270912

Vous n'avez à vous libérer de rien d'autre que de vos pensées !

« Et si j'essaie de ne plus penser ? Juste d'être, mais d'une conscience absolument pure, pure, qui ne contienne rien d'étranger, absolument libre. Inévitablement la pensée vient faire son commentaire et m'accompagne : "Et voici qu'un grand silence s'établit à l'intérieur de moi..." Je me passerais bien de ce commentaire-là. "Et voici qu'un calme nouveau apparaît dans mon coeur..." Je me passerais bien de cette pensée-là. "Et voici que je suis un peu fatigué, cela gêne ma méditation." Encore un autre type de pensée ! 

Considérez la pensée comme une certaine manière de prendre conscience des phénomènes. La libération (état de conscience suprême), en fait, n'est pas incompatible avec les phénomènes. Vous pourriez être parfaitement, totalement libres même s'il y a encore des sensations de malaise, même s'il y a encore une pensée qui passe, même s'il y a encore tout ce qui vous fait dire que vous n'êtes pas libérés. C'est encore une pensée de constater: "Ah, ça y est, ce n'est pas pour aujourd'hui ; ça y est, je ne me sens pas bien - donc c'est contraire à la libération ! Ces pensées-là ne devraient pas venir si j'étais dans l'état suprême." C'est cela qui vous empêche d'être libérés : de penser que ces pensées ne devraient pas venir, de penser que ces sensations ne devraient pas venir, de penser que ces émotions ne devraient pas venir, de penser quoi que ce soit au sujet de la libération. Si vous pouviez vous abstenir du moindre commentaire, si vous pouviez ne plus faire de différence entre libération et non-libération, vous seriez à l'instant même libérés. Et si cette différence ne revenait jamais plus, eh bien cette libération ne serait plus jamais voilée ou recouverte. Considérez la libération comme un état - ou plutôt une absence d'état, ou un état au-delà de tous les états - qui est ou n'est pas recouvert. C'est tout. Comme le ciel bleu. Aujourd'hui nous ne voyons pas le ciel bleu, les ombres ne sont pas marquées, le soleil est entièrement caché par les nuages, pourtant nous savons bien que, derrière les nuages, le ciel bleu est là. Les nuages s'écartent un instant, nous voyons le ciel ; les nuages reviennent, nous ne le voyons plus. Mais le ciel bleu est toujours là. Ce qu'on appelle communément un "état de conscience supérieur" ou même un des différents états de "samadhi" reconnus et classés par l'Inde, c'est un moment où les nuages se sont un peu dissipés et où nous avons découvert un peu de ciel bleu - et puis les nuages reviennent et le ciel bleu disparaît. Ou bien les nuages reviennent mais le ciel bleu ne disparaît plus, parce que nous sommes situés à dix mille mètres d'altitude, c'est-à-dire que les nuages sont en dessous de nous, et non plus entre nous et le ciel bleu. Voilà la libération : être situé du côté du ciel et regarder passer les nuages qui ne vous voilent plus ni le ciel, ni la lumière du soleil. Et ces nuages, ce sont uniquement des pensées. Les souffrances sont des pensées, c'est-à-dire des formes de votre conscience. Revenez toujours à ceci. Ces nuages, ce sont uniquement des pensées.

Vous n'êtes prisonniers de rien d'autre que de vos pensées. Vous n'avez à vous libérer de rien d'autre que de vos pensées. Voilà la vérité. Et vous n'avez pas d'autre problème que celui de vos pensées. Vous n'avez aucun problème, ni avec votre santé, ni avec votre métier, ni avec votre patron, ni avec vos enfants, ni avec votre femme, ni avec votre voisin, ni avec votre propriétaire, ni avec le maire de votre commune. Vous n'avez qu'un seul problème : un problème entre vous et vos pensées... »

Arnaud Desjardins

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260912

La maladie de penser sans cesse

 

Samoa

« Quand le mot esprit vient dans la bouche du Papalagui, ses yeux s’agrandissent, s’arrondissent et deviennent fixes, il soulève sa poitrine, respire profondément et se dresse comme un guerrier qui a battu son ennemi, car l’esprit est quelque chose dont il est particulièrement fier. Il n’est pas question là du grand et puissant Esprit que le missionnaire appelle Dieu, et dont nous ne sommes qu’une image chétive, mais du petit esprit qui est au service de l’homme et produit ses pensées.
Quand d’ici je regarde le manguier derrière l’église de la mission, ce n’est pas de l’esprit, parce que je ne fais que regarder. Mais dès que je me rends compte que le manguier dépasse l’église, c’est de l’esprit. Donc il ne faut pas seulement regarder, mais aussi réfléchir sur ce que l’on voit. Ce savoir, le Papalagui l’applique du lever au coucher du soleil. Son esprit est toujours comme un tube à feu chargé ou comme une canne à pêche prête au lancer. Il a de la compassion pour nous, peuple des nombreuses îles, qui ne pratiquons pas ce savoir-réfléchir-sur-tout. D’après lui, nous serions pauvres d’esprit et bêtes comme les animaux des contrées désertiques.

C’est vrai que nous exerçons peu le savoir que le Papalagui nomme penser. Mais la question se pose si est bête celui qui ne pense pas beaucoup, ou celui qui pense beaucoup trop. Le Papalagui pense constamment : "Ma hutte est plus petite que le palmier... Le palmier se plie sous l’orage... L’orage parle avec une grosse voix..." Il pense ainsi, à sa manière naturellement. Et il réfléchit aussi sur lui-même : "Je suis resté de petite taille... Mon coeur bondit de joie à la vue d’une jolie fille... J’aime beaucoup partir en mélaga [voyage]..." Et ainsi de suite... C’est bon et joyeux, et peut même présenter un intérêt insoupçonné pour celui qui aime ce jeu dans sa tête. Cependant, le Papalagui pense tant que penser lui est devenu une habitude, une nécessité et même une obligation. Il faut qu’il pense sans arrêt. Il parvient difficilement à ne pas penser, en laissant vivre son corps. Il ne vit souvent qu’avec sa tête, pendant que tous ses sens reposent dans un sommeil profond, bien qu’il marche, parle, mange et rie. 

Les pensées qui sont le fruit du penser, le retiennent prisonnier. Il a une sorte d’ivresse de ses propres pensées. Quand le soleil brille, il pense aussitôt : ”Comme il fait beau maintenant!” Et il ne s’arrête pas de penser : ”Qu’il fait beau maintenant!” C’est faux. Fondamentalement faux. Fou. Parce qu’il vaut mieux ne pas penser du tout quand le soleil brille. Un Samoan intelligent étend ses membres sous la chaude lumière et ne pense à rien. Il ne prend pas seulement le soleil avec sa tête, mais aussi avec les mains, les pieds, les cuisses, le ventre et tous les membres. Il laisse sa peau et ses membres penser pour lui. Et ils pensent certainement aussi, même si c’est d’une autre façon que la tête. Mais pour le Papalagui l’habitude de penser est souvent sur le chemin comme un gros bloc de lave dont il ne peut se débarrasser. Il pense à des choses gaies, mais n’en rit pas, à des choses tristes, mais n’en pleure pas. Il a faim, mais ne prend pas de taro ni de palousami. C’est un homme dont les sens vivent en conflit avec l’esprit, un homme divisé en deux parties. La vie du Papalagui est comparable à un homme qui part en pirogue à Savaii et pense, à peine éloigné de la rive : "Combien de temps me faudra-t-il pour arriver à Savaii?" Il pense, mais ne voit pas le paysage charmant dans lequel se déroule son voyage. Bientôt sur la rive gauche se présente un flanc de montagne. Son oeil l'a à peine capté qu'il ne peut le lâcher : "Que peut-il y avoir derrière la montagne? Une baie étroite ou profonde?" Avec de telles pensées il oublie de chanter en compagnie des jeunes le chant des rameurs. Il n'entend pas non plus le joyeux badinage de la jeune fille. La baie et la montagne à peine dépassées, une nouvelle pensée le tracasse : "Et si l'orage venait avant le soir?" Dans le ciel clair il cherche des nuages sombres, en continuant à penser à l'orage qui pourrait bien venir. L'orage ne vient pas, et le soir, il atteint Savaii sans encombre. Pourtant c'est comme s'il n'avait pas voyagé, car ses pensées étaient toujours loin de son corps et hors du bateau. Il aurait aussi bien pu rester dans sa hutte d'Upolu.
[...] Est-ce que nous devons, mes chers frères non pensants, après tout ce que je vous ai fidèlement rapporté, être vraiment les disciples du Papalagui et apprendre à penser comme lui ? Je dis : "Non!". Car nous ne devons rien faire de ce qui ne rend pas notre corps fort et nos sens meilleurs et plus heureux. Il faut nous garder de tout ce qui voudrait nous voler la joie de vivre, de tout ce qui assombrit notre esprit et lui prend sa lumière limpide, de tout ce qui met notre tête en conflit avec notre corps. Le Papalagui nous prouve lui-même que penser est une grave maladie qui diminue de beaucoup la valeur de l'être humain. »

Extrait de "Le Papalagui, les paroles de Touiavii, chef de la tribu de Tiavéa dans les îles Samoa" recueilli par Erich Scheurmann

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230912

Messages électroniques (2)

L’électron est à la fois le constructeur et l’animateur de tout ce qui est vivant. Il est la seule unité matérielle qui puisse entrer en contact direct avec le psychisme individuel aussi bien que cosmique.
« Dès lors, on est en droit de s’interroger sur la vraie nature de l’électron. Étant capable de comprendre des ordres venant de la psyché, de les interpréter et de les exécuter, ne pouvons-nous réellement le considérer que sous l’aspect d’un simple corpuscule matériel? Ne semblet-il pas qu’il soit muni d’antennes qui lui permettent de converser avec la psyché? Sa nature n’est-elle point ambiguë, mi-matière, mi-psyché ?
Si l’électron a une nature ambiguë, quelle est donc la nature de l’énergie qu’il concentre? Telle est l’énigme que nous pose le mystérieux petit électron qui nous parle, nous fait vivre, nous obéit, mais que nous connaissons si peu, si peu !

Alfred Herrmann, physicien

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190912

La présence

Tout ce qui existe a en soi un être, une essence divine, un certain degré de
conscience. Même une pierre a une conscience rudimentaire, sinon elle n'existerait pas
et ses atomes et ses molécules se disperseraient. Tout est vivant. Le soleil, la Terre, les
plantes, les animaux, les humains sont tous des expressions de la conscience à divers
degrés, de la conscience qui se manifeste sous une forme…
La conscience se dissimule derrière des formes jusqu'à ce que celles-ci
atteignent une telle complexité qu'elle se perd totalement en elles. Pour la plupart des
humains présentement, la conscience est totalement identifiée à cette mascarade. Elle
ne se connaît qu'en tant que forme et vit par conséquent dans la peur de voir sa forme
physique ou psychologique être détruite. Il s'agit de l'ego, et avec lui s'installe un
dysfonctionnement de taille. Cela semble indiquer qu'une erreur majeure s'est produite
au cours de l'évolution. Pourtant, même cela fait partie du jeu divin, de lila. Finalement,
la souffrance pressante que cet apparent dysfonctionnement a l'air d'occasionner oblige
la conscience à se désidentifier de la forme et à sortir de ce rêve-là. Elle reprend
conscience d'elle-même, mais à un niveau bien plus profond qu'avant qu'elle ne la
perde…
Comprenez la portée, profonde et vaste du fait que vous soyez l'observateur de
votre mental. Chaque fois que vous l'êtes, vous dégagez votre conscience des formes
du mental et celle-ci devient alors ce qu'on appelle l'observateur ou encore le témoin.
Par conséquent, le témoin - conscience pure au-delà de toute forme - se renforce et les
élaborations du mental faiblissent. En agissant de la sorte, vous personnalisez un
événement qui a une portée cosmique : à travers vous, la conscience sort de son rêve
d'identification à la forme et se dissocie d'elle.
Quand la conscience se libère de son identification aux formes physiques et
mentales, elle devient ce que l'on pourrait qualifier de conscience pure ou illuminée, ou
encore de présence. Ceci est déjà arrivé à quelques personnes et apparaît voué à se
produire à une plus grande échelle. Mais la grande majorité des humains est encore
prise dans le piège qu'est le mode de conscience fondé sur l'ego, c'est-à-dire que les
individus s'identifient à leur mental et sont contrôlés par lui…
Déjà, pour la plupart des gens, le seul répit en ce qui a trait à leur mental, c'est d'avoir
occasionnellement recours à un niveau de conscience situé en dessous de celui de la
pensée. C'est ce que tout le monde fait chaque nuit en dormant. Mais cela se produit
également dans une certaine mesure au cours des relations sexuelles, ou en prenant de
l'alcool et d'autres drogues qui réduisent l'activité excessive du mental… Par contre, ces
drogues les empêchant d'avoir assez de présence consciente pour pouvoir s'élever audessus
du niveau de la pensée et ainsi trouver la véritable libération.
Retomber à un niveau de conscience situé en dessous de celui de la pensée, qui
est celui de nos lointains ancêtres, des animaux et des plantes, n'est pas une solution
pour nous. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Si la race humaine veut survivre,
elle doit passer à l'étape suivante.
Quant à la présence, le silence est un transmetteur encore plus puissant que la
parole. Aussi, quand vous lisez ceci ou m'écoutez parler, prêtez attention au silence
entre les mots et derrière eux. Soyez conscient des hiatus. Où que vous soyez, vous
pouvez facilement devenir présent en écoutant le silence. Même s'il y a du bruit, il existe
toujours un certain silence en dessous de lui et entre les sons. Le fait d'écouter le
silence amène immédiatement le calme en vous… Et qu'est donc ce calme, si ce n'est
la présence, la conscience libérée des formes-pensées.

Eckhart Tolle, Extrait de la Présence

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100912

Messages électroniques

Prenons l’exemple de la perception visuelle d’un arbre. Cet arbre se présente sous une forme particulière, diversement colorée. Le tronc est brun, gris ou noir, les feuilles sont vertes, les fleurs blanches, roses; des baies rouge vif peuvent se profiler sur un ciel bleu azur. Chacune de ces couleurs est caractérisée par une longueur d’onde et par une fréquence vibratoire spécifique. Elles nous envoient un faisceau de rayons lumineux appelés photons. L’énergie des photons est beaucoup plus éparpillée et diffuse que
celle des électrons qui est plus concentrée. L’énergie vibratoire des photons lumineux ne pourrait être perçue directement par le psychisme. Elle ne peut affecter notre pensée et notre conscience qu’en se transformant préalablement en électrons, ceux-ci étant les messagers indispensables affectant la structure des neurones. La rétine est le lieu où s’effectue cette transformation partielle de l’énergie photonique en énergie électronique. Les rayons lumineux et les images diverses déterminent dans les cellules coniques et les bâtonnets de la surface rétinienne des transformations chimiques, maintenant en mouvement un flux d’électrons qui se dirigent vers certains neurones suivant des cheminements privilégiés dont les caractères spécifiques dépendent de conditionnements antérieurs identiques.
La rétine est composée d’environ cinq cent millions de cellules semblables aux cellules photoélectriques. Elles transforment des légions de photons en autant de légions d’électrons. La rétine remplit une fonction d’organe transducteur, dispositif dont le rôle consiste à transformer une information ou un signal d’une catégorie en une information ou un signal d’une autre catégorie. La nature nous en fournit de nombreux exemples.
Les rayons du soleil (énergie photonique) sont transformés en énergie électronique par la chlorophylle; ou, mieuxencore : l’aiguille du cristal du pick-up transforme les signaux d’énergie sonore en impulsions d’énergie électrique ou flux d’électrons.
Le rôle des transducteurs est très important comme traducteur ou intermédiaire d’information. Ils constituent des maillons indispensables dans les grandes chaînes de processus complexes existant dans les êtres vivants. Cela est encore plus évident si nous prenons en considération les théories de Stefane Lupasco, opposant en contrastes particulièrement tranchants les modes photoniques et les modes électroniques de l’énergie. Grâce au rôle transducteur de la rétine, chaque intensité lumineuse, chaque fréquence spécifique des diverses couleurs se traduisent en impulsions électroniques correspondantes, comportant toute une gamme de variations corrélatives. Ces cortèges électroniques arrivent aux neurones (cellules nerveuses d’une grande importance). Ces
neurones remplissent la fonction de transducteurs et traduisent en stimuli mentaux les chocs électroniques reçus.
Durant chaque minute de notre vie quotidienne, les électrons transmettent des millions de messages dont la variété est fonction de leur nombre, de leur spin ou rotation sur eux-mêmes.
Tous les sens, tels que la vue, l’odorat, l’ouïe, sont des transducteurs transformant, chaque minute, des milliers de messages photoniques en messages électroniques.

Robert Linssen : Spiritualité de la matière, 1966

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310812

TOUT ARRIVE POUR LE MIEUX

Vous devez vous rappeler que tout ce qui arrive, arrive pour le mieux. Il y a une distribution divine des choses. Votre vie eût été appauvrie sans toutes les choses qui vous sont arrivées. Aussi tout doit être accepté, le bon et le mauvais. En fait, vous n'avez pas le choix. Si vous voulez le bon, vous aurez le mauvais aussi. Chaque chose a deux aspects. Si vous voulez le côté face d'une pièce, vous devez prendre le côté pile aussi. C'est inutile d'attendre seulement du plaisir. Le plaisir et la peine vont toujours de pair. Il faut prendre les deux, ou rien du tout. Quand une chose arrive, acceptez-la d'abord. C'est la vérité. C'est arrivé. Pouvez-vous la refuser et dire que ce n'est pas arrivé? Non. Après avoir pleuré et vous être lamenté vous allez accepter en tout état de cause. Pourquoi ne pas l'accepter dès le début ? Dites " oui " à tout. Quand vous acceptez de plein gré une chose, il n'y a pas de souffrance.
La peur doit être bannie de votre vie.
La peur que quelque chose arrive est pire que la chose elle-même. Les peureux meurent bien des fois avant l'heure de leur mort. La peur doit être bannie de votre vie car elle est irrationnelle et bloque l'action.

Swami Prajnanpad

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050812

La Transformation de la Conscience, par Eckhart Tolle

(...)

Qu’est ce que vous vous demandez quand les gens vous demandent qui êtes-vous ? L’identité qu’ils vous donnent avec une grande conviction, «  je suis John Smith », ne peut pas être mise en doute. Puis ils vous raconteront ce qu’ils font pour gagner leur vie. Et s’ils ont suffisamment de temps, ils vous raconteront une courte ou longue histoire. Et ceci est l’histoire de « moi ». Puis la personne vous parlera aussi des rôles qu’il ou elle joue dans le monde, convaincue de ce qu’il ou elle est : « je suis mère de trois enfants, je suis comptable, je suis au chômage, j’ai réussi dans la vie ». Sa petite identité conceptuelle, les idées qu’il ou elle a dans la tête.

Bien sur nous avons tous un rôle à jouer dans la vie, mais de croire que nous sommes que cela, s’y être identifié, constitue une terrible prison, un esclavage. Vous pouvez remplir ce rôle sans croire que c’est ce que vous êtes. Vous pouvez remplir votre rôle de mère, sans que cette idée occupe entièrement votre esprit. Autrement, vous serez une mère pour le restant de vos jours et vos enfants resteront des enfants pour vous. Vous penserez avoir toujours raison et vous leur dicterez leur conduite. Vous serez emprisonné dans ce rôle. Le monde est rempli de gens piégés dans le rôle que la société leur a attribué, leurs rôles conditionnés, qui sont des structures mentales. Un rôle n’étant rien d’autre que certaine forme mentale. Des conceptions de l’esprit, des pensées. Donc c’est un autre aspect de l’identification au contenu du mental.

Et ce sens de l’identité personnelle « moi », qui est issu de l’identification au contenu du mental, n’est jamais à l’aise, ni accompli pendant bien longtemps. Pas pour longtemps. Ce moi vit dans un état de « pas assez ». Un autre sentiment accompagne cet état «  je ne suis pas encore complet, je n’ai pas encore réussi, j’ai besoin d’être chez moi, j’ai besoin de plus de grandir dans le sentiment d’être moi-même ». Et chez beaucoup de gens, l’histoire du moi semble avoir été un accomplissement, même si ce n’est qu’en surface. Et notre culture nous dit souvent que les gens célèbres ont réussi, en apparence, et cela vous donne l’illusion de pouvoir parvenir à l’accomplissement du sens du soi, fondé sur une histoire. Ce serait la fin heureuse. Si vous rencontrez des célébrités ou des gens riches, vous vous rendrez compte qu’ils sont dans le même état d’esprit que n’importe qui. Ils n’ont pas l’impression d’être accomplis, ils ressentent la peur, un mécontentement et un sentiment de manque alors qu’ils ont tout. Ce que je vous dis ressemble à de mauvaises nouvelles, comme si vous n’aviez pas la moindre chance de réussir en cette vie ci.

Maintenant, si il vous reste assez de temps, ce sens du soi aura l’impression qu’il vous reste suffisamment de temps pour vous réaliser, « j’ai encore 40 ou 50 ans devant moi », et c’est probablement suffisant pour compléter l’histoire de « moi ». Et faire en sorte qu’elle se termine bien. Donc on ne se rend pas compte que ce mécontentement, ce malheur, ce moi problématique qu’on connaît en direct, ne sont pas un problème personnel, mais une construction inhérente à la structure du mental. C’est un dysfonctionnement structurel et non un dysfonctionnement basé sur le contenu du mental.

Et chaque sens du moi, avec sa propre histoire, sait que cette histoire n’a pas tout à fait tourné de la manière dont elle aurait du. Les choses ne se sont pas déroulées de la façon dont elles étaient censées se dérouler. Et donc vous commencez à croire que vous pouvez vous accomplir avec le temps. Mais à mesure que vous avancez en âge, vous vous rendez compte que l’accomplissement ne se produit toujours pas. Et que l’avenir se rétrécit.

Que font alors beaucoup de personnes âgées, face à ce rétrécissement de leur avenir ? Elles se tournent de plus en plus vers le passé. Au moins je peux me raccrocher à cela. Elles l'entretiennent en y pensant et en en parlant. Si leur identité fabriquée par le mental est de nature malheureuse et se fonde sur la plainte, car la vie les a tant maltraitées et a été injuste envers elles, très bien, c’est mieux que pas d’identité du tout. Et mieux vaut faire en sorte que cela continue.

(...)

Donc si vous avez assez de temps, vous vous mettez en quête du plus qui comblerait le moi, une maison plus grande pour vous sentir plus en sécurité, quelque chose d’un peu plus important, une plus grosse voiture devrait faire la différence. Elle est plus grosse que celle des autres. Cette voiture devient alors une forme pensée. Ce n’est pas la voiture elle-même qui importe, car ce n’est que du métal, et dans quelques années ce sera un tas de rouille. Ce qui importe, c’est la forme pensée « voiture » qui contient le « moi ». Ce moi est la forme pensée qui s’identifie à la forme pensée « voiture ». Moi, voiture, c’est ce qui se passe. De plus s’il s’agit d’une grosse voiture, le moi, l’illusion du moi s’agrandit à travers cette forme pensée. Pour quelque temps.

Mais peu après, cela ne satisfait plus vraiment le sens du soi, et il vous faut partir en quête d’une nouvelle chose, c’est vers ce plus que vous courrez continuellement afin de parachever le moi. C’est un besoin psychologique qui lui est inhérent. Tout le monde compte sur le moment suivant, le futur, car cela donne l’impression de pouvoir obtenir ce dont on a besoin pour compléter ce « moi ». Et à ce moment là leur vient l’idée d’une maison, d’une maison plus grande que la voiture. Alors surgit à nouveau la forme pensée du moi qui devient la forme pensée de ma maison, ma, mon. Ma, c’est une histoire triste et intéressante de dire « ma » ou « mon », la mienne ». Les enfants apprennent cela très tôt. C’est une de la première chose qu’ils apprennent. Cela marque le commencement du moi, du moi égocentrique, cela est à moi.

Et donc cela constitue une idée qui se développe et la civilisation entière se focalise sur l’idée de posséder quelque chose, l’idée de propriété. Si vous examinez cela clairement, vous voyez que le fait de dire « je suis propriétaire de ceci, de cette table, de quoi d’autre que ce soit, de cette maison, de cette voiture dont on dit c’est la mienne »… Mais qu’est ce que cela veut dire ? C’est une histoire que vous êtes en train de vous raconter à ce sujet, une histoire qui devient une forme pensée. Supposons que vous soyez fou, vous compteriez peut-être cette histoire « je possède ce grand immeuble de bureaux de 20 étages ». Vous passez chaque jour devant en vous disant « c’est à moi ». Il est maintenant tout à fait possible que le reste de la société soit d’accord avec votre histoire et vous donne un morceau de papier pour reconnaître votre accord. Par contre, si vous croyez que vous possédez quelque chose, et que personne n’est d’accord avec vous, on vous prendra pour un fou. Mais si les gens sont d’accord, ils vous considéreront comme quelqu’un de riche. Cette richesse est importante car elle rend votre histoire plus imposante. Jusqu’à ce quelle redevienne triste. Ceci pour vous montrer quelle importance prennent les concepts dans votre vie. Ces concepts amènent les gens à vivre dans un sens de l’être conceptualisé, rien que des concepts mentaux.

Dès que vous vous installez dans ce moi conceptualisé, vous vivez aussi dans une réalité conceptualisée, car vous percevez toute cette réalité à travers un être fabriqué par le mental « le moi ». Et c’est ce qui donne cette compulsion à interpréter immédiatement et à cataloguer chaque expérience, chaque perception. Et ceux qui sont très habiles à cela, ceux qui savent rapidement cataloguer, analyser les choses, enregistrer l’information, la restituer, dissèquent les choses en tout petits segments, afin de les examiner, ou ceux qui s’y connaissent en concepts, on les qualifie d’intelligents. Et si vous êtes très doué pour disséquer de petits éléments de connaissance en encore de plus petits fragments, alors vous obtenez un doctorat. Si vous êtes allé à l’université, vous savez combien sont minuscules les fragments sur lesquels les gens effectuent leurs recherches.

Et c’est cela la condition humaine. Et ce besoin du plus n’est pas seulement un besoin personnel, car ce sentiment de soi devient un sentiment collectif de soi, par l’intermédiaire des entreprises, des sociétés commerciales, des nations, des tribus, des organisations. Celles-ci sont toutes créées par ce moi conceptuel dont elles sont l’expression, une expression collective de cela. C’est facile à voir quand on considère une immense société commerciale et son aptitude à croître. Regardez par exemple l’effondrement récent d’Enron Corporation aux Etats-Unis : gigantesque ! Et vous vous apercevez que la société entière était dominée par le besoin avide de « toujours plus ». Et donc c’est facile de dire « regardez comme cette entreprise est corrompue ». En fait elle n’est qu’un ego à grande échelle.

Et le soi, cette entité, ne se préoccupe donc au fil de sa vie, que de deux choses importantes : la première, c’est le mouvement du désir, celui de vouloir plus, et la deuxième un mouvement de protection, « je ne veux rien perdre du peu que j’ai déjà ». Ces deux mouvements sont « Vouloir » et « Avoir peur ». Désir, peur. Les êtres humains évoluent entre les deux. L’origine des actions entreprises par le soi égocentrique est soit le désir avec le besoin d’avoir plus, soit la peur avec le besoin de protéger le moi.

Chaque être humain est dans cet état d’esprit, son petit soi à la recherche de ce que je peux obtenir. Ou encore, cette personne représente-elle une menace pour moi ? Donc l’esprit humain regarde chaque personne qu’il rencontre avec les yeux de la peur et du désir. Et c’est comme cela que vivent les humains. Mais autre chose vient aggraver la situation aussi fabriquée par le mental. C’est d’avoir des frontières clairement délimitées et qui ne sont que pensées bien sur. Des frontières entre moi et le reste du monde y compris les autres. Et avec cela vient le besoin toujours inconscient pour ce sens du moi, de se définir plus fortement par l’opposition. Le petit soi a besoin d’ennemis quelque part, car sans eux, le sentiment d’identité ne serait plus assez solide, et deviendrait changeant.

Vous pouvez voir cela sur le plan collectif en observant comment les religions, les nations, les différentes églises et les tribus, aiment toutes leurs ennemis. Elles les aiment, non pas dans le sens que Jésus leur a enseigné, mais afin de définir et de renforcer leurs sentiments d’identité. Les chrétiens ont fait cela pendant longtemps, et certains le font encore. Les musulmans le font beaucoup ces temps ci. Définir son identité à travers le fait d’avoir un ennemi, n’est pas spécifique à une religion, n’importe quelle religion s’y prête, les nations le font aussi. Qui seriez-vous sans un ennemi qui renforce tant le soi illusoire ? Et sur le plan personnel, cela signifie que vous avez besoin de problèmes. Une fois encore c’est inconscient, et cela fait parti intégrante du mental. Nous connaissons tous des gens qui sont attachés à leurs problèmes, car c’est toujours plus facile de le voir chez les autres que chez soi ! Donc l’identité de tant de gens, fondée avant tout sur une histoire, est basée sur une accumulation de problèmes et de conflits dans leur vie. Et quand vous leur demandez des nouvelles, ils vous racontent leurs problèmes. Si c’est cela la condition humaine, sur le plan personnel ou collectif, nous pouvons donc comprendre pourquoi l’histoire des êtres humains paraît si démente, folle. Lisez l’histoire du vingtième siècle, c’est un cauchemar. Et si vous regardez les nouvelles à la télévision ce soir, cela continue! Donc le monde que les êtres humains ont créé est une expression, une manifestation de leur état de conscience, ou plutôt de leur état d’inconscience.

Nous voyons maintenant pourquoi l’histoire est ce qu’elle est, et ce depuis que l’homme a commencé à la consigner. Il y a un élément de dysfonctionnement ou de folie très fort dans le psychisme humain. Et tous les grands maîtres ont vu cela, le Bouddha, Jésus, les sages de l’Inde, tous ont observé ce dysfonctionnement énorme de la condition humaine. Le Bouddha l’a appelé souffrance, en disant que la condition humaine est un état de souffrance. Jésus l’a appelé « Péché ». Bien sur ce mot a été souvent mal interprété. En Inde, ils appellent cela illusion. Tous ont observé cela et ils ont vu aussi qu’il y avait un moyen d’en sortir.

Un état de conscience différent est possible pour l’humanité. Le Bouddha l’appelle « la fin de la souffrance ». Jésus l’appelle « le salut ou le royaume des cieux ». Dans les enseignements de l’Inde, on appelle cela « libération ou illumination ». Enfin et bonne nouvelle… mais vous avez peut-être remarqué que de voir la condition humaine, telle qu’elle est déjà libérateur. Et c’est nécessaire, car s'il n’y a aucun changement dans l’état de conscience de l’homme, la planète et l’humanité ne survivront probablement pas plus de cent ans. Car se dysfonctionnement est maintenant amplifié par les moyens scientifiques et la technologie.

Pour la première fois, l’humanité se trouve confronté à la possibilité de provoquer sa propre extinction. Et c’est pourquoi aujourd’hui, un nouvel état de conscience doit émerger chez les être humains. Et c’est du fait de cette situation, qu’un nouvel état de conscience est en train d’apparaître. Maintenant que je suis en train d’ajouter une nouvelle idée à votre esprit, ce n’est pas ce que je veux faire. Certains d’entre vous me demanderont peut-être : comment savez-vous qu’un véritable changement est en train de se produire ? Comment savez-vous cela ? Cette réunion, ici même, fait partie de cette transformation de la conscience humaine.

Nous arrivons donc maintenant au coeur du sujet : la possibilité d’une transformation de la conscience, celle qui est en train de se produire ici. Pourquoi ? Comment ? Comment nous sortir de milliers d’années de conditionnements ? Et le petit soi de dire « Oh mais c’est très intéressant », « Oh oui ; je veux me transformer » Et il ajoute : « dites m’en plus, expliquez moi comment faire ? Comment puis-je y parvenir ? ». En d’autres termes, une nouvelle image prend forme mentalement, celle de moi parvenant à un état de conscience, un idéal. Donc la grosse voiture n’a pas marché, la grande maison non plus, une position plus élevée dans la société n’a pas suffit à combler le moi, trois mariages n’y sont pas parvenu, ni des expériences, ni des voyages, ni un doctorat. Mais à présent il y a la possibilité d’ajouter au moi l’accomplissement ultime. Et c’est alors que vous devenez un chercheur spirituel ! Et vous ne réalisez pas que c’est avec le même état d’esprit, le même besoin de plus et d’un avenir pour compléter le moi, qui est encore à l’oeuvre.

Et puis après vingt ans de recherches, vous commencez à être un peu fatigué. Plusieurs fois vous avez vraiment pensé avoir trouvé. La grande expérience. Qui s’est soudainement évanouie dans le passé. Et alors vous êtes devenu quelqu’un qui, un jour, a eu une grande expérience. C’est mieux que rien. Vous pouvez en parler, y penser, vous sentir malheureux à ce sujet. Quelques années plus tard c’est devenu une habitude. Alors le soi fabriqué par le mental dit « dites moi comment y arriver, quelque soit le temps qu’il faut. D’ailleurs, donnez moi du temps et j’y arriverai ». C’est ce que vous obtenez dans certain enseignement qui vous donnent satisfaction, et qui disent « il y a 12 étapes ». Cela vous permet de savoir exactement où vous en êtes « j’en suis à la quatrième étape, et toi ? » Donc certains enseignements comportent douze étapes et seul celui qui a atteint la treizième devient le chef du groupe.

(...)

Le temps est donc quelque chose de bien étrange. Il semble que nous ne puissions pas y échapper et d’un autre côté, nous n’en avons jamais assez et il nous consume. Mais il y a encore quelque chose d’étrange : le temps, en réalité est à la fois passé et futur. C’est cela le temps. Mais le plus étrange, c’est qu’en fait vous ne vous trouvez jamais en présence ni du passé ni du futur. Jamais. Donc la chose étrange est que « maintenant » est toujours la seule chose qui soit. C’est toujours maintenant.
Ainsi, bien que cela vous paraisse étrange, il ne vous ait jamais rien arrivé. Vous n’avez jamais rien fait ou vécu quoi que ce soit dans le passé. Ce qui vous est arrivé, quoi que ce puisse être, est obligatoirement dans le présent. Et comme le futur n’arrive jamais, bien sur, quand il arrive, c’est maintenant ! Ainsi, même quand on se rappelle du passé, le souvenir n’est qu’une trace de mémoire à laquelle nous prêtons attention « maintenant ». Ce dont on se souvient, la forme pensée, ne peut surgir que « maintenant ». Donc le souvenir doit donc se dérouler obligatoirement dans le maintenant. Vous ne pouvez jamais échapper à « maintenant ». Nous réalisons cette chose étrange qu’en réalité, il n’y a ni passé, ni futur, ni avenir dans votre vie. Le futur est ce qu’on envisage « maintenant ». Par conséquent, il n’y a pas de vie en dehors de « maintenant ». Donc, et cela peut paraître paradoxal. D’un côté le temps semble très puissant, il semble très réel et paraît nous affecter. Et pourtant si vous y regardez de plus près, il est introuvable. En regardant le temps, tout ce qu’on y trouve, c’est l’instant présent.

Alors, quelque soit les effets du temps sur le corps, si au bout du compte le temps n’est pas réel, et peut-être que le corps ne l’est pas non plus, et que tous deux sont deux aspects de la même illusion… Mais mettons ceci de côté pour l’instant.

Et réalisons que notre vie entière se passe dans cet espace du maintenant. Elle n’a jamais été en dehors du maintenant et ne sera jamais en dehors du maintenant. Chose étrange, quand les gens sont piégés dans leur identité égocentrique fabriquée par le mental, tout ce qui compte pour eux est le passé ou l’avenir. Autrement dit, ils s’intéressent à tout sauf à ce qui est réel. Et ceci leur échappe presque continuellement. Et le moment présent est au mieux une marche qui leur permet d’atteindre le moment suivant. Et très souvent j’essaye d’échapper au moment présent, je résiste, je ne l’aime pas, je suis en route pour un autre lieu bien plus important, c’est le moment suivant. C’est là que je vais découvrir ce que je suis. Nous arrivons à une petite ouverture maintenant, une ouverture qui au début paraît très petite, et qui se situe au delà du mental conditionné. Elle mène à la libération de milliers d’années de conditionnements au travers de l’accès au pouvoir qui réside caché dans le moment présent. On pourrait dire que la transformation de conscience qui s’opère ici, est de simplement découvrir une nouvelle relation avec maintenant.

Une relation nouvelle avec maintenant. J‘ai parlé plus tôt du besoin que ressent le soi fabriqué par le mental, d’avoir des problèmes et des ennemis. Et on pourrait dire que le pire ennemi de ce soi fabriqué par le mental, est le maintenant. Les gens ne réalisent pas qu’ils ont fait du maintenant un ennemi. Mais la transformation de la conscience n’est pas quelque chose qui pourrait vous arriver à un moment donné de la vie. La transformation de la conscience consiste à simplement s’aligner sur ce moment présent. Et cela, vous ne pouvez le faire que maintenant. Est-il possible de vivre de cette manière ? De telle sorte que vous accueillez ce moment, le seul qui soit à jamais, c’est toujours ce seul moment, il n’y a jamais que lui, c’est celui là, quelque soit sa forme vous l’accueillez.

Maintenant le petit moi dit « non cet instant présent ne me plait pas du tout, je veux y échapper, il ne participe pas à mon accomplissement. En fait c’est un obstacle aux buts que je voudrais atteindre, c’est un obstacle à mon histoire». C’est cela que représente le maintenant pour le moi. Et le petit moi renchérit « ce maintenant est en train de saboter ma vie, mon histoire ». Voilà pourquoi j’ai besoin d’arriver au moment suivant. Vivre ainsi en résistance continuelle au maintenant constitue le dysfonctionnement structurel. La possibilité s’offre à nous maintenant de dire oui à ce moment, parce qu’il est, parce qu’il est constamment tel qu’il est. Et vous pourrez crier, hurler, vous plaindre, il restera tel qu’il est. Et le petit soi de dire « oui mais, je voudrais améliorer la condition du monde, je voudrais que le monde soit meilleur, ce moment est épouvantable, je ne veux pas accepter cette chose horrible ». Alors vous prenez la fuite, vous fuyez ce moment. Que se passe t-il alors ? En vérité, dans la forme que prend ce moment, et celle ci change continuellement, il y a l’espace du maintenant dans laquelle la forme apparaît, puis elle disparaît, mais en réalité elle demeure en tant qu’espace du maintenant. La forme s’étant évanouie, le mental projette le passé pour intégrer ce qui vient d’arriver, mais en réalité tout se passe dans l’espace du maintenant. Tout survient dans le maintenant, puis tout se modifie. Tout survient continuellement dans l’espace du maintenant. Il n’y a donc qu’un seul moment, qu’un seul maintenant, il ne vous quitte jamais, pas plusieurs moments, mais il y a plusieurs formes que ce moment peut prendre. Et quelque soit la forme que prend ce moment, quoi qu’il arrive, il ne s’agit pas d’un événement séparé, car il n’y a pas d’événements séparé.

Nous savons grâce aux enseignements traditionnels et à la physique moderne, que tout est interconnecté, et qu’il n’y a pas d’entité ou d’événements séparés. Et cela veut dire que ce qui apparaît dans le maintenant, ce qui se passe dans le maintenant, est une expression de la totalité, et cela signifie qu’il ne pourrait en être autrement. Le cosmos dans sa totalité a généré cela. D’où le caractère inévitable de la forme que ce moment peut prendre. Quand vous reconnaissez le caractère inéluctable de ce qui est, vous voyez alors la folie d’y résister. Car cette résistance ne fait que renforcer cette entité « moi ». Elle renforce cette illusion. C’est pourquoi le petit moi aime faire du maintenant son ennemi.

Et quand vous prenez conscience de cela, alors s’offre à vous la possibilité de vivre différemment. Et intérieurement, vous vous accordez au maintenant. Cela veut dire que vous permettez à ce moment d’être tel qu’il est. Le Bouddha a utilisé le mot « suchness », c’est à dire le fait que les choses sont telles quelles sont. Et le petit moi de dire « non, rien ne changera jamais, et vous resterez coincé dans cet insupportable maintenant pour le restant de vos jours ». Mais il ne se rend pas compte qu’il a été coincé dans ses propres schémas mentaux toute sa vie. Quand vous permettez à ce moment d’être, vous lui dites oui, oui, ce oui signifie la fin de millier d’années de conditionnements collectifs. Le non au maintenant, la réaction, le non qui réagit à ce moment, à la forme que prend ce moment, renforce la forme psychologique du moi.

Mais avec un oui, quelque soit la forme que prenne la situation, si vous lui apportez un oui, alors quelque chose d’étrange se produit. Vous pouvez dire que soudainement un espace se forme autour de ce qui arrive. Et l’espace intérieur émerge également, un sentiment de vastitude. Et ceci est l’émergence de la conscience inconditionnée. Et il y a une immense intelligence au sein de cette conscience inconditionnée. La conscience conditionnée, c’est le mental humain, qui n’est qu’un aspect partiel de cette immense intelligence « Une ».

Donc quelque chose arrive, cela peut-être un défi qui survient à un moment donné de votre vie. La vie fait cela parfois. Cela se produit dans le champ du maintenant auquel vous ne résistez pas, mais à qui vous lui accordez simplement votre attention. Vous regardez cela. Cela apparaît et vous lui donnez simplement un flot continu d’attentions. Vous regardez. Et ceci est un changement énorme, la capacité à être simplement là, avec ce qui est dans cet état de vive attention. Et dans cet état de vive attention, une immense intelligence est à l’oeuvre. Et si l’action est nécessaire, elle se produira et elle résultera non pas d’une résistance, mais de cette intelligence qui n’est rien d’autre que cet état de présence consciente. Il arrive souvent aussi qu’un facteur extérieur surgisse soudainement, ce que requiert une situation donnée. Par exemple un événement simultané. Etant maintenant connecté à cette intelligence une, qui n’est pas limitée à votre cerveau, vous pouvez donc maintenant accueillir la vie dans cet état d’ouverture quoiqu’il arrive, même si en surface les choses paraissent mauvaises. Il ne peut en être autrement, on ne peut pas discuter avec ce qui est, donc autant l’accueillir à bras ouverts.

Mais, me direz-vous, n’y a t-il pas dans la vie des situations épouvantables, des injustices, des violences, des gens commettant des choses atroces envers les autres…. Etes-vous en train de me demander de ne rien faire ? Observez ce qui se passe. Vous êtes là en tant qu’espace de l’intelligence inconditionnée. Mettez vous dans une situation, non pas en tant que petite entité combative peureuse, en colère et qui voudrait créer un monde meilleur à partir de sa colère. Voyez par vous même qu’un monde véritablement transformé ne peut naître que d’un état de conscience transformé. C’est tout ce que nous avons besoin de réaliser, comme je l’ai déjà souligné plus tôt, la possibilité d’accueillir tout ce qui se passe maintenant dans un état de « oui ».

Et soudainement le portail s’ouvre, laissant l’intelligence inconditionnée s’exprimer à travers vous et commencer à opérer dans votre vie. Vous êtes alors vécu par la vie. Alors vous pouvez vous promener, observer les choses, les laisser être totalement, que la compulsion de les cataloguer mentalement n’est plus là. Vous n’êtes donc plus coincé par les étiquettes, les concepts, les pensées. C’est cela, s’éveiller du rêve de la pensée. Cela ne veut pas dire que la pensée ne se produit plus, mais elle n’est reconnue comme n’étant que pensée. Vous la voyez pour ce qu’elle est ? Le fait de voir, c’est la conscience inconditionnée. Ici nous ne pouvons que la désigner, au travers des mots, mais le véritable enseignement est de percevoir l’espace à partir duquel naissent les mots. Certains d’entre vous ont étudié le zen…. de quoi cela parle t-il ? De ceci, du refus sans compromis de quitter «  maintenant », sauf pour des questions pratiques : nous nous rencontrerons demain à telle heure ? OK ! Retour à maintenant, maintenant.

Si on demande aux maîtres zen quel est le sens du zen, certains vous frappent, d’autres vous donnent des explications absurdes, mais … Il y avait un maître qui était devenu célèbre, car tout ce qu’il faisait, était de lever le doigt quand on lui demandait « Pouvez-vous nous expliquer le zen s’il vous plait ? » « Oui » (en levant le doigt… puis long silence).

Maintenant le dernier secret, le secret de maintenant, c’est de sentir ce maintenant directement, non pas en tant que ce qui s’y passe, mais en tant que le champ sous-jacent. Et alors vous réalisez que le « maintenant » n’est pas vraiment séparé de ce que vous êtes, parce que vous êtes ce champ de présence consciente. Différentes personnes ont utilisé différents mots pour le dire : c’est simplement « l’êtreté », la présence : je suis, mais je ne suis plus ceci ou cela. Quelque part dans la bible, Dieu se définit lui même quand on lui demande qui es-tu ? Quel est ton nom ? Dieu répond « je suis celui qui est, je suis cela que je suis ». Je suis, c’est l’essence de l’être.

Ainsi, votre identité n’est plus cette petite histoire, mais ce champ, cet espace. Donc votre pratique spirituelle consiste simplement à dire « oui » au maintenant. Et souvent le vieux « non » refera surface, la vague de résistance à ce qui est. Alors que faites-vous ? Vous remarquez cette vague de résistance et vous dîtes : Oh ! il y a un non. Et vous faîtes cela en tant qu’espace de la présence consciente. Néanmoins, vous vous souvenez quand même de vos rôles, et de votre passé. Ensuite vous devez continuellement vous ressaisir, quand vous vous retrouvez aspiré par les concepts, le moi conceptuel, et vous vous en rendez compte puisque vous devenez malheureux, et que vous souffrez, vous avez perdu le maintenant. Où est le maintenant ? Mon passé, mon avenir… ? Et tout d’un coup votre attention fait « psstt… oh… Il n’y a pas vraiment de problème ici, n’est-ce pas ? » Et puis vous vous perdez à nouveau, et un objet aspire votre attention. Donc il a un va et vient incessant, et de plus en plus vous marchez sur le fil étroit du « maintenant ». Magnifique !

Et là, nous retrouvons à nouveau le paradoxe du temps, je verrai certains d’entre vous dans ce qui ressemble à demain. Mais quand je serai avec vous ce ne sera pas demain... Bizarre non ?

Merci.

Eckhart Tolle, Extrait de la Conférence à Hambourg le 13 avril 2002

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180712

Tout ce qu'on veut, c'est rêver

La raison pour laquelle nous ne sommes pas des êtres éveillés est la paresse (Tendzin fit cette découverte dans sa grotte et elle y voit l'un des écueils principaux). Il n'y a pas d'autre raison. On ne se donne pas la peine de revenir au présent parce qu'on est trop fascinés par tous les jeux de l'esprit. Si l'on réfléchit réellement à ce que représente le renoncement, on constate que cela ne consiste pas seulement à renoncer aux choses extérieures comme l'argent, la maison, la famille. ça, c'est facile. Renoncer, c'est abandonner notre bavardage intérieur, c'est-à-dire ces chères pensées que nous aimons tant, tous ces souvenirs, espoirs, rêves et fantasmes. Renoncer à tout cela et demeurer nu dans le présent sont le vrai renoncement.
Le problème de fond, c'est qu'on veut et ne veut pas l'Éveil. De petites parcelles de nous désirent l'Éveil et ces petites parties ne sont rien d'autre que l'ego qui pense que ce serait si bien, si confortable et si agréable. Mais de là à tout laisser pour y aller carrément..! On peut le faire en un instant, mais on ne le fait pas, parce qu'on est trop paresseux. La peur et la léthargie nous arrêtent. La grande inertie de l'esprit. Et la pratique est là. Quiconque est engagé dans la voie bouddhiste sait cela. Alors pourquoi ne parvient-on pas à l'Éveil ? Nous ne devons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Nous restons dans le samsara parce que nous trouvons toujours des prétextes. Il faudrait que nous nous réveillions vraiment ! Toute la voie bouddhiste consiste à s'éveiller. Mais le désir de continuer à dormir est si fort. En dépit de toutes nos allégations de vouloir parvenir à l'Éveil afin d'aider les êtres, on ne le veut pas vraiment. On aime surtout rêver.

Un ermitage dans la neige (vu chez Ipapy)

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160712

Plus un instant à perdre

Celui qui parle de vivre au présent rencontre régulièrement une curieuse objection : "Je ne peux pas vivre dans le présent, je l’oublie immédiatement. Cela marche quelques minutes, puis c’est fini." De telles paroles montrent qu’on n’a pas encore compris de quoi il est question. On croit que, dans l’avenir, onéchouera à vivre au présent. Mais il s’agit du présent maintenant, tandis que j’écris et que je lis. Si nous remplissons l’instant d’une présence complète, notre journée voit sans cesse apparaître de nouveaux instants qui nous invitent et nous exhortent à être totalement présents. Ne pensons pas toujours à l’avenir quand nous parlons de la vie au présent. Chaque instant a un message qui doit être pris au sérieux.

Un moyen qui peut nous aider à vivre de plus en plus dans le présent, c’est, paradoxalement, de penser souvent à la mort. C’est une caractéristique de la mort de nous ramener au présent... Dans un article sur la relaxation quelqu’undonnait le conseil de s’imaginer qu’on allait mourir le jour même. Un lecteur écrivait quelques semaines plus tard : “ Cela a bien marché : j’ai travaillé comme si tout devait prendre fin le soir même. J’ai laissé de côté des choses moins urgentes pour me donner totalement aux choses importantes.”

Méditation chrétienne profonde, de Wilfrid Stinissen

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140712

Abondance

Reconnaître tout le bien qui vous arrive dans la vie est ce qui sert de fondement à l’abondance. En fait, tout ce que vous estimez que le monde retient et ne vous donne pas, c’est exactement ce que vous retenez et ne donnez pas . Vous le retenez parce que, profondément, vous pensez que vous êtes petit et que vous n’avez rien à donner.
Essayez de faire l’exercice suivant pendant une semaine ou deux et observez de quelle façon il change votre réalité. Quoi que ce soit que vous pensiez que les gens retiennent et ne vous donnent pas (louanges, appréciation, aide, amour, bienveillance, etc), donnez le leur. Vous ne l’avez pas ? Faites comme si vous l’aviez et cela viendra. Alors, dés que vous commencerez à donner, vous commencerez aussi à recevoir. Vous ne pouvez pas recevoir ce que vous ne donnez pas. Ce qui entre et le pendant de ce qui sort. Ce que vous pensez que le monde retient et ne vous donne pas, vous l’avez déjà. Si vous ne le laissez pas sortir, vous ne saurez même pas que vous le possédez. Ceci comprend aussi l’abondance. La loi qui veut que ce qui entre soit le pendant de ce qui sort est exprimé par Jésus dans cette image puissante : « Donnez, et l’on vous donnera, on versera dans le pan de votre vêtement une bonne mesure bien tassée, secouée et débordante ; car on emploiera, à votre égard, la mesure dont vous vous serez servi pour mesurer.
La source de toute abondance ne se trouve pas à l’extérieur de vous, elle fait partie de ce que vous êtes. Commencez cependant par reconnaître l’abondance à l’extérieur de vous. Voyez la plénitude la vie, la chaleur du soleil sur votre peau, les magnifiques fleurs dans la vitrine du fleuriste, le fruit succulent dans lequel vous mordez ou l’abondante pluie qui tombe du ciel et vous trempe. La plénitude de la vie est dans tout. Quand vous reconnaissez l’abondance qui est tout autour de vous, l’abondance latente en vous s’éveille. Laissez là alors sortir.

Eckhart Tolle, Nouvelle Terre

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