220512

Petit monde

La plupart des êtres vivants sont petits et nous passons facilement à côté
En termes pratiques, ce n'est pas toujours mauvais. Vous dormiriez peut-être moins bien si vous aviez conscience que votre matelas abrite environ 2 millions d'acariens microscopiques qui viennent dans votre sommeil se régaler de vos fluides sébacés et de ces déli­cieux fragments de peau bien croustillants que vous abandonnez en dormant. Votre oreiller à lui seul peut en abriter 40000. (Pour eux, votre tête n'est qu'une énorme sucette.) Et ne croyez pas tout changer avec une taie d'oreiller propre : pour des animaux de la taille des acariens, la trame du tissu humain le plus ferme est comme le gréement d'un navire. Si votre oreiller a six ans (ce qui semble être l'âge moyen d'un oreiller), on a estimé qu'un dixième de son poids sera constitué « de  peau morte, d'acariens vivants, d'acariens morts et de crottes d'acariens », pour citer l'homme qui a effectué le calcul, le Dr John Maunder du British Medical Entomo­logy Center 27. (Mais au moins, ce sont vos acariens. Pensez à ce qui se blottit contre vous chaque fois que vous vous allongez sur un lit de motel*.)

(...)

En fait, il ne sert à rien de chercher à tout prix à vous garer de vos bactéries, car elles sont en permanence sur vous et autour de vous, en quantités à peine concevables. Si vous êtes en bonne santé et raisonnablement soucieux de votre hygiène, vous aurez en permanence une horde de 1000 milliards de bactéries paissant sur vos plaines charnues - soit une centaine de milliers par centimètre carré de peau. Elles sont occupées à festoyer de la dizaine de milliards de fragments de peau que vous perdez chaque jour, sans compter les fluides appétissants et les minéraux fortifiants qui suintent de chacun de vos pores. Vous êtes pour elles le meilleur des hypermarchés, avec l'avantage d'une chaleur et d'une mobilité constantes. En guise de remerciement, elles vous donnent vos odeurs corporelles.

(...)

Comme nous sommes assez gros et assez intelligents pour produire et utiliser des antibiotiques et des désinfectants, nous tendons à penser que nous avons banni les bactéries aux marges de notre existence. Ne croyez pas cela. Les bactéries ne construisent pas de villes et elles n'ont peut-être pas une vie sociale très passionnante, mais elles seront encore là quand le soleil explosera. C'est leur planète, et nous n'y sommes que parce qu'elles le veulent bien.

 Bill Bryson, Une histoire de tout, ou presque...

bacteries

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190512

Histoire de cellules

La cellule moyenne vit rarement plus d'un mois, mais il y a des exceptions notables. Les cellules du foie peuvent survivre des années, bien que leurs compo­sants puissent se renouveler toutes les semaines. Les cellules cérébrales durent aussi longtemps que vous. Vous en avez une centaine de milliards à la naissance et vous n'en aurez jamais davantage. On a estimé que vous en perdez 500 à l'heure, de sorte que si vous avez à réfle­chir sérieusement, il n'y a pas une seconde à perdre. La bonne nouvelle, c'est que tous les composants de vos cellules cérébrales sont constamment renouvelés, de sorte que, comme les cellules du foie, aucune d'elles ne risque d'avoir plus d'un mois. On dit parfois qu'il n'y a pas un fragment de nous - pas une seule molécule - qui ait fait partie de nous voici neuf ans. Cela n'y paraît pas, mais au niveau cellulaire, nous sommes tous des gamins.

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..."

240711

L'atome tout-puissant

(...) Les atomes, en bref, sont innombrables.
Ils sont aussi remarquablement durables, et cette longévité leur permet de se faufiler absolument partout. Chacun de vos atomes est probablement passé par plusieurs étoiles et a fait partie de millions d'organismes avant d'arriver jusqu'a vous. Nous sommes si chargés atomiquement et si vigoureusement recyclés à notre mort qu'un nombre significatif de nos atomes - jusqu'à un milliard pour chacun de nous, selon certains - a sans doute appartenu un jour à Shakespeare. Un autre milliard nous est venu respectivement de Bouddha, Gengis Khan et Beethoven, ou toute autre figure historique de votre choix. (Il faut, semble-t-il, des personnages assez éloignés dans I'Histoire, car les atomes mettent quelques décennies à se redistribuer ; si fort que vous le désiriez, vous n'êtes pas encore recyclé en Elvis Presley.)
Nous sommes donc tous des réincarnations, mais très brèves. A notre mort, nos atomes vont se désassembler et chercher ailleurs de nouveaux usages - faire partie d'un autre être humain ou d'une goutte de rosée. Car les atomes, eux, sont pratiquement étemels.

(...)

Nous avons encore bien du mal à penser que les atomes sont essentiellement de l'espace vide, et que la sensation de solidité que nous inspire le monde autour de nous est pure illusion. Quand deux objets se rencontrent dans le monde réel - on prend en général l'image des boules de billard -, ils ne se frappent pas vraiment. En fait, explique Timothy Ferris, "les champs négatifs des deux boulent se repoussent [...] sans leurs charges électriques, elles pourraient, comme des galaxies, se traverser sans dommage". Quand vous vous posez sur une chaise, vous n'êtes pas réellement assis, vous lévitez au dessus à la hauteur d'un angström (un cent-millionième de centimètre), vos électrons et les siens s'opposant formellement à toute tentative d'intimité plus rapprochée.

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..." (Petite bibliothèque Payot)

apissenlit

210711

Théories hypothétiques

La difficulté dans tout cela, c'est le vaste champ laissé à l'interpretation. Imaginez-vous debout dans un champ la nuit, essayant de décider à quelle distance se trouvent deux lumières éloignées. En vous aidant d'outils assez simples de l'astronomie, vous pouvez déterminer que les ampoules sont d'une luminosité égale et que l'une est par exemple moitié plus proche que l'autre. Mais ce que vous ne pouvez pas établir avec certitude, c'est si la lumiere la plus proche est une ampoule de 58 watts située à 4,002 km, ou une ampoule de 61 watts brillant a 4,1 km. De surcroît, vous devez prendre en compte les distortions dues aux variations de l'atmosphère terrestre, à la poussière intergalactique qui contamine la lumière des étoiles situées au premier plan, et à bien d'autres facteurs. Vos calculs s'appuient donc fatale­ment sur une cascade d'hypothèses dont chacune peut être source de differend. En outre, l'accès aux téle­scopes vaut toujours de l'or, et mesurer le décalage vers le rouge a coûté au cours de l'Histoire une petite fortune : en effet, il faut parfois toute une nuit pour obtenir une seule observation. Les astronomes sont donc souvent tentés de fonder leurs conclusions sur des preuves qui brillent surtout par leur rareté. La cosmo­logie, comme l'a dit le journaliste Geoffrey Carr, est « une montagne de théories bâtie sur une taupinière de preuves ». Ou comme l'a dit Martin Reeves: « Notre satisfaction actuelle [sur l'état de notre compréhension] tient peut-être plus à la rareté des données qu'à l'excel­lence de la théorie. »

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..." (Petite bibliothèque Payot)

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210611

Boum !

Imaginez l'orbite de la Terre comme une sorte d'autoroute sur laquelle nous sommes l'unique véhi­cule, mais qui est régulièrement traversée par des piétons qui ignorent l'usage des trottoirs. Au moins 90 % de ces piétons nous sont totalement inconnus. Nous ne savons pas où ils habitent, quels sont leurs horaires, ni à quelle fréquence ils croisent notre route. Nous savons seulement qu'à des intervalles incertains ils s'avancent sur la chaussée ou nous sommes lancés à 100000 km à l'heure. Comme le disait Steven Ostro, du Jet Propulsion Laboratory: «Supposez que vous puissiez pousser un bouton pour allumer chaque asté­roïde de plus de 10 mètres de large croisant l'orbite de la Terre : il y aurait plus de 100 millions de ces objets dans le ciel.» En bref, vous ne verriez pas quelques milliers d'étoiles scintillantes, mais des millions d'objets plus proches, « tous capables d'entrer en collision avec la Terre et se déplaçant dans le ciel selon des courbes légèrement différentes à des vitesses différentes. Ce serait profondement énervant ». Eh bien, vous pouvez vous énerver, parce que c'est là, au-dessus de nos têtes. Simplement, vous ne le voyez pas.
On estime - simple hypothèse fondée sur une extra­polation du nombre de cratères sur la Lune - qu'environ 2000 astéroïdes assez gros pour mettre en péril l'exis­tence civilisée croisent régulièrement notre orbite. Mais même un tout petit astéroïde - de la taille d'une maison, disons - pourrait detruire une ville. Ce menu fretin croi­sant l'orbite de la Terre se compte probablement en centaines de milliers, voire en millions, et il est à peu près impossible de suivre ses déplacements.
Le premier, baptisé 1991 BA, ne fut repéré qu'en 1991 alors qu'il s'était dejà éloigné de nous de 170000 km - en termes cosmiques, l'équivalent d'une balle qui traverserait votre manche sans vous toucher le bras. Deux ans plus tard, un autre asteroïde plus gros nous à manqué de 145000 km - le passage le plus proche jamais enregistré. Lui aussi ne fut repéré qu'une fois passé, et il aurait donc pu nous tomber dessus sans crier gare. D'après Timothy Ferris, ces tirs rapprochès se produisent sans doute deux ou trois fois par semaine sans qu'on les remarque.
Un téléscope terrestre ne pourrait repérer un objet d'une centaine de mètres de large avant qu'il ne soit à quelques journées de nous ; encore faudrait-il qu'il soit précisément pointé dans cette direction, ce qui est fort improbable, car ce type d'objet céleste reste très peu surveillé. On dit toujours qu'il y a moins de gens dans le monde cherchant activement des astéroïdes que de personnel dans un fast food ordinaire. (Ils sont un peu plus nombreux aujourd'hui, mais à peine.)

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..."

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200611

La vie est une

Quoi que soit qui ait fait naître la vie, ce n'est arrivé qu'une seule fois. C'est le fait le plus extraordinaire de  la biologie, voire de toutes nos connaissances. Tout ce qui a jamais vécu, plante ou animal, vient du même soubresaut primordial. A un moment donné d'un passé incroyablement lointain, un petit sac de produits chimiques s'est mis a gigoter. Il a absorbé quelques éléments nutritifs, a pulsé discrètement le temps de sa brève existence. Cela s'était peut-être déjà produit, et peut-être des tas de fois. Mais cette poche ancestrale a fait une chose supplementaire : elle s'est divisée et a produit un héritier. Un minuscule paquet de matériel génétique est passé d'une entité vivante à une autre, et ce processus n'a plus jamais cessé. Ce fut le moment de la création pour nous tous. Les biologistes l'appellent parfois Big Birth, la « grande naissance ».
« Où que vous alliez dans le monde, quelque plante, animal, insecte ou chose informe que vous regardiez, s'il est vivant, il utilisera le même dictionnaire et possédera le même code. La vie est une », dit Matt Ridley. Nous sommes tous le résultat d'un unique tour de magie transmis de génération en génération pendant près de 4 milliards d'années, au point que l'on peut prendre un fragment de code génétique humain, le rapiécer sur une cellule de levure défectueuse, et la cellule de levure se mettra au travail comme si c'était le sien. Et, à stricte­ment parler, c'est le sien.

Bill Bryson "Une histoire de tout, ou presque..."

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