030816

La relation par Jean Klein

Être humain, c'est être relié. En tant qu'êtres humains, nous vivons en relation avec les éléments: le soleil, la lune, les pierres sur le sol et tous les êtres vivants. Mais qu'est-ce que "être relié ", "vivre en relation avec" signifient? En général, lorsque nous utilisons ces mots, nous voulons dire un lien de quelque sorte entre des entités individuelles, d'objet à objet, ou de sujet à objet. Le mot " relation" présuppose ici séparation, la jonction de plusieurs fractions. Cette vision fractionnelle de la notion de relation est purement conceptuelle. C'est une fiction du mental et cela n'a rien à voir avec la perception pure, la réalité, ce qui est réellement.

Lorsque nous vivons libres de toutes idées et projections, nous entrons en contact direct avec notre environnement. Pratiquement, donc, avant de pouvoir être reliés à notre environnement. nous devons d'abord savoir comment être reliés à ce qui est le plus proche de nous: notre corps, nos sens, notre mental. Le seul obstacle à une perception claire de notre nature véritable est l'idée maîtresse d'être un individu séparé, vivant dans un monde avec d'autres individus séparés.

Nous avons une image de nous-mêmes. Cette image peut seulement être maintenue en rapport avec des objets, elle transforme donc notre environnement en objets, amis, enfants, époux, intelligence, compte en banque, etc., et rentre alors dans ce qu'elle appelle une "relation personnelle" avec ces projections. L'idée fantasque d'un soi est une contraction, une limitation de la globalité, de l'être réel. Lorsque cette notion meurt, nous trouvons notre expansion naturelle, notre paix, notre globalité sans périphérie ni centre, extérieur ni intérieur. Sans notion d'individu il n'y a pas sensation d'être séparé, et l'on ressent une unité avec toute chose.

Nous percevons alors l'environnement comme des occurrences apparaissant dans une globalité sans restrictions. Et lorsque notre amant ou nos enfants quittent la maison, ou que notre compte en banque baisse, ce sont des événements qui se produisent en nous. La vigilance reste constante.

Tout phénomène, toute existence est une expression au sein, de la globalité, et toutes les variétés d'expressions n'ont un sens et un rapport qu'uniquement dans cette lumière. Etre en relation, c'est être en relation à l'intérieur du Tout. Puisqu'il n'y a pas rencontre des fractions dans le Tout, il n'y a pas d' " autre ". Donc, à strictement parler, dans la relation parfaite, il n'y a pas rapport, il n'y a pas dualité - il y a seulement globalité.

Toute perception pointe directement vers notre être premier, vers la paix, le non-état naturel commun à toute existence.

Ainsi, en langage humain, être en relation c'est être en communion avec le Tout. Dans cette communion la soi-disant présence de l'autre est ressentie comme un don spontané, et notre propre présence est une réception spontanée. Il n'y a plus sensation de manque, donc du besoin d'exister, parce que le seul fait de recevoir nous amène à notre ouverture.

Lorsque nous vivons dans l'ouverture la première impulsion est d'offrir.

Etre dans l'ouverture et dans le mouvement spontané d'offrande, c'est l'amour.
L'amour est méditation; c'est une nouvelle dimension donnée à la vie.

Vous dites qu'il n'y a pas d'autre, mais vous ne pouvez pas dire qu'il n'y a pas de différences entre les gens. J'ai mon caractère et mes capacités, tout comme d'autres ont les leurs.

Vous vivez dans une contraction, pensant que vous êtes un individu. Où les termes " moi " et " mien" trouvent-ils une signification? Lorsque vous regardez vraiment en vous-même, vous ne pouvez pas dire que le corps vous appartient. Vous êtes le résultat de la rencontre de deux personnes, chaque parent avait lui-même deux parents, et ainsi de suite... Toute l'humanité est en vous. Vous êtes ce que vous absorbez. Vous mangez des légumes, du poisson, de la viande; ceux-ci dépendent de la lumière, du soleil, de la chaleur. La lumière est liée à la lune et les étoiles sont toutes reliées entre elles. II n'y a rien de personnel en nous. Le corps est en relation organique avec l'univers, il est constitué des mêmes éléments que tout le reste. La composition des éléments varie, mais cette variation est presque négligeable chez les êtres humains. II se peut qu'il y ait des différences dans la structure ou la couleur, mais la constitution et le fonctionnement sont les mêmes en chacun de nous. Il n'y a rien de personnel dans le cœur, le foie, les reins, les yeux, les oreilles ou la peau, ni dans les éléments qui constituent les schémas de comportement, de pensée, de réactions, de colère, de jalousie, de compétition, de comparaison, etc. Ce sont tous les mêmes états émotionnels. Le corps-mental fonctionne d'une manière universelle, et le soin que l'on doit en prendre est identique chez tous.

Vous devez comprendre et coopérer avec le corps. C'est l'ignorance du mécanisme qui crée le conflit. L'investigation peut seulement être menée dans la vie quotidienne. Votre mental et votre corps se reflètent dans votre comportement du matin au soir. Votre attention doit être bipolarisée, observant les champs intérieur et extérieur.

Les relations sont le miroir dans lequel se reflète votre être intérieur. Soyez conscient d'être un chaînon dans la chaîne de l'existence. Lorsque vous ressentez vraiment cela, l'accent n'est plus mis sur le fait d'être un individu, et vous sortez spontanément de votre restriction. Vous ne vivez plus dans l'isolement, dans l'autonomie. Etre en relation est le pressentiment de la Présence.

Ainsi, l'individu n'existe pas en tant qu'entité isolée; mais la personnalité n'existe-t-elle pas comme une partie unique du tout ? 

La personne n'est en réalité que persona, masque, cependant elle est devenue synonyme de l'idée d'individu, d'une entité séparée et continue. La personnalité n'est pas la constante que nous imaginons. Ce n'est, en fait, qu'une réorchestration temporaire de tous nos sens, imagination et intelligence, selon chaque situation. Il n'y a pas de répétitions dans la vie, et chaque réorchestration est unique et originale comme les dessins d'un kaléidoscope. L'erreur est de s'identifier à la personnalité, de la conceptualiser dans la mémoire et de nous prendre ensuite dans cette collection d'images cristallisées plutôt que de laisser toutes les émotions, perceptions et pensées se développer et mourir en nous. Nous sommes dans un théâtre, regardant notre propre pièce se jouer sur la scène. L'acteur est toujours " derrière" sa persona. Il semble être complètement perdu dans la souffrance, dans le fait d'être un héros, un amant, un bandit; mais toutes ces apparitions se situent dans la présence globale. Cette présence n'est pas comparable à une attitude détachée, à la position de témoin. Ce n'est pas une sensation d'être séparé, "en dehors ". C'est la présence de la totalité, de l'amour d'où tout découle. Lorsque aucune situation n'appelle l'activité, nous demeurons dans le vide de toute activité, dans cette présence.

Lorsque l'on n'est plus identifié à la personne, comment la vie en est-elle affectée ?

La première chose que vous remarquez, c'est combien plus riches et plus profondes sont vos perceptions. La communication en devient d'autant plus variée. En général, nous sommes fixés dans des schémas de communication; mais lorsque nous vivons dans l'ouverture, une grande sensibilité surgit, une sensibilité dont nous n'avons jamais rêvé.

Lorsque nous appréhendons notre environnement à partir de la totalité, notre structure tout entière devient vivante. Nous n'entendons plus la musique seulement avec nos oreilles, parce que quand celles-ci cessent de s'emparer des sons pour elles-mêmes nous sentons alors la musique avec tout notre corps, sa couleur, sa forme, sa vibration. Elle n'appartient plus à un seul organe mais à notre être intégral. Cela engendre une profonde humilité, une innocence. Et c'est seulement dans l'humilité qu'une réelle communication est possible.

Ensuite, l'on vit dans une dimension totalement neuve. Vivre en tant que personnalité, c'est vivre dans la restriction. Ne vivez pas dans la restriction. Laissez la personnalité vivre en vous. Vivre dans l'environnement sans séparation est d'une grande, grande beauté !

Jean Klein " Qui suis-je, la quête sacrée " 

vu sur vipassana.fr

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020816

Le mental en action

Pourriez-vous reparler de la méthode à suivre pour retrouver la Conscience dans le monde objectif ?

Il faut avant tout analyser ce monde objectif, sinon vous ne pouvez pas trouver la Conscience dans les choses.
Il faut considérer qu'étant perçues et concues, les choses ne peuvent avoir de réalité indépendante.
Donc ce que vous appelez le monde n'est qu'une manifestation mentale. Pour le Vedenta, il n'a pas été créé à un moment donné, mais il se crée à chaque instant. Dès que le mental entre en action, le monde se crée. Dès qu'il cesse son activité, le monde s'évanouit. L'objet n'est donc qu'une forme de la Conscience. Lorsque le mental de l'homme "réalisé" se met en marche, le monde ressurgit à nouveau, mais il n'apparaît plus alors que comme un prolongement de la Conscience, sans aucune illusion de réalité indépendante.
Il est très important de bien connaître la nature du Monde. L'existence du Monde repose sur deux erreurs : l'erreur de l'objectivité et l'erreur de l'existence simultanée. Au sens d'une réalité objective constituée par des éléments multiples existant simultanément, le Monde est une pure illusion. La Réalité est la suivante : dès que le mental entre en action, des modalités d'être apparaissent et disparaissent. Ces modalités ne sont ni des choses, ni des réalités indépendantes, mais seulement des mouvements du mental. Ces modalités ne peuvent jamais se présenter comme réellement multiples, car toute saisie du mental est une appréhension d'unité. Tout ce qui est "pensé ensemble" est par cela même "un". En toute rigueur la multiplicité pure est impensable. La croyance au multiple n'est qu'une conséquence de la mémoire. Les modalités du mental n'existent que successivement. Ce qui nous fait croire qu'elles peuvent exister simultanément, c'est le mouvement par lequel l'esprit passe de l'une à l'autre, en oubliant que l'élément abandonné perd toute son existence au moment de cet abandon puisqu'il n'est pas distinct de l'activité du mental.

Jean Klein
La joie sans objet : L'ultime réalité, sois ce que tu es, suivi d'Entretiens inédits

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131215

Le monde et la conscience

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061115

Questions à Francis Lucille

Pourquoi certaines expériences, telles les sensations corporelles, sont-elles conceptualisées en tant que « moi » et d’autres, telle la perception du monde, en tant que « non moi » ? 


Simplement, parce que nous choisissons de nommer certaines expériences « moi » et d’autres « non moi ». Nous faisons une distinction artificielle, en raison d’une habitude apprise. Si nous étions né sdans une civilisation dans laquelle on appelle le soleil levant « mon soleil », nous le considérerions comme « notre » soleil. Les deux perceptions, celle du soleil levant et celle que nous dénommons « mon corps », apparaissent au sein de nous-même. Aucune ne peut être considérée comme plus « nous » ou moins « nous » que l’autre.

La relation que j’entretiens avec mon corps est différente de celle que j’entretiens avec les autres corps. C’est pourquoi je ressens que ce corps est moi-même alors que le corps des autres ne l’est pas. Par exemple, je ne peux pas ressentir les sensations corporelles de quelqu’un d’autre !


Je ne suis pas en train de nier qu’une relation spécifique semble nous lier à notre corps.
Faisons une comparaison avec notre voiture. Quand nous conduisons, nous percevons notre voiture de l’intérieur, alors que nous voyons tous les autres véhicules de l’extérieur. Bien qu’une relation spécifique semble nous relier avec celle-ci, cela n’implique pas que nous sommes notre voiture. C’est la même chose avec notre corps.

Nous sommes la conscience dans laquelle notre propre corps-esprit et tous les autres corps-esprits apparaissent. Cela n’implique cependant pas qu’en tant que conscience, nous soyons ce simple organisme corps-esprit ou un sous-produit de celui-ci.
La croyance selon laquelle nous sommes dans notre corps n’est qu’une interprétation de notre expérience véritable. C’est également une interprétation de penser que nous entretenons une relation plus intime avec certaines sensations qu’avec d’autres, ou de penser que certaines sensations se situent à l’intérieur et d’autres à l’extérieur. Il est simplement nécessaire que nous voyons cela pour ce que c’est : une interprétation.
Une telle interprétation peut s’avérer appropriée dans certaines situations. Si c’est le cas, nous l’adoptons. Cependant, soyons vigilant à ne pas nous attacher à cette interprétation, à ne pas nous laisser hypnotiser par elle au point de penser que c’est une représentation de la façon dont les choses se passent réellement.
Lorsque c’est nécessaire, j’utilise comme vous un système d’interprétation. Mais pourquoi ne pas utiliser également l’absence d’interprétation quand celles-ci ne sont pas exigées par les circonstances.

Dans le doute, n’interprétez pas.
Ce qu’une chose paraît être n’est pas nécessairement ce qu’elle est.
Ce que nous dénommons « mon corps » est une interprétation.
Quand nous nous identifions à cette interprétation, nous nous ressentons séparé.
En l’absence de toute interprétation, nous découvrons que notre corps est conscience.
Notre corps réel contient l’esprit et l’univers entier.
C’est le corps que nous avons toujours eu, et celui dans lequel tous les corps, grossiers et subtils, viennent à exister. Nous ne nous intéressons pas ici à la façon dont les choses semblent être, mais à ce qu’elles sont réellement. Il est important d’être attentif à distinguer les faits de leur interprétation.
Ne confondez jamais une interprétation avec un fait.

En réalité, nous n’expérimentons jamais le corps de la façon dont nous le concevons.
Nous faisons l’expérience de sensations, et c’est une interprétation consécutive qui nous fait dire :
« cette sensation est apparue dans mes pieds ».
Au moment de la sensation, nos pieds de sont pas présents, notre corps n’est pas présent.
Seule la sensation est présente.

Il est dangereux d’utiliser un système de pensée comme un outil pour appréhender un domaine dans lequel il n’est pas approprié. Par exemple, l’interprétation matérialiste de notre expérience s’avère indiquée dans notre relation au monde physique. Mais elle n’est pas efficace pour saisir notre relation à la joie, à l’amour ou à la beauté car elle n’est pas l’outil approprié...

Extrait de « Le parfum du silence » de Francis Lucille
source : Communification

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121015

Trop penser... nuit

TYPEWRITERHEAD from Eric Giessmann on Vimeo.

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