010712

Bulle, envole-toi !

Don Juan : " Les sorciers disent que nous sommes dans une bulle. C'est une bulle à l'intérieur de laquelle on nous met dès la naissance. Au début, la bulle est ouverte, puis elle commence à se fermer, jusqu'à ce que nous soyons scellés en elle. Cette bulle, c'est notre perception. Nous vivons à l'intérieur de la bulle pendant toute notre vie. Et tout ce dont nous sommes témoins sur sesparois rondes correspond à notre propre reflet. La chose réfléchie est notre représentation du monde. Cette représentation est une description qu'on nous a faite dès notre naissance. C'est ainsi que toute notre attention a été captée par elle, et nous sommes devenus description; la description, à son tour, est devenue représentation. "

Carlos Castaneda, Histoires de pouvoir

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160312

Paroles de Don Juan Matus

"Nous sommes des consciences; nous ne sommes pas des objets; nous n’avons aucune solidité. Nous sommes illimités. Le monde des objets et de la solidité est une manière de rendre notre passage sur Terre commode. C’est seulement une description que nous créons afin qu’il nous aide… Nous oublions que la réalité matérielle est seulement une représentation et nous nous enfermons ainsi entièrement dans un cercle vicieux duquel nous émergeons rarement dans notre vie."
...
"C’est seulement en tant que guerrier que l’on peut supporter le chemin de la connaissance. Un guerrier ne peut pas se plaindre, ou regretter quelque chose. Sa vie est un défi sans fin, et les défis ne peuvent possiblement pas être bons ou mauvais. Les défis sont simplement des défis. La différence de base entre un homme ordinaire et un guerrier est qu’un guerrier prend tout comme un défi, alors qu’un homme ordinaire prend tout comme une bénédiction ou une malédiction."
...
"Ce n’est pas suffisant de simplement vouloir marcher sur le chemin de la connaissance; vos efforts doivent être impeccables pour vous rendre dignes de cette connaissance."
...
"Il n’y a aucun futur. Le futur est seulement une manière de parler. Pour un sorcier il y a seulement, le ici et maintenant."
...
"La vie d’un guerrier ne peut certainement pas être froide et isolée et sans sentiments, parce qu’elle est basée sur son affection, sa dévotion, son attachement à son Bien-aimé… La Terre sait qu’il l’aime, et elle lui accorde son soin. C’est pourquoi sa vie est remplie jusqu’au bord et son état, partout où il sera, sera abondant. Il erre sur les chemins de son amour… Cette Terre… Seulement si on aime cette Terre avec une passion inébranlable, pourrons-nous nous libérer de la tristesse. Un guerrier est toujours joyeux, parce que son amour est inaltérable et sa Bien-aimée, la Terre, l’embrasse et lui accorde des cadeaux inconcevables. La tristesse appartient seulement à ceux qui détestent la chose même qui les abrite. Cet Être splendide, qui est vivant jusque dans ses moindres recoins et qui comprend chaque sentiment, m’a apaisé, m’a guéri de mes douleurs et finalement, quand j’ai entièrement compris mon amour pour lui, il m’a apprit la liberté."

Carlos Castaneda "Histoire de pouvoir"


… la connaissance du monde que nous percevons nous contraint à croire que nous sommes entourés par des objets, existant par eux-mêmes et comme eux-mêmes, juste comme nous les percevons, tandis que, en fait, il n’y a pas un monde d’objets, mais un univers d’émanations.

Carlos Castaneda "Le feu du dedans"

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portrait de Don Juan par Martin de Diego Sádaba

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030112

L'intention

Il existe dans l'univers une force incommensurable et indescriptible. Cette force, les chamans l'appellent l'Intention, et absolument tout ce qui existe dans l'univers est relié à l'Intention.

(...)

La connaissance silencieuse est quelque chose que nous portons tous en nous. Une force qui maîtrise et connaît toute chose. Mais cette force ne pense pas, et par conséquent, elle ne peut nous dire ce qu'elle sait... L'Homme a abandonné la connaissance silencieuse pour le monde de la raison. Et plus il s'accroche au monde de la raison, plus l'intention de vient éphémère.

Carlos Castaneda : La force du silence

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130611

Voir

-Tu penses et tu parles beaucoup trop. Tu dois cesser de parler.
- Que voulez-vous dire?
- Tu parles beaucoup trop à toi même. Tu n'es pas le seul à faire ainsi. Chacun d'entre nous le fait. Nous n'arrêtons jamais ce bavardage intérieur. Penses-y. Chaque fois que tu es seul, que fais-tu ?
- Je me parles à moi même.
- De quoi te parles-tu ?
- Je n'en sais rien. De n'importe quoi sans doute.
- Je vais te dire ce que nous nous disons. Nous parlons de notre monde. En fait avec notre bavardage intérieur nous maintenons le monde.
- Comment cela?
- Chaque fois que nous finissons de nous parler, le monde est toujours tel qu'il devrait être. Nous le renouvelons, nous lui insufflons de la vie, nous le supportons de notre bavardage intérieur. Et ce n'est pas tout, nous choisissons aussi nos chemins comme nous parlons à nous-mêmes. Par conséquent, nous répétons toujours et toujours les mêmes choix jusqu'au jour où nous mourons, cela parce que nous continuons toujours et toujours à répéter le même bavardage intérieur jusqu'au jour où nous mourons. Un guerrier est conscient de cela et il s'efforce de mettre fin à son bavardage intérieur. Ce qui constitue la dernière caractéristique d'un guerrier à connaître si tu veux vivre comme un guerrier.
- Comment puis-je cesser de me parler ?
- En premier lieu tu dois faire usage de tes oreilles pour les charger d'une part du fardeau de tes yeux. Depuis le jour de notre naissance nous utilisons nos yeux pour juger le monde. Nous parlons aux autres et à nous mêmes, en termes de ce que nous avons vu. Un guerrier est conscient de cela, et il écoute le monde. Il écoute le son du monde. (...) Un guerrier est conscient que le monde changera dès qu'il cessera de parler, dit-il et il doit être préparé pour cette monumentale secousse.
- Que voulez-vous dire?
- Le monde est comme ci ou comme ça parce que nous disons qu'il est ainsi. Si nous cessons de nous dire que le monde est comme ça, le monde cessera d'être comme ça. Seulement je ne crois pas que tu sois maintenant prêt à une telle gifle, par conséquent tu dois commencer à dé-faire très lentement le monde.

Carlos Castaneda (Voir)

110611

Voyage à Ixtlan

"Ici même je vais t'enseigner la première étape du pouvoir, annonça t-il comme s'il me dictait une lettre. Je vais t'enseigner comment élaborer le rêve."
Il me regarda en me demandant si j'avais compris. Ce ne pouvait être le cas. J'arrivais à peine à le suivre. Il expliqua qu'élaborer le rêve signifiait avoir un contrôle précis et pragmatique sur la situation générale d'un rêve, un contrôle exactement semblable à celui que l'on a au moment d'un choix dans le désert, par exemple grimper une colline ou demeurer dans l'ombre d'un canyon.
"II faut commencer par quelque chose de très simple, continua t-il. Cette nuit, dans tes rêves, tu regarderas tes mains."
J'éclatais de rire. Il venait de parler comme s'il s'agissait d'un acte des plus ordinaires.
"Pourquoi ris-tu ?" demanda t-il avec surprise.
- Comment puis-je regarder mes mains dans mes rêves,
- C'est très simple, concentre ton regard sur tes mains, comme ça..."
Il pencha sa tête en avant et fixa ses mains; il avait la bouche grande ouverte. Son expression était tellement comique que je ne pus m'empêcher de rire.
"Sérieusement, comment dois-je faire ?"
- Comme je te l'ai dit, répondit-il. Il est évident que tu peux, si bon te semble, regarder n'importe quoi d'autre, tes orteils, ton nombril, ou ton outil. J'ai mentionné les mains, parce que pour moi c'est la partie du corps la plus facile à voir. Ne crois pas que je plaisante. Rêver est aussi sérieux que voir ou mourir ou n'importe quoi d'autre dans ce monde effrayant et mystérieux.
(... )
"Chaque fois que dans tes rêves tu regardes quelque chose, cette chose change, dit-il après un long silence. L'astuce pour apprendre à élaborer le rêve, n'est pas, c'est évident, de simplement regarder les choses, mais de retenir leur vision Rêver est réel quand on a réussi à tout amener à devenir clair et net. Alors il n'y a plus de différence entre ce que tu fais quand tu dors et ce que tu fais quand tu ne dors pas. Comprends-tu maintenant ?"
J'avouai que même si je comprenais ce qu'il avait dit j'étais incapable d'accepter son point de départ. J'avançai l'argument que dans un monde civilisé de nombreuses personnes avaient des illusions, et ces gens ne pouvaient pas faire la différence entre ce qui se produisait dans le monde réel et dans leurs fantaisies. Ces gens étaient des malades mentaux. Par conséquent à chaque fois qu'il me recommandait d'agir comme un fou, j'étais excessivement troublé.
Mon exposé terminé, don Juan eut un geste comique, il porta ses mains à ses joues et soupira profondément.
" Laisse ton monde civilisé là où il est, dit-il. Qu'il soit ce qu'il est! Personne ne te demande de te conduire comme un fou. Je te l'ai dit, un guerrier doit être parfait de manière à négocier avec les pouvoirs qu'il chasse. Comment peux-tu concevoir un guerrier incapable de discerner une chose de l'autre? Par ailleurs, mon ami, toi qui sais ce qu'est le monde réel, tu trébucherais et mourrais en un rien de temps s'il te fallait dépendre de ta capacité à distinguer ce qui est réel de ce qui ne l'ai pas."

Carlos Castaneda "Le voyage à Ixtlan"

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