250318

Travaux pratiques avec Stephen Jourdain

Gilles Farcet - Si nous passions maintenant à un exercice pratique, comment t’y prendrais-tu
avec moi ?

Stephen Jourdain - Je te poserais tout de suite une question : quelle réalité accordes-tu aux trois ou quatre derniers jours que nous avons passes ensemble ? Existent-ils ou non pour toi ? Te paraissent-ils réels ? Ont-ils le statut de réalité à part entière, te paraissent-ils exister de façon autonome indépendamment de ta conscience ? Constituent-ils pour toi un fait, ou peux-tu récuser leur réalité ? Est-ce dans le pouvoir de ta conscience de les remettre en son propre sein, d’y dissoudre cette espèce de béton que sont pour toi les quelques derniers jours de ta vie ? A priori, non. Ce passé-là, pour toi, n’est pas récusable. Dès l’instant où il ne l’est pas, tu ne peux existentiellement nier toute ton histoire, cet énorme enchaînement de jours et de nuits qui ont eu lieu depuis que tu es né et la manière dont ces événements se sont succédés. Tu peux bien, comme Descartes, le mettre en doute. Mais peux-tu te confronter à la réalité de ces jours et dire : Ceci est fondamentalement irréel et pure œuvre imaginaire, ce n’est là que parce que mon esprit pose à tout instant cette soi-disant réalité objective qui pourrait à tout instant retourner au sein de ma conscience et s’y dissoudre ? Non, tu ne peux pas le faire. Maintenant, essayons de prendre la mesure de ce que tu ne peux pas faire, ce qui revient à prendre la mesure de l’hallucination. En effet, si tu ne peux te confronter à, la réalité des derniers jours qui se sont écoulés pour la récuser en tant que phénomène strictement subjectif tu ne peux non plus récuser le jour où tu as rencontré Anne-Marie, tout ce qui s’est passé avant... Ce que tu ne peux récuser, c’est ta vie ! Et si tel est le cas, tu ne peux récuser le passé en général : tu considères comme évident qu’avant ta naissance ou la mienne, la réalité était là, les événements historiques se sont enchaînés, il y a eu les diplodocus, Charlemagne, etc. Engageons-nous donc dans une direction plus scandaleuse encore : es-tu capable de mettre sur la sellette et de regarder dans les yeux Charlemagne, Jeanne d’Arc, la dernière guerre mondiale, De Gaulle, etc., et dire : Ceci est un pur effet de ma subjectivité, en réalité, je suis absolument seul. Donc, es-tu capable de récuser l’existence de tout le passé jusqu’au big bang et d’être quitte de ce putain de passé, quitte de l’histoire humaine ?

G.F. - Non. A ceci près que, si j’ai l’impression d’avoir bel et bien vécu ma propre existence, je n’ai jamais vu Charlemagne ou un diplodocus. On me dit qu’ils ont existé. Il y a un accord général et tacite sur leur réalité...

S.J. - D’accord, mais ne sous-estimons pas la force de cet accord tacite : même si nous ne savons pas grand-chose de Charlemagne, si les manuels d’histoire ont pu nous induire en erreur, tu es néanmoins d’accord, non seulement pour dire qu’il y a eu autrefois quelque chose ou quelqu’un ressemblant à Charlemagne, mais tout simplement, de manière générale, qu’il y a eu.

G.F. - J’en conviens.

S.J. - Tout ceci est un rêve ! A tout instant, tout ce que nous désignons à l’extérieur de notre conscience et qui nous apparaît si réel, doué d’une réalité autonome et extérieure à notre propre conscience, tout ce que nous apercevons à l’extérieur de nous-même par la fenêtre de notre pensée, tout cela est hallucinatoire. Ceci n’a pas un atome de réalité. C’est un phénomène purement imaginaire. Ce sont des effets subjectifs que ta conscience endormie constitue subrepticement en réalité autonome et séparée de toi. Voilà le propre de l’hallucination. Ressentir comme réel ton passé, le passé en général, ou l’avenir, ou Paris, ou le cosmos en tant que réalités séparées de toi, c’est être halluciné, comme le fou qui passe dans la rue en discutant avec un interlocuteur fantôme. Le type a perdu les pédales parce qu’il a constitué en réalité un effet purement subjectif et irréel. Tout ceci te donne la mesure de ce qui doit être éradiqué. Cela te donne aussi la mesure de l’immensité de ce qui doit être remis au sein de la conscience pour s’y dissoudre. Une fois cette conversion énorme opérée, il n’y a rien de mal à agiter une marionnette et à jouer. Mais il faut absolument percevoir que mon avenir, ma mort, moi-même en train de produire les pensées que je suis en train de produire, les diplodocus, Charlemagne, ne sont que marionnettes agitées par mon esprit, mais qu’en vertu d’une horrible maladie spirituelle qui s’est abattue sur moi voici un milliard d’années, c’est-à-dire maintenant immédiatement tout de suite, plus vite que moi, plus tôt que moi, mon âme ne sent plus ses propres doigts agiter la marionnette et la traite comme une réalité étrangère. Il te faut donc récuser l’irrécusable partout où il sévit, c’est-à-dire dans la totalité de ton champ de perception !

G.F. - (Sonné) Euh... D’accord.

S.J. - La destruction à accomplir est phénoménale. On ne peut pas s’attaquer au rêve par fragments. Quand on se réveille le matin, le rêve disparaît en une seule fois. Il faut donc tout anéantir, crever tous les yeux de la pensée en découvrant en même temps que l’on n’a jamais vu par un autre œil que celui de la pensée. Voilà donc le travail que je te demanderais de faire et qu’il est impératif de mener à bien. Car ou ce travail est accompli et tu deviens ce que tu es, la vérité de toi-même, tu es au contact de cette valeur infinie, au sein de ce que l’on eût autrefois appelé Dieu ; ou bien tu ne procèdes pas à cette mise en question, à, cette destruction universelle, et tu es sous le règne de Satan. C’est aussi simple que cela.

G.F. - (Hagard) ...

S.J. (Infatigable) - Cette manœuvre réussie fonctionne comme un exorcisme. Ce que nous considérons comme la réalité s’impose telle une hantise. Le cosmos n’est rien qu’une petite bulle que mon âme est en train de souffler. Il faut donc faire éclater la bulle. La vie de l’homme pris dans l’état de conscience ordinaire se déroule au sein d’une bulle subjective qu’en amont de lui-même il ne cesse de souffler, d’une contrefaçon d’univers incluant le sujet pensant. Il évolue à l’intérieur d’une pensée de moi, c’est-à-dire qu’il commence avec une pensée de pensée, cette pensée de pensée commençant une pensée de monde et de temps. Quand le déclic se produit, cette bulle éclate comme une bulle de savon. L’état de conscience habituel n’a en réalité aucune solidité et peut à tout moment éclater.

G.F. - Comment percer la bulle tout en étant dedans?

S.J. - La question est en fait la suivante : Y a-t-il des lieux de la bulle sur lesquels l’attaque doit de préférence porter ? Le schéma de l’hallucination est celui-ci : moi/ rupture non-moi. Moi, pauvre petit sujet frileux, et le gouffre qui me sépare de tout le reste que je perçois comme non-moi. Tout ce qui se produit à l’intérieur de la bulle est réductible à cette équation moi / rupture non-moi. Si le chaos énorme régnant au sein de la bulle est difficilement réductible à une seule pensée, il n’en va pas de même de ladite équation en laquelle, à un certain degré de concentration, dans la réflexion, dans la méditation, l’on pourrait reconnaître une pure pensée toute pensée n’étant jamais qu’un effet de toi fondamentalement irréel. Pour résorber l’hallucination, ramener ce qui n’est que pensée au sein de la pensée, de telle sorte qu’elle apparaisse dans sa véritable nature mentale, c’est-à-dire en tant que néant, une première méthode consisterait à s’attaquer au cœur même du rêve. Le rivet central de l’hallucination n’est autre que la croyance absolue en moi en train de produire une pensée, de songer à ceci ou cela. Que mes pensées soient gaies ou tristes, il semble que je ne puisse mettre en doute la réalité objective de cette situation : je suis là et je secrète un monde intérieur. Or, moi et mes états d’âme, que je sois en train de m’interroger sur l’existence de l’éveil, sur mes chances d’y parvenir ou tout bonnement de m’emmerder, tout cela n’a aucune espèce d’existence propre. Il y a là un paradoxe : n’ayant pas de pouvoir sur tes propres états intérieurs, tu les subis. Tu préférerais ne pas t’emmerder tout en constatant que les pensées génératrices d’ennui te résistent. Tu ne peux facilement les chasser. Or, cela veut dire que tout en ayant l’intuition que ce que tu es n’est pas réductible à tes pensées (Je m’emmerde suppose bien l’existence d’un je) tu confères à ces dernières, du fait qu’elles te résistent, un statut objectif. Autrement dit, l’état de conscience habituel participe d’une folie extraordinaire : pressentir qu’au sein de moi-même il n’y a que moi-même tout en étant certain de la présence au sein de moi-même d’un non-moi - en effet, si l’ennui n’était pas du non-moi, je pourrais le résorber et ne le subirais pas... La tentative la plus intéressante à accomplir est celle-ci : mettre en cause la réalité de ce qui se passe en moi maintenant immédiatement tout de suite.

L'irrévérence de l'éveil - Stephen Jourdain et Gilles Farcet, éditions Acarias L'ORIGINEL 


130218

Vertige métaphysique

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251117

Un pas en arrière

«  On s'aperçoit qu'il suffit de faire un pas en arrière dans sa conscience, juste un petit mouvement de retrait, et l'on entre dans une étendue de silence par-derrière. Comme s'il y avait un coin de notre être qui avait les yeux à jamais fixés sur un grand Nord tout blanc. 
Le vacarme est là, dehors, la souffrance, les problèmes, et on fait un léger mouvement intérieur, comme pour franchir un seuil, et, tout d'un coup, on est en dehors (ou en dedans ?) à mille lieues et plus rien n'a d'importance, on est sur des neiges de velours. 
L'expérience finit par acquérir tant d'agilité, si l'on peut dire, qu'en plein milieu des activités les plus absorbantes, dans la rue, quand on discute, quand on travaille, on plonge au-dedans (ou en dehors ?) et plus rien n'existe, qu'un sourire — il suffit d'une fraction de seconde. 
Alors on commence à connaître la Paix; on a un Refuge inexpugnable partout, en toutes circonstances. 
Et on perçoit de plus en plus tangiblement que ce Silence n'est pas seulement au-dedans, en soi; il est partout, il est comme la substance profonde de l'univers, comme si toute chose se détachait sur ce fond, venait de là, retournait là. 
C'est comme un creux de douceur au fond des choses, comme un manteau de velours qui enveloppe. 
Et ce Silence n'est pas vide, c'est un Plein absolu, mais un Plein sans rien dedans, ou un Plein qui contient comme l'essence de tout ce qui peut être, juste avant la seconde où les choses vont naître — elles ne sont pas là, et pourtant elles sont toutes là, comme une chanson pas encore chantée."
Satprem, " Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience "
Trouvé sur Eveil et philosophie, le blog de José Leroy

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111117

Vive la philo !

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101117

conscience et philosophie

 

 

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281017

Retournement de la conscience

Un passage du fameux Fukanzazengi nous semble particulièrement intéressant dans la mesure où il rectifie un point important. Dogen nous dit en effet qu’il faut «apprendre l’introspection qui dirige la lumière vers l’intérieur, pour illuminer notre vraie nature. Le corps et l’âme d’eux-mêmes s’estomperont, et notre visage originel se révélera».
Qu’est-ce que cette introspection qui dirige ou retourne la lumière vers l’intérieur pour illuminer notre vraie nature ? Il s’agit simplement de retourner la conscience sur elle-même, soit d’observer l’observateur. Contrairement à ce qui est souvent enseigné, il ne faut ni se concentrer sur la posture, ni sur la respiration, ni même observer les pensées, mais uniquement prendre conscience de notre propre conscience.
Ainsi, nous nous établissons dans la nature de l'esprit que Dogen nomme Hishiryo. Hishiryo n’est autre que notre conscience consciente d’elle-même dans laquelle pensées et absence de pensées prennent place. Comme elle n’est pas affectée par les pensées, nous pouvons les laisser s’écouler librement sans que leur mouvement n’affecte notre état contemplatif.
En pratiquant le retournement de la conscience sur elle-même, notre vraie nature (visage originel) se révèle d'elle-même, car l'essence de l’esprit est à la source de la conscience ordinaire. Avec un peu de pratique, notre corps et nos pensées sont perçus comme irréels, flottant comme des hologrammes dans l’espace de la conscience vide et radieuse.
Ce dépouillement du corps et de l'esprit par le retour de la lumière n'est autre que la voie directe du Zen qui pointe directement vers la nature de l'esprit pour s'éveiller et accomplir la voie du Bouddha.
Comme Hishiryo est notre état naturel lorsque l’on renonce à tout effort, il n’y a rien à faire. Il faut juste s’asseoir (Shikantaza). Comme cette non-pratique ne fait que clarifier notre nature originelle voilée par les cinq skandhas, l’éveil n’est pas une finalité à atteindre pour Dogen, mais le dévoilement de notre nature de Bouddha.
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290717

La seule vérité

La conscience d’être est la seule vérité absolue et c’est la seule connaissance que personne ne vous a jamais appris.

Quelqu’un vous a appris comment vous comporter, comment être, quelqu’un vous a convaincu de prendre partie pour le bien, quelqu’un vous dicte comment vous rendre là où vous avez envie d’aller – Vous n’avez jamais eu besoin de quelqu’un pour savoir que vous étiez.

Ainsi, hors de cette connaissance, tout le reste est une vérité relative. Par exemple, quand on dit que le soleil se couche, c’est vrai en perspective, mais le soleil ne se couche jamais dans les faits, il reste au centre de cette galaxie. Encore, ce n’est qu’une vérité relative, car cette affirmation repose sur ce que nous théorisons à propos du système solaire du à une perspective erronée.

Nous pouvons dire que toute affirmation est ultimement fausse, aussi vraie semble-t’elle. Même quand on dit ”Je suis”, le mental n’y voit que deux mots, la conscience reconnaît la vie au-delà de cette forme et c’est pour cela que les grands maîtres zen furent réputés pour leurs enseignements silencieux.

Comment se fait-il que la conscience respire le calme et est comblée ?

Cache-t’elle bien son jeu en utilisant la magie pour vous faire croire que vous êtes en paix ? Ce serait plutôt la tasse de thé du mental, la conscience émet une paix sans effort et sans avoir votre permission.

Si vous doutez, retournez à la source, laissez ce doute s’éteindre et trouvez la réponse dans votre nature première. Cette nature c’est vous avant d’être modelé par cette culture et cette société. Quand le mental s’arrête, la source jaillit avec paix, c’est comme la respiration, c’est automatique.

Yuri Lamarche

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080517

L'univers n'est pas conscient

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120217

Expérience

Question : Je suis fasciné par la découverte de ce que tout, dans mon expérience, est fait du sentir et du percevoir ; qu'il n'existe pas, en fait, d'objets réels en tant que tels, mais seulement l'expérience.

RS : Oui, nous ne connaissons du mental que le penser, nous ne connaissons du corps que le sentir et nous ne connaissons du monde que le percevoir - c'est à dire voir, entendre, toucher, goûter, sentir. Ou encore, nous pourrions dire plus simplement que nous ne connaissons que "faire l'exprérience" et celui-ci est fait de notre Soi, Présence consciente.

A présent, prenez le monde, généralement considéré comme loin de nous et constitué d'autre chose que nous. Par exemple, prenez un objet dans le monde, tel qu'une montagne au loin. Quelle distance sépare la montagne de "faire l'expérience" ? Manifestement, aucune.

Maintenant, examinons : quelle distance sépare notre Soi, c'est-à-dire la Présence consciente, de "faire l'expérience" ? Aucune, manifestement.

Donc, si nous avons clairement observé qu'il n'existe aucune distance entre la montagne et "faire l'expérience" et que "faire l'expérience" n'est pas distant de la Conscience-Présence, alors il est clair que, dans notre expérience réelle, la montagne ne se trouve pas loin de nous.

Maintenant, recommençons et demandons-nous : quelle substance est présente dans la montagne autre que "faire l'expérience" ? A l'évidence, aucune autre, car nous n'avons aucune connaissance d'un monde qui soit en dehors de l'expérience que nous en faisons.

A présent, demandons nous : quelle substance est présente dans "faire l'expérience", autre que notre Soi, Conscience-Présence ? A l'évidence, aucune autre.

Ainsi, notre expérience directe et intime nous révèle que la montagne (et tout le reste) se trouve dans notre Soi, Conscience-Présence, et en être constitué.

Or, nous pouvons nous demander maintenant ce qu'est cette "montagne". Nous avons déjà découvert qu'elle n'est autre que notre Soi, Conscience-Présence. Alors pourquoi parler de "montagne" ? "Montagne" est juste l'un des noms et des formes que peut prendre notre Soi. Il n'y a que notre Soi. Non pas notre Soi en tant que montagne, mais juste notre Soi, point à la ligne.

 

Rupert Spira "Présence", L'Essence de la Non-Dualité (Editions Accarias L'ORIGINEL)

041216

Percevoir le percevant

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