040611

La force du Bouddhisme

L'interdépendance (...) a été enseignée par le Bouddha lui-même, plus particulièrement dans l'Avatamsaka-Sûtra. Impossible, nous dit ce Sûtra, de trouver un objet qui soit sans rapport avec tous les autres. Un maître contemporain du Zen, Tchich Nhat Hanh, dans un recueil de textes récents, prend comme exemple une feuille de papier. Sans même parler du stylo et de l'encre, tout a un rapport avec cette feuille de papier. Elle est faite d'éléments non-papier. Si nous renvoyons tous ces éléments à leur source, la fibre au bois, le bois à la forêt, la forêt au bûcheron, le bûcheron à son père et à sa mêre, et ainsi de suite, nous constatons qu'en réalité la feuille de papier est vide. Elle n'a pas de soi séparé. Elle est faite de tous les éléments non-soi, non-papier.
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D'un autre côté les physiciens nous assurent que notre matière (c.a.d. les particules) ne meurt pas, ne peut pas mourir. Nos particules se recomposent en d'autres corps, végétaux, animaux et autres, qui à leur tour pourrons connaître ce que nous appelons la mort. Et le nombre de ces particules est si élevé - nous disent, et même nous démontrent les scientifiques - qu'à chaque respiration nous inspirons quelques particules de Socrate, de son vêtement, des oignons qu'il mangeait, et non seulement de Socrate et de Jules César, mais de tous les millions et millions d'anonymes qui ont marché sur cette Terre, composés de la même matière élémentaire qui passe inlassablement de l'un à l'autre...
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Nous disons que l'esprit s'illusionne lui-même, à chaque instant, dans la perception sommaire qu'il a du monde. Et que cette perception erronée doit nécessairement être corrigée, à moins de choisir de vivre dans l'erreur. Nous disons que notre agitation naturelle nous égare, qu'aucune relation véritable ne peut être établie avec le monde si nous ne parvenons pas à la paix de l'esprit.
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Las de leur existence médiocre et inutile, des oiseaux s'élancent à la recherche de leur roi mythique qui s'appelle Simorgh. La plupart, fatigués, déçus ou séduits par les surprises du voyages et les idoles qu'ils rencontrent, s'arrêtent en route. Un petit groupes d'oiseaux opiniâtres, conduit par la huppe, franchissent les déserts et les septs vallées d'émerveillement et de terreurs. Epuisés, les ailes brûlées, ils parviennent enfin en présence de l'oiseau roi.
Cent rideaux s'écartent, une vive lumière brille, mais ils ne voient rien qu'un miroir. Une voix leur dit que ce miroir est la seule vérité. Ce Simorgh qu'ils ont cherché, c'est eux-mêmes. Il ne faut rien attendre d'autre. La voix ajoute une phrase magnifique dont les échos retentirons longtemps dans la poésie persane : "Vous avez fait un long voyage pour arriver au voyageur."

J.C. Carrière et le Dalaï-Lama "La force du Bouddhisme"