171117

De nada

Un jour, alors qu’il méditait et ne cessait de plonger toujours plus profondément en lui-même, avec une détermination croissante mais tranquille, en augmentant constamment l’intensité et la force de sa concentration sans la laisser à aucun moment faiblir ni fluctuer, soudain, tandis que la sensation de son corps devenait toujours plus fine et raréfiée, ce Nada sacré commença à vibrer dans ses oreilles d’une façon inhabituelle, grondant dans sa tête avec une puissance et une intensité incroyables, qu’il n’avait jamais connues auparavant.
Tout à coup, avec une force stupéfiante et une rapidité fulgurante, il fut aspiré au sommet de son crâne. En même temps, il sentit que son front s’ouvrait de l’intérieur et que la vision de ses deux yeux fusionnait intérieurement au centre de son front.
Simultanément, il éprouva l’étrange et puissant sentiment d’être mort et retourné à sa Source d’Origine. Il fut aussi saisi par la sensation inexprimable d’être immergé dans le Grand Tout, et ce fut comme s’il avait découvert et compris le secret mystérieux qui se dissimule derrière la vie, les étoiles et l’Univers. Un immense silence éternel d’une qualité inconnue de ce monde régnait.
Par la suite, et pendant plusieurs jours, son corps lui sembla incroyablement libre et léger, comme s’il s’était transmué en éther. Quelque chose de cette sensation est demeuré avec lui depuis lors. Il éprouvait un étrange et indéfinissable état de bien-être, baigné d’un calme intérieur ineffable, d’un contentement indescriptible et d’un sentiment d’amour tel qu’il n’en avait jamais connu, accompagné d’une profonde tendresse dans le plexus solaire.
Plus tard, lorsqu’il essaya de formuler en mots l’étrange secret qu’il avait découvert concernant la vie, les étoiles et l’Univers, il ne put jamais y parvenir, bien que la réalité de cette mystérieuse compréhension l’ait toujours accompagné depuis.
Au cours de cette expérience spirituelle extraordinaire, il reçut une subtile connaissance et un avant-goût, qu’il ne comprit pas pleinement tout de suite, de l’état d’après la mort, un état qui devint, au fur et à mesure qu’il continua à méditer, toujours plus clair et réel. »
Depuis ce jour capital, son existence prit un sens entièrement différent ; son but dans la vie changea du tout au tout. Tout ce qui l’intéressait auparavant, et qui lui avait semblé si important, ne signifiait tout à coup plus rien.
Cet état extra-ordinaire qui ne peut être expérimenté qu’au plus profond de soi-même est perçu comme un Soi vaste, transparent et sans forme, qui se répand au delà du corps physique, dans toutes les directions à l’infini — un “Spectateur” énigmatique et dépourvu de forme, plongé dans une auto-contemplation silencieuse. Pareil à un océan de conscience sans limite, sans début ni fin, ce Soi invisible, bien que sans forme, possède une réalité immensément plus grande que celle du corps terrestre tangible. En fait, comparée à cet état inhabituel d’être, l’apparence physique perd toute réalité. Dans cet état sacré, le contemplant, le contemplé et la contemplation forment une seule et même unité. Il s’agit d’un acte profondément mystérieux et inexplicable dans lequel, paradoxalement, il y a contemplation du Soi en même temps qu’être le Soi qui est contemplé."

Edouard Salim Michael "la Voie de la Vigilance Intérieure" (Editions Guy Trédaniel)

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Nada-yoga

Le Nada Yoga est une pratique de concentration connue de l'hindouisme aussi bien que du Bouddhisme qui consiste à fixer l'attention sur un son que l'on peut entendre à l'intérieur des oreilles et de la tête.
Ce qui caractérise ce son est qu'il augmente d'intensité en fonction du degré de concentration du méditant.
Dans le Shurangama Sutra, essentiel dans la tradition du Bouddhisme mahāyāna chinois, Avalokiteśvara déclare qu'il a atteint l'illumination grâce à la concentration sur le subtil son intérieur. Le Bouddha félicite alors Avalokiteshvara et déclare que ce moyen est la suprême voie de l'Éveil.
Ce son est également connu en Inde et a été utilisé largement par le mouvement des Radha Soami (en).
Il y est fait référence dans le traité sur le yoga intitulé Hatha Yoga Pradipika :
« Cette sonorité qui est le Son primordial d'où découle toute la Création est perçue comme une vibration sonore à l'intérieur du Sushumnâ. Pour l'écouter, il faut adopter une mudra spéciale. Les phases de l'écoute du son sont liées aux étapes de la remontée de la Kundalinî. »
En Occident, Edouard Salim Michael a consacré plusieurs chapitres de son premier ouvrage La voie de la vigilance intérieure au Nada Yoga. Ce support de concentration est également enseigné par le vénérable Ajahn Sumedho de la tradition des moines de la forêt du Bouddhisme theravāda qui y fait référence notamment dans son ouvrage The Sound of Silence.

(Wikipedia)

 

 

Extrait de " La voie de la vigilance intérieure " par Edouard Salim Michaël :

Quand le chercheur entendra pour la première fois ce son mystique au cours de sa méditation, il se peut que celui-ci soit très faible - suivant son ardeur et son niveau d'être. Et, même s'il l'a entendu et reconnu, ce son pourra quelques fois s'évanouir, puis se remanifester. Il jouera, pour ainsi dire, avec lui, mettant sans cesse sa persévérance à l'épreuve. Il se peut même qu'il disparaisse complètement et que l'aspirant ne le perçoive plus du tout pendant quelque temps. Il ne doit pas se décourager pour autant, mais le chercher encore et encore avec persistance, jusqu'à ce qu'il parvienne à l'entendre à nouveau.
L'importance de ce Nada (ce son sacré) ne peut être assez souligée. Il peut être comparé à un poteau indicateur divin qui montre avec compassion le chemin au chercheur qui lutte dans sa quête capitale.
En général, les pensées et les sentiments de l'être humain changent constamment. Toujours balloté par les vagues du flux incessant de son mental, il ne connais pas de continuité intérieure d'être. Sans but véritable, il est pareil à une feuille morte chassée passivement çà et là par les vents toujours changeants de ses humeurs, de ses pensées et de ses désirs. Et ses humeurs, ses pensées et ses désirs se trouvent sans cesse influencés par les conditions extérieures ainsi que par toutes sortes de forces invisibles qui agissent en lui.
Lorsque le chercheur aura reconnu ce Nada et qu'il se sera suffisamment familiarisé avec lui, il s'apercevra que, contrairement aux conditions intérieures et extérieures toujours changeantes auxquelles il était habitué jusqu'alors, ce son mystique possède une étrange continuité qui n'est pas de ce monde. En plus de la description qui en a été faite au chapitre précédent, on peut encore dire qu'il peut être comparé au doux murmure du vent et au bruissement continu des vagues de l'océan, auxquels s'ajoute un son strident et suraigu composé de toutes les harmoniques de l'univers. Dans les plus hautes sphères, ce Nada sacré possède une sorte d'étrange timbre argentin quelque peu analogue au tintement continuel de minuscules morceaux de verre, auxquels se superposent d'autres sons toujours plus subtils, jusqu'à ce que, finalement, ces sons plus ténus semblent disparaître dans l'infini.

Posté par Sator à 09:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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