Quand les gens me disent « ça arrivera quand ça arrivera », je leur dis d’aller s’asseoir au milieu de l’autoroute, et on verra bien s’ils se feront écraser, si c’était le moment…Tant que l’on a pas atteint le but il faut continuer, même à méditer. Bien entendu on méditera différemment, mais il faut continuer. 
 
Continuez de faire le point, d'observer inlassablement le fonctionnement du mental, de la conscience, et vous réaliserez, dans votre coeur, et au delà de l'intellect, qu'à aucun moment, vous ne pouvez être à la fois celui qui perçoit, et ce qui est perçu ! Sans vous - le Témoin permanent - aucun spectacle n'est possible.... découvrez , réalisez que vous êtes La Base d'où tout s'élance chaque matin et où tout retourne chaque soir.... Il n'y a rien d'autre ! Et cela ne peut pas être compris, cela ne peut être que réalisé.
Ce que l'on appelle Réalisation n'est pas une grande compréhension, mais une gigantesque émotion dans laquelle la vie particulière de l'individu que l'on a cru être si longtemps, fusionne dans la Vie tout court... Et cela est une grande histoire d'Amour dans laquelle ce fameux intellect - bien fragile et impermanent - n'a vraiment qu'un second rôle sans grand intérêt.

Bernard Harmand

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221015

Ni vrai ni faux

Je vois souvent les gens prendre à la lettre ce qui est dit par tel ou tel « sage », par tel ou tel « éveillé ». Parfois même, ils vont faire d’une phrase une vérité absolue qu’ils vont mettre en opposition à d’autres choses qu’ils entendront ou liront.

La vérité est loin de pouvoir être résumée en une phrase ou même en un texte. La vérité, bien qu’étant Une, est à la fois multiple. Elle est personnelle et impersonnelle. Bref, elle est paradoxale et elle ne peut en aucun cas être enfermée dans quelques explications ou définitions que ce soit. Ne faites pas cette erreur innocente de trier les écrits ou les dires simplement parce qu’ils ont l’air de s’opposer. Ce que vous pourriez voir comme des contradictions ne sont qu’une apparence. En réalité il n’est rien ni de vrai, ni de faux.

Prenons comme exemple le fait que certains disent que pour que l’éveil survienne, il ne faut rien faire et qu’il ne faut pas entretenir une recherche. C’est vrai ! L’éveil n’est pas la conséquence de ce qui aura été fait et il n’est pas non plus l’objet trouvé d’une recherche. Par contre, lorsque ce qui survient est « faire », cela ne peut être que juste.  Tout ce « faire » sera  partie intégrante d’un processus où la fatigue et l’épuisement donneront naissance au lâcher prise authentique et l’éveil peut survenir suite à cela. Et il en va de même pour la recherche.  Après 20 ans de recherche intense, il peut survenir l’évidence d’une impuissance totale qui pourra emporter tout sur son passage, y compris le chercheur.

Il n’y a pas de bon chemin, pas de bon enseignement, ni de bonne méthode, mais il n’y en a pas non plus de mauvais. Être sur le « mauvais » chemin peut être la plus parfaite voie. Alors, qui peut juger ? Qui sait ce qui doit ou pas être fait ? Qui sait si cela doit ou pas être cherché ? Qui sait ce qui doit ou pas être suivi ?

Chaque chemin emprunté est parfait et ne peut être autre.

Chacun ne peut que vivre ce qui se vit et qu’exprimer ce qui s’exprime.

Laissez-vous guider intuitivement vers les textes,  paroles ou pratiques qui sauront éveiller votre cœur dans le moment présent et puis, laisser les partir si elles n’ont plus d’utilité. Ce ne sont que des outils, que des mots qui tentent de vous indiquer ce que vous êtes déjà. Aucun outil ni aucun mot ne pourra de toute façon le faire.

Ne vous accrochez à rien ni à personne… ou bien faites-le !

Caroline Blanco

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081015

Signes extérieurs de sagesse

Extrait d'une rencontre avec Stephen Jourdain
(vu sur nondualite.free.fr)

Gilles Farcet :A seize ans, donc, l'éveil ! Et les autres ? Tu n'en as parlé à personne ?

Stephen Jourdain : A personne. Enfin, disons que j'ai essayé deux ou trois fois d'en parler à mon père, à mon grand-père, à ma mère... Comme cela s'est très mal passé, J'ai décidé de fermer ma gueule. Honnêtement, pendant dix ans, j'ai cru que je ne l'ouvrirais plus. L'éveil s'est produit à seize ans et ce n'est que vers trente ans que j'ai dû commencer a en parler.

Personne n'a rien remarqué ?

Non. Le propre de cette chose, c'est de n'être pas remarquée. Tu comprends, l'éveil ne produit aucun effet. Comme on dit : tout est changé, rien n est changé...

Ouais... Je crois avoir l'intuition de ce que cela signifie, mais cette proposition ne me satisfait pas vraiment...

Ce en quoi tu as raison ! En général, les gens sont ravis de cette formule, ils ont l'impression d'avoir fait le tour de tout, d'avoir tout compris : tout est changé, rien n'est changé, tout est dans tout et réciproquement, et bla bla bla... Moyennant quoi, personne n'a rien compris et on sombre dans la confusion. Reste que cette proposition recouvre quelque chose de profondément vrai, à savoir que cet événement qui est le seul événement réel d'une existence humaine est en même temps un non-événement absolu, ainsi que nous l'avons dit. Un non-événement ne saurait produire d'effets.

Tout de même...

Non ! L'éveil perçoit tout comme une extension de lui-même, une marionnette dont il tire les fils. Si je fais une brillante réflexion à propos de la nature de l'éveil, je la perçois comme irréelle, comme une marionnette que je suis en train d'agiter. Ne pouvant oublier que c'est ma propre main qui fait bouger la poupée, je ne puis croire à sa réalité. Je ne puis donc croire à cette philosophie que j'aurais tendance à bâtir au sujet de l'éveil, si bien que ladite philosophie ne saurait en quoi que ce soit modifier mon comportement.

Tu as cependant nettement senti que cette expérience te différenciait des autres ?

Lorsque cela s'est produit, j'ai parfaitement ressenti l'abîme qui me séparait des autres. Un abîme sans appel, soyons francs. Si cela jaillit en toi, tu auras l'impression qu'il existe entre toi et les autres, plongés dans l'état de conscience courant, une différence telle qu'on ne saurait même envisager l'idée de jeter une passerelle. La distance est énorme... Aujourd'hui, après quarante ans, c'est un peu différent. Je veux dire par là que, par une sorte de phénomène de projection, je ressens tout le monde comme éveillé même si, intellectuellement, je sais très bien qu'il n'en est rien. Mais à l'époque, la distance m'était perceptible, sensible.

Et pourtant, à t'en croire, il serait impossible de remarquer quoi que ce soit de différent chez un éveillé...

En fait, un observateur intelligent et très attentif pourrait remarquer certaines choses. Mais je me suis toujours attaché à n'en rien laisser paraître. De même qu'on ne va pas baiser devant tout le monde, à moins d'être exhibitionniste, il ne saurait être question d'étaler au grand jour cette réalité si intime qu'est l'éveil.

Soyons précis : que pourrait-on remarquer ?

Eh bien, prenons par exemple l'attention multidirectionnelle qui est un corollaire de l'éveil...

???

Oui, la nature même de l'attention change. Auparavant, l'attention était comparable à un trait de métal rigide. Ce trait avait une cible tout à fait ponctuelle : chaque acte d'attention dirigé sur une cible projetait tout le reste dans l'ombre de l'inattention. Avec l'éveil, cette loi change et le trait se déploie en éventail, si bien qu'on en arrive à l'attention multidirectionnelle, ce qui constitue un choc. On se met à voir tout en même temps, un milliard de choses sont perçues simultanément, si bien que la richesse du paysage terrestre devient proprement inouïe. Il est évident qu'un observateur un tant soit peu attentif décèlerait des transformations d'ordre physique chez la bienheureuse victime de cette extraordinaire panoramisation de l'attention, ne serait-ce que parce qu'on entre alors en extase... Bref il se passe quelque chose, c'est sûr ! On pourrait repérer d'autres signes, mais ce sont des signes discrets...

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300915

Rien que ça

Que celui qui cherche ne cesse pas de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve. Et quand il aura trouvé, il sera troublé ; quand il sera troublé, il sera émerveillé, et il régnera sur le Tout.

Evangile selon Thomas

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010815

Le rappel de soi, par Rupert Spira

Question d’Anand : Si toute ma vie est une construction mentale, un rêve éveillé, qu’est-ce donc que s’éveiller ?

Rupert: Toute la vie n’est pas une construction mentale. Une construction mentale (c’est à dire: pensées, sensations et perceptions) apparaît, elle est faite de ce qui est vraiment et éternellement vivant, la Conscience.

Q: Qui s’éveille ?

La Conscience est toujours déjà éveillée, ou plus exactement : l’éveil ou la conscience est une de ses “qualités”. (L’êtreté et la joie sont deux de ses autres “qualités”)

La Conscience prend parfois la forme d’une pensée, qui s’imagine elle-même limitée à un corps particulier. C’est comme si vous vous mettiez le costume du Roi Lear et ce faisant, vous oubliez que vous êtes Anand.

Avec cette pensée, la Conscience semble oublier sa propre nature illimitée, et semble devenir une entité séparée, une personne.

Une fois que cette identification a pris place, la plupart de nos pensées, sentiments et activités viennent de et expriment cette croyance et sensation d’être séparé, localisé et limité.

Parce que la joie inhérente à la Connaissance de notre Etre, est perdue lorsque nous l’oublions, la “personne” apparente qui résulte de cette identification, est dans un état perpétuel d’insatisfaction et de recherche.

En d’autres termes, c’est la “personne” apparente qui est insatisfaite, qui recherche, qui souhaite s’éveiller à sa vraie nature.

Toutefois cette “personne” n’est elle-même que le voile apparent de sa propre identité (la Conscience).

La “personne” ne peut s’éveiller, car elle n’existe qu’en tant que pensée. Comment une pensée, une illusion peut-elle s’éveiller ?

Le Roi Lear ne peut s’éveiller, car il n’est qu’un costume que porte Anand. Un costume ne peut s’éveiller.

Toi, Anand, es déjà éveillé. C’est-à-dire Toi, la Conscience, qui voit ces mots, est déjà et toujours éveillé. Simplement Elle s’est perdue dans les objets et a ainsi oublié en apparence son propre Soi.

Tout ce qui est nécessaire, c’est de se “rappeler soi-même” de nouveau.

Ce que vous appelez l’Eveil, c’est la vision claire de votre vraie nature et en conséquence la non-existence de la personne séparée.

Ce qui est toujours éveillé, est toujours éveillé. Ce qui n’est pas éveillé ne peut s’éveiller.

Q: Eveillé à quoi ?

A soi-même.

Dit autrement, ce qui semble être quelque chose appelé : “L’Eveil” pour la personne apparente, pour la Conscience c’est simplement être, comme elle est toujours.

Nous pouvons donc dire que l’Eveil est la reconnaissance directe de la Conscience ou le rappel de son Etre propre. Anand est le nom qui est donné à cette expérience. Vous êtes cela.

Je peux ajouter que ce qu’on appelle l’Eveil ou Illumination ou Compréhension, qui est toujours soudain (mais pas nécessairement instantané) est dans la plupart des cas, suivi par ce qu’on pourrait appelé “la Réalisation de Soi”, dans laquelle l’expérience du corps, du mental et du monde est progressivement vécue comme imprégnée et saturée par la “substance” lumineuse et connaissante de la Conscience.

vu sur : rupertspira.com

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270615

Veiller est tout

La clef qui nous rendra maître de la nature intérieure est rouillée depuis le déluge. 
Elle s'appelle: veiller. 
Veiller est tout. l'homme est fermement convaincu qu'il veille; mais en réalité, il est pris dans un filet de sommeil et de rêve qu'il a tissé lui-même. Plus ce filet est serré, plus puissant règne le sommeil. 
Ceux qui sont accrochés dans ses mailles sont les dormeurs qui marchent à travers la vie comme des troupeaux de bestiaux menés à l'abattoir, indifférents et sans pensée. 
Les rêveurs voient à travers les mailles un monde grillagé, ils n'aperçoivent que des ouvertures trompeuses, agissent en conséquence et ne savent pas que ces tableaux sont simplement les débris insensés d'un tout énorme. 
Ces rêveurs ne sont pas, comme tu le crois peut-être, les fantasques et les poètes; ce sont les travailleurs, les sans-repos du monde, ceux qui ronge la folie d'agir. Ils ressemblent à de vilains scarabées laborieux qui grimpent le long d'un tuyau lisse pour s'y engouffrer une fois en haut. Ils disent qu'ils veillent, mais ce qu'ils croient une vie n'est en réalité qu'un rêve déterminé à l'avance jusque dans ses détails et soustrait à l'influence de leur volonté. 
Il y a eu et il y a encore quelques hommes qui ont bien su qu'ils rêvaient, les pionniers qui se sont avancés jusqu'aux bastions derrière lesquels se cache le moi éternellement éveillé, des voyants comme Descartes, Schopenhauer, et Kant. 
Mais ils ne possédaient pas les armes nécessaires à la prise de la forteresse et leur appels au combat n'a pas éveillé les dormeurs. 
Veiller est tout. 
Le premier pas vers ce but est si simple que chaque enfant le peut faire. Seul celui qui a l'esprit faussé a oublié comment on marche et reste paralysé sur ses deux pieds, parce qu'il ne veut pas se passer des béquilles qu'il a hérité de ses prédécesseurs. 
Veiller est tout. 
Veille dans tout ce que tu fais! Ne te crois pas déjà éveillé. Non, tu dors et rêves. 
Rassemble toutes tes forces et fais ruisseler un instant dans ton corps ce sentiment: à présent je veille! 
Si cela te réussit, tu reconnaîtras aussitôt que l'état dans lequel tu te trouvais apparaît alors comme un assoupissement et un sommeil. 
C'est le premier pas hésitant du long, long voyage qui mène de la servitude à la toute-puissance. 
De cette façon avance d'éveil en éveil. 
Il n'existe pas de pensée tourmentante qu'ainsi tu ne puisses bannir. Elle reste en arrière et ne peut plus t'atteindre. Tu t'étends au-dessus d'elle comme la couronne d'un arbre s'élève au-dessus des branches sèches. 
Les douleurs s'éloignent de toi comme des feuilles mortes lorsque cette veille saisit également ton corps. 
Les bains glacés des Brahmanes, les nuits de veille des disciples de Bouddha et des ascètes chrétiens, les supplices des fakirs hindous ne sont pas autre chose que les rites figés indiquant que là s'élevait jadis le temple de ceux qui s'efforçaient de veiller. 
Lis les Ecritures saintes de tous les peuples de la terre. A travers chacune d'elles passe comme un fil rouge la science cachée de la veille. Elle est l'échelle de Jacob, qui combat toute la "nuit" avec l'ange du Seigneur, jusqu'à ce que le "jour" vienne et qu'il obtienne la victoire. 
Tu dois monter d'un échelon à l'autre du réveil, si tu veux vaincre la mort. 
L'échelon inférieur, déjà, s'appelle : génie. 
Comment devons-nous nommer les degrés supérieurs? 
Ils restent inconnus de la foule et sont tenus pour les légendes. 
L'histoire de Troie fut tenue pour une légende, jusqu'à ce qu'enfin un homme trouvât le courage de fouiller lui-même. 
Sur ce chemin de l'éveil, le premier ennemi que tu trouveras sera ton propre corps. Il luttera avec toi jusqu'au premier chant du coq. Mais si tu aperçois le jour de la veille éternelle qui t'éloigne des somnambules qui croient être des hommes et qui ignorent qu'ils sont des dieux endormis, alors le sommeil de ton corps disparaîtra aussi et l'univers te sera assujetti. 
Alors tu pourras opérer des miracles, si tu le veux, et tu ne seras plus astreint comme un humble esclave à attendre qu'un cruel faux dieu soit assez aimable pour te combler de présents ou te couper la tête. 
Naturellement le bonheur du bon chien fidèle - servir un maître - n'existera plus pour toi, mais sois franc envers toi-même : voudrais-tu, même maintenant, changer avec ton chien? 
Ne te laisse pas effrayer par la peur de ne pas atteindre le but dans cette vie. Celui qui a trouvé ce chemin revient toujours au monde avec une maturité intérieure qui lui rend possible la continuation de son travail. Il naît comme "génie". 
Le sentier que je te montre est semé d'événements étranges : des morts que tu a connus se lèveront et te parleront ! Ce ne sont que des images ! Des silhouettes lumineuses t'apparaîtront et te béniront. Ce ne sont que des images, des formes exaltées par ton corps qui, sous l'influence de ta volonté transformée, mourra d'une mort magique et deviendra esprit, comme la glace, atteinte par le feu, ce dissout en vapeur. 
Quand tu auras dépouillé en toi le cadavre alors seulement tu pourras dire : à présent le sommeil s'est éloigné de moi pour toujours. Alors sera accompli le miracle auquel les hommes ne peuvent croire, parce que, trompés par leurs sens, ils ne comprennent pas que matière et force sont la même chose, ni ce miracle que, même si on t'enterre, il n'y aura pas de cadavre dans le cercueil. 
Alors seulement tu pourras différencier ce qui est réalité ou apparence. Celui que tu rencontreras ne pourra être que l'un de ceux qui ont suivi le chemin avant toi. 
Tous les autres sont des ombres. 
Jusque-là tu ne sais pas si tu es la créature la plus heureuse ou la plus malheureuse. Mais ne crains rien. Pas un de ceux qui a pris le sentier de la veille, même s'il s'égara, n'a été abandonné par ses guides. 
Je veux te donner un signe auquel tu pourras reconnaître si une apparition est réalité ou bien image : si elle s'approche de toi, si ta conscience se trouble, si les choses du monde extérieur sont vagues ou disparaissent, méfie-toi. 
Sois sur tes gardes ! L'apparition n'est qu'une partie de toi-même. Si tu ne la comprends pas, c'est un spectre seulement, sans consistance, un voleur qui consomme une part de ta vie. 
Les voleurs qui prennent la force de l'âme sont plus mauvais que les voleurs du monde. Ils t'attirent comme des feux follets dans les marais d'une espérance trompeuse pour te laisser seul dans les ténèbres et disparaître à jamais. 
Ne te laisse aveugler par aucun miracle qu'ils paraissent faire pour toi, par aucun nom sacré qu'ils se donnent, par aucune prophétie qu'ils expriment, pas même si elle se réalise. Ils sont tes ennemis mortels, chassés de l'enfer de ton propre corps, et avec lesquels tu luttes pour la domination. 
Sache que les force merveilleuses qu'ils possèdent sont les tiennes propres détournées par eux pour te tenir dans l'esclavage. Ils ne peuvent pas vivre en dehors de ta vie, mais si tu les vaincs ils s'effondreront, outils muets et dociles que tu pourras employer selon tes besoins. 
Innombrables sont les victimes qu'ils ont faites parmi les hommes. Lis l'histoire des visionnaires et des sectaires et tu apprendras que le sentier que tu suis est jonché de crânes. 
Inconsciemment l'hummanité a dressé contre eux un mur : le matérialisme. Ce mur est une défense infaillible, elle est une image du corps mais elle est aussi un mur de prison qui masque la vue. 
Aujourd'hui ils sont dispersés et le phénix de la vie intérieure ressuscite de la cendre dans laquelle il a été couché longtemps comme mort, mais les vautours d'un autre monde commencent aussi à battre des ailes. C'est pourquoi prends garde. La balance sur laquelle tu poseras ta conscience te montrera quand tu peux avoir confiance en ces apparitions. Plus elle est éveillée, plus elle s'abaissera en ta faveur. 
Si un guide, un frère d'un autre monde spirituel, veut t'apparaître, il doit pouvoir le faire sans dépouiller ta conscience. Tu peux poser ta main sur son côté comme Thomas l'incrédule. 
Il serait facile d'éviter les apparitions et leurs dangers. Tu n'as qu'à te conduire comme un homme ordinaire. Mais qu'as-tu gagné par là ? Tu restes un prisonnier dans la geôle de ton corps jusqu'à ce que le bourreau "Mort" te conduise à l'échafaud. 
Le désir des mortels de voir les êtres surnaturels est un cri qui réveille même les fantômes des enfers parce qu'un tel désir n'est pas pur ; parce qu'il est avidité plutôt que désir, parce qu'il veut "prendre" d'une façon quelconque au lieu de crier pour apprendre à "donner". 
Tous ceux qui considèrent la terre comme une prison, tous les gens pieux qui implorent la délivrance, évoquent sans s'en rendre compte le monde des spectres. Fais-le aussi toi-même. Mais consciemment. 
Pour ceux qui le font inconsciemment, existe-t-il une main invisible qui puisse les sortir du marais dans lequel ils s'embourbent ? Moi, je ne le crois pas. 
Lorsque sur ta route de l'éveil tu traverseras le royaume des spectres tu reconnaîtras peu à peu qu'ils sont simplement des pensées que tu peux tout à coup voir de tes yeux. C'est pourquoi ils te sont étrangers et semblent être des créatures, car ce langage des formes est différent de celui du cerveau. 
Alors le moment est arrivé où la transformation s'accomplit : les hommes qui t'entourent deviendront des spectres. Tous ceux que tu as aimés seront tout à coup des larves. Même ton propre corps. 
On ne peut imaginer de plus terrible solitude que celle du pèlerin au désert, et qui ne sait pas y trouver la source vive meurt de soif. 
Tout ce que je te dis ici se trouve dans les livres des hommes pieux de tous les peuples: la venue d'un nouveau royaume, la veille, la victoire sur le corps et la solitude. 
Et cependant un abîme infranchissable nous sépare de ces gens pieux: ils croient que le jour approche où les bons entreront au paradis et les méchants seront jetés dans l'enfer. Nous savons qu'un temps viendra où beaucoup se réveilleront et seront séparés des dormeurs qui ne peuvent comprendre ce que signifie le mot veille. Nous savons qu'il n'existe pas le bon et le mauvais mais seulement le juste et le faux. Ils croient que veiller signifie garder ses sens lucides et ses yeux ouverts pendant la nuit, de façon que l'homme puisse faire ses prières. Nous savons que la veille est l'éveil du moi immortel et que l'insomnie du corps en est une conséquence naturelle. Ils croient que le corps devrait être négligé et méprisé parce qu'il est pécheur. Nous savons qu'il n'y a pas de péché; le corps est le commencement de notre oeuvre et nous sommes descendus sur terre pour le transformer en esprit. Ils croient que nous devrions vivre dans la solitude avec notre corps pour purifier l'esprit. Nous savons que notre esprit doit aller d'abord dans la solitude pour transfigurer le corps. 
A toi seul reste le choix du chemin à prendre : ou le nôtre ou le leur. Tu dois agir selon ta propre volonté. 
Je n'ai pas le droit de te conseiller. Il est plus salutaire de cueillir selon ta propre décision un fruit amer sur un arbre que de voir pendre un fruit doux conseillé par autrui. 
Mais ne fais pas comme beaucoup qui savent qu'il est écrit : examinez tout et ne conservez que le meilleur. Il faut aller, ne rien examiner et retenir la première chose venue. 

Gustav Meyrink

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240515

Le jeûne

 

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220515

simplement ce qui est

Un être éveillé peut aimer profondément ses semblables, être d’une nature détendue et extrêmement compassionnée, un autre peut avoir en revanche un comportement de sauvage, voter facho et détester tout le monde. Ceci dépendra de sa nature, de sa personnalité, de tout l’ensemble corps-esprit.

L’éveil n’a strictement rien à voir avec le comportement que vous avez dans le monde. Les choses arrivent comme elles arrivent, parce qu’elles sont comme elles sont et non pas comme elles devraient être. C’est simple, c’est d’une infinité infiniment simple, c’est simplement ce qui est, simplement ce qui est.
Franck Terreaux

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