210512

L'arbre de la vie

Chacun de nous a deux parents, quatre grands-­parents, huit arrière-grands-parents, et ainsi de suite. Le nombre de nos ancêtres double à chaque fois que nous remontons d'une génération dans notre arbre généalogique. En poursuivant ce raisonnement, si nous remontions de trente-six générations, le nombre de nos ancêtres serait de 2[36], soit 70 milliards de per­sonnes : puisque vingt-cinq ans séparent en moyenne une génération de la suivante, remonter de trente-six générations équivaut aà remonter le temps d'environ neuf cents ans, soit jusque vers l'an 1100. Si nous remontions jusqu'a l'an 0, au moment de la nais­sance du Christ, le nombre de nos ancêtres devrait être en théorie d'un million de milliards de milliards (10[24]). Si vous pensez que ces nombres sont incroya­blement grands, vous aurez raison, car ils sont bien plus élevés que le nombre total (50 milliards) d'indi­vidus à avoir jamais vécu sur Terre depuis l'aube de l'humanité. A l'évidence, ces chiffres nous disent que chacun de nous ne peut posséder un arbre généalo­gique totalement distinct de celui des autres. Sinon, nous courons le risque de surpeupler le globe de per­sonnes qui n'ont jamais existé ! A un moment donné dans le passé, nos lignées généalogiques ne peuvent que se rencontrer et s'unir.
Ainsi, en remontant assez loin dans le temps, nous devenons tous des cousins éloignés. Nous pouvons tous nous targuer d'être de lointains parents de Thomas Jefferson (auteur de la Déclaration d'indé­pendance americaine en 1776), de l'empereur Char­lemagne au IXe siecle, de Joseph et Marie en l'an 0 ou du Bouddha en l'an 500 avant notre ère. En fait, si nous remontons assez loin, et puisque la popula­tion humaine décroît de plus en plus en amont, la conclusion inévitable est que tous les individus présents sur Terre aujourd'hui descendent d'un ancêtre commun. Cette conclusion extraordinaire est confir­mée par les anthropologues quand ils nous disent qu'en effet nous descendrions tous d'une lointaine ancêtre vivant dans la savane africaine il y a quelques millions d'années et qu'ils ont baptisée Lucy, d'apres la chanson des Beatles "Lucy in the sky with diamonds".
Plus étonnant encore : le décodage du génome de l'homme et d'autres espèces vivantes nous révèle que cette convergence d'arbres généalogiques en un seul arbre ne concerne pas seulement celui-la, mais également toutes celles-ci. Par exemple, nous parta­geons 99,5 % de nos gènes avec les chimpanzés. Ce qui implique que nous descendons d'un ancêtre commun et que, si nous pouvions retracer l'arbre généalogique des chimpanzés assez loin, nous ver­rions qu'il se confondrait inévitablement avec le notre à une periode reculée du passé. Ce qui est vrai pour les chimpanzés l'est aussi pour tous les autres orga­nismes vivants, des dauphins qui batifolent dans l'océan aux rossignols qui nous charment de leurs chants, aux cigales qui nous bercent durant les nuits d'été, aux grands chênes qui bordent la route, aux champignons qui tapissent le sol des forêts, aux roses qui nous enivrent de leur parfum délicat, etc. Que les organismes vivants soient des hommes, des animaux ou des plantes, les branches séparées de leurs arbres généalogiques se recoupent et se rejoi­gnent inévitablement, tôt ou tard, pour ne plus for­mer qu'un seul et unique arbre - celui de la vie.
Partez de n'importe quelle branche de l'arbre de la vie. En allant de branche en branche, de ramifi­cation en ramification, toujours vous trouverez un chemin qui vous ramenera au tronc central. II y a environ 500 millions d'années, mon ancêtre était un poisson. Remontons le temps d'encore un milliard et demi d'années : mes aïeux étaient des bacteries. Nous descendons tous, en fait, d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années. La vie a surgi dans ce très lointain passé d'un seul et unique événement.

Trinh Xuan Thuan, Origines - la nostalgie des commencements

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220412

L'infini dans la paume de la main

Matthieu Ricard :
Le mot interdépendance est une traduction du mot sanskrit pratitya samutpada qui signifie « être par co-emergence» et peut s'interpréter de deux façons complementaires. La premiere est « ceci surgit parce que cela est », ce qui revient à dire que les choses existent d'une certaine façon mais que rien n'existe en soi. La deuxieme est « ceci, ayant été produit, produit cela », ce qui signifie que rien ne peut être sa propre cause. En d'autres termes, tout est d'une façon ou d'une autre interdépendant avec le monde.
Une chose ne peut surgir que parce qu'elle est reliée, conditionnée et conditionnante, co-presente et co-opérante, et en transformation continuelle. L'interdépen­dance est intimement liée à l'impermanence des phénomenes et fournit un modèle de transformation qui n'implique pas l'intervention d'une entité organisa­trice. L'interdépendance explique aussi ce que le boud­dhisme entend par la vacuité des phénomènes, une vacuité qui signifie absence de « réalité » intrinsèque.
(...)
Une autre façon de définir l'idée d'interdépendance est résumée par le mot « tantra », qui indique une notion de continuité et « le fait que tout soit lié en un ensemble, tel que rien ne puisse venir séparement».

Ironiquement, bien que l'idée d'interdépendance mine la notion de réalité autonome, c'est également elle qui permet la manifestation des phénomènes. Con­sidérons la notion d'une entité qui existerait indépen­damment de toutes les autres. Immuable et autonome, cette entité ne pourrait agir sur rien et rien ne pourrait agir sur elle. L'interdépendance est nécessaire a la manifestation des phénomènes.
Cet argument réfute tout aussi bien la notion de par­ticules autonomes qui construiraient la matière, que celle d'une entité créatrice qui n'aurait aucune autre cause qu'elle-même. De plus, cette interdépendance inclut naturellement la conscience : un objet dépend d'un sujet pour être objet. Schroedinger avait remarqué ce probleme lorsqu'il écrivait : « Sans en être cons­cients, nous excluons le Sujet de la Connaissance du domaine de la nature que nous entreprenons de com­prendre. Entrainant la personne que nous sommes avec nous, nous reculons d'un pas pour endosser le role d'un spectateur n'appartenant pas au monde, lequel par là même devient un monde objectifé. »
L'interdépendance, c'est encore celle des relations entre les parties et le tout : les parties participent du tout, et le tout est présent dans les parties.
(...)
La notion d'interdépendance nous pousse à remettre
fondamentalement en cause notre perception du monde et à avoir continuellement recours à cette nouvelle per­ception pour réduire nos attachements, nos peurs et nos aversions. La compréhension de l'interdépendance doit mettre à bas le mur illusoire que notre esprit a dressé entre « moi » et « autrui ». Elle rend absurdes l'orgueil, la jalousie, l'avidité, la malveillance. Si non seulement toutes les choses inertes, mais tous les êtres sont reliés, nous devons nous sentir intimement concernés par le bonheur et la souffrance des autres. Vouloir construire son bonheur sur la souffrance d'autrui est non seule­ment amoral, mais irréaliste. Les sentiments d'amour universel (défini dans le bouddhisme comme le désir que tous les êtres connaissent le bonheur et les causes du bonheur) et de compassion (le désir que tous les êtres soient délivrés de la souffrance et des causes de la souffrance) sont des conséquences directes de l'in­terdépendance. Prendre conscience de l'interdépen­dance engendre ainsi un processus de transformation intérieure qui se poursuivra tout au long du chemin de l'Eveil spirituel. Sinon, ne pas mettre nos connaissan­ces en pratique, c'est ressembler à un musicien sourd ou au nageur qui meurt de soif par crainte de se noyer en buvant.

Trinh Xuan Thuan :
Interdépendance des phénomènes = responsabilité universelle. Quelle belle équation ! Elle fait echo à
ces paroles d'Einstein : « L'être humain est une partie du tout que nous appelons univers, une partie limitée par le temps et l'espace. II fait l'experience de lui­ même, de ses pensées et de ses sentiments comme des événements séparés du reste, c'est là une sorte d'illu­sion d'optique de sa conscience. Cette illusion est une forme de prison pour nous, car elle nous restreint à nos désirs personnels et nous contraint à réserver notre affection aux quelques personnes qui sont les plus proches de nous. Notre tâche devrait consister à nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion de manière à y inclure toutes les créatures vivantes et toute la nature dans sa beauté. »

M.R. :
Un point important que nous devons garder à l'esprit concernant l'interdépendance est qu'elle n'est pas une

simple interaction entre les phénomènes, mais la condition même de leur manifestation.

T.X.T. :
Heisenberg rejoint cette notion lorsqu'il écrit :
« Le monde apparait donc comme un tissu complexe d'événements, dans lequel des relations de diverses sortes alternent, se superposent ou se combinent, déter­minant par là la trame de l'ensemble. » Que l'interde­pendance soit la loi fondamentale, je ne peux qu'etre d'accord. Mais la science ne sait pas encore la décrire.
Mais même si les scientifiques ont du mal a saisir toute l'ampleur de l'interdépendance, ils n'ont pas de mal à constater toutes sortes d'interconnections dans notre monde. L'interconnection cosmique du big bang par exemple. Nous sommes tous faits des produits de l'explosion primordiale. Les atomes d'hydrogène et d'hélium qui constituent 98 % de la masse totale de la matière ordinaire dans l'univers ont été fabriqués pen­dant les trois premières minutes de son existence. Les atomes d'hydrogène de l'eau des océans ou de notre corps proviennent tous de cette soupe primordiale. Nous partageons donc tous la même généalogie. Quant aux élements lourds qui sont essentiels à la complexite et à l'emergence de la vie et constituent les 2 % res­tants de la matière de l'univers, ils sont le produit de l'alchimie nucléaire au coeur des étoiles, et de l'explo­sion des supernovae.
Nous sommes tous faits de poussière d'étoiles. Frères des bètes sauvages et cousins des fleurs des champs, nous portons tous en nous l'histoire cos­mique. Le simple acte de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe. Par exemple, nous inha­lons encore aujourd'hui des millions de noyaux d'ato­mes partis en fumée lors du supplice de Jeanne d'Arc en 1431, et quelques molécules provenant du dernier souffle de Jules César. Quand un organisme vivant meurt et se décompose, ses atomes sont libérés dans l' environnement, puis intégrés dans d'autres organis­mes. Nos corps contiennent environ un milliard d'ato­mes qui ont appartenu à l'arbre sous lequel le Bouddha a atteint l'Eveil.

Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan : "L'infini dans la paume de la main".

MRTXT

 

061111

Fils des étoiles, frères des dauphins

La physique moderne a non seulement démontré l’interdépendance du monde des particules et de l’univers, mais elle a aussi mis en évidence l’intime connexion de l’homme avec le cosmos. Nous savons aujourd’hui que nous sommes tous faits d’atomes fabriqués lors de l’explosion primordiale d’abord, et lors de l’alchimie nucléaire des étoiles ensuite. Les atomes d’hydrogène et d’hélium qui constituent 98 % de la masse totale de la matière ordinaire dans l’univers ont été générés pendant les trois premières minutes de son existence. Les atomes d’hydrogène dans l’eau des océans ou dans notre corps proviennent tous de cette soupe primordiale. Nous partageons tous une même généalogie cosmique qui remonte a 13,7 milliards d’années, l’âge de l’univers. Quant aux éléments lourds essentiels à la complexité et à l’émergence de la vie et de la conscience, et qui constituent les 2 % restants, ils ont été fabriques dans les creusets stellaires et les supernovae, morts explosives d’ étoiles massives.

Nous sommes tous faits de poussières d’étoiles. Frères des bêtes sauvages et cousins des fleurs des champs, nous portons tous en nous l’histoire cosmique. Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe. Par exemple, nous inhalons encore aujourd’hui des millions de noyaux d’atomes partis en fumée lors du supplice de Jeanne d’Arc en 1431, et quelques molécules provenant du dernier souffle de Jules César. Les milliards de molécules d’oxygène que nous inhalons avec chaque bouffée d’air ont été un jour ou l’autre dans les poumons de chacun des cinquante milliards d’individus ayant vécu sur Terre. Quand un organisme vivant meurt et se décompose, ses atomes sont libérés dans l’ environnement, puis intégrés dans d’autres organismes. Nos corps contiennent ainsi environ un milliard d’atomes qui ont appartenu à l’arbre sous lequel le Bouddha a atteint l’Eveil... il y a quelque deux mille cinq cents ans.

Autre interconnexion découverte par la science : nous sommes tous liés les uns aux autres génétiquement. Nous descendons tous de l’Homo habilis apparu en Afrique il y a environ un million huit cent mille ans, quelles que soient notre ethnie et notre couleur de peau. En remontant assez loin dans le temps, nous devenons tous des cousins éloignes. Plus étonnant encore : le décodage du génome de l’homme et d’ autres espèces vivantes nous révèle que cette convergence d’arbres généalogiques ne concerne pas seulement l’espèce humaine, mais également toutes les autres. Par exemple, nous partageons 99,5 % de nos gènes avec les chimpanzés, ce qui implique que nous descendons tous d’un ancêtre commun et que si nous pouvions remonter assez loin dans l’arbre généalogique des chimpanzés, nous verrions qu’il se confondrait inévitablement avec le notre à un moment donné. Ce qui est vrai pour les chimpanzés l’est aussi pour tous les autres organismes vivants, des dauphins aux rossignols, en passant par les cigales, les grands chênes, les champignons, ou les roses. Nos arbres généalogiques se rejoignent inéluctablement, tôt ou tard, pour ne former qu’un seul et unique arbre - celui de la vie.

Trinh Xuan Thuan, Le Cosmos et le Lotus

 

301011

Interconnectés

Pour le bouddhisme, le monde est comme un vaste flux d’événements reliés les uns aux autres et participant tous les uns des autres. La façon dont nous percevons ce flux en cristallise certains aspects de manière purement illusoire et nous fait croire qu’il s’agit d’entités autonomes dont nous sommes entièrement séparés. Le bouddhisme ne nie pas la vérité conventionnelle, celle que l’homme ordinaire voit ou que Ie savant détecte. II ne conteste pas les lois de cause à effet, ou les lois physiques et mathématiques. Il affirme simplement que, fondamentalement, il y a une différence entre la façon dont le monde nous apparaît et sa nature ultime. Ainsi, lorsque nous regardons une pomme, nous remarquons sa localisation, sa forme, sa taille ou la couleur de sa peau. L’ensemble de ces propriétés constituent la désignation « pomme ». Cette désignation est une construction mentale qui attribue une réalité en soi à la pomme. Mais lorsque nous analysons la pomme, issue de causes et de conditions multiples - le pommier qui l’a produite, la lumière du soleil et la pluie qui ont nourri ce dernier, la terre du verger où sont plantées ses racines, etc. -, nous sommes incapables d’isoler une identité autonome de la pomme. Ce qui ne veut pas dire que le bouddhisme prétende que la pomme n’existe pas, puisque nous en faisons l’expérience avec nos sens. Il ne prône pas une position nihiliste qui lui est souvent attribuée a tort. II affirme que cette existence n’est pas autonome mais purement interdépendante, évitant ainsi la position réaliste matérialiste. II adopte la voie médiane, ou « voie du milieu », selon laquelle un phénomène ne possède pas d’existence autonome sans être pour autant inexistant, et peut interagir et fonctionner selon les lois de la causalité. Selon le bouddhisme, donc, tout est interconnecté. De manière étonnante, des expériences scientifiques nous ont aussi contraints à dépasser nos notions habituelles de localisation dans l’espace. Elles nous ont amenés à conclure que l’univers possède bien un ordre global et indivisible, tant à l’échelle subatomique qu’à celle de l’infiniment grand.

Trinh Xuan Thuan, Le Cosmos et le Lotus

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Les mirages du réel

Trinh Xuan Thuan - J’adhère moi-même au point de vue de Heisen­berg. Je l’ai déjà dit, les expériences ont toujours donne raison à la mécanique quantique et elle n’a jamais été prise en défaut. Einstein faisait fausse route, et son réa­lisme matérialiste est intenable. D’après Bohr et Hei­senberg, quand nous parlons d’atomes ou d’électrons, nous ne devons pas imaginer des entités réelles existant par elles-mêmes, avec des propriétés bien définies comme la position ou la vitesse, et traçant des trajectoi­res elles aussi définies. Le concept d’« atome » n’est qu’un moyen commode pour relier en un schéma logi­que et cohérent diverses observations. Bohr parlait ainsi de l’impossibilité d’aller au-delà des faits et résul­tats des expériences et mesures : « Notre description de la nature n’a pas pour but de révéler l’essence réelle des phénomènes, mais simplement de découvrir autant que possible les relations entre les nombreux aspects de notre existence. »

Matthieu Ricard - Il rejoint François Jacob lorsque celui-ci affirme : « Il parait donc clair que la description de l’atome donnée par le physicien n’est pas le reflet exact et immuable d’une réalité dévoilée. C’est un modèle, une abstraction, le résultat de siècles d’efforts de physi­ciens qui se sont concentrés sur un petit groupe de phénomènes pour construire une représentation cohérente du monde. La description de l’atome parait être autant une création qu’une découverte. » Cela n’empêche pas la plupart des gens de s’imaginer les atomes comme des petites boules qu’ils pourraient saisir s’ils disposaient d’instruments suffisamment petits.

T. - Schrodinger nous met en garde contre une telle matérialisation de l’atome et de ses constituants : « Il vaut mieux ne pas regarder une particule comme une entité permanente, mais plutôt comme un événement instantané. Parfois ces événements forment des chaînes qui donnent l’illusion d’être des objets permanents. »

M. - Le cercle de feu créé devant nos yeux par la rotation rapide d’une torche n’est pas un « objet ». Le monde des phénomènes est constitué d’événements qui ne peuvent demeurer identiques à eux-mêmes pendant deux instants consécutifs, faute de quoi ils seraient figés pour toujours. Ces instants, étant ponctuels, n’ont pas de durée, et ces événements ne peuvent donc avoir d’existence propre. Rien ne permet donc d’affirmer qu’on connaîtra un jour l’ensemble des caractéristiques de l’événement « particule », car celui-ci nous apparaît de telle ou telle façon par Ie jeu de l’interdépendance, synonyme de « vide d’existence propre ».
Le point important, ici, est que les caractéristiques apparentes des phénomènes ne leur appartiennent pas en propre. Lorsqu’on dit, par exemple, que la masse équivaut à l’énergie et peut se transformer en elle, cela revient bien à exprimer que la masse n’ est pas une propriété indissociable de l’événement particule.

T. - Oui, la nature de la matière, comme celle de la lumière, n’est pas immuable. L’énergie peut être con­vertie en matière, comme cela se produit constamment dans les accélérateurs de particules. Cette énergie peut provenir d’une masse (d’après la fameuse formule d’Einstein E = mc2) ou d’un mouvement. Dans Ie der­nier cas, cela veut dire que la propriété d’un objet peut être convertie en objet. Inversement, la matière peut être convertie en énergie : c’est par exemple ce qui fait que le Soleil brille. C’est en convertissant une toute petite fraction de sa masse d’hydrogène (0,7 %) en lumière (des photons) que notre astre alimente et nour­rit la vie sur Terre.

Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan   L’infini dans la paume de la main