110611

Voyage à Ixtlan

"Ici même je vais t'enseigner la première étape du pouvoir, annonça t-il comme s'il me dictait une lettre. Je vais t'enseigner comment élaborer le rêve."
Il me regarda en me demandant si j'avais compris. Ce ne pouvait être le cas. J'arrivais à peine à le suivre. Il expliqua qu'élaborer le rêve signifiait avoir un contrôle précis et pragmatique sur la situation générale d'un rêve, un contrôle exactement semblable à celui que l'on a au moment d'un choix dans le désert, par exemple grimper une colline ou demeurer dans l'ombre d'un canyon.
"II faut commencer par quelque chose de très simple, continua t-il. Cette nuit, dans tes rêves, tu regarderas tes mains."
J'éclatais de rire. Il venait de parler comme s'il s'agissait d'un acte des plus ordinaires.
"Pourquoi ris-tu ?" demanda t-il avec surprise.
- Comment puis-je regarder mes mains dans mes rêves,
- C'est très simple, concentre ton regard sur tes mains, comme ça..."
Il pencha sa tête en avant et fixa ses mains; il avait la bouche grande ouverte. Son expression était tellement comique que je ne pus m'empêcher de rire.
"Sérieusement, comment dois-je faire ?"
- Comme je te l'ai dit, répondit-il. Il est évident que tu peux, si bon te semble, regarder n'importe quoi d'autre, tes orteils, ton nombril, ou ton outil. J'ai mentionné les mains, parce que pour moi c'est la partie du corps la plus facile à voir. Ne crois pas que je plaisante. Rêver est aussi sérieux que voir ou mourir ou n'importe quoi d'autre dans ce monde effrayant et mystérieux.
(... )
"Chaque fois que dans tes rêves tu regardes quelque chose, cette chose change, dit-il après un long silence. L'astuce pour apprendre à élaborer le rêve, n'est pas, c'est évident, de simplement regarder les choses, mais de retenir leur vision Rêver est réel quand on a réussi à tout amener à devenir clair et net. Alors il n'y a plus de différence entre ce que tu fais quand tu dors et ce que tu fais quand tu ne dors pas. Comprends-tu maintenant ?"
J'avouai que même si je comprenais ce qu'il avait dit j'étais incapable d'accepter son point de départ. J'avançai l'argument que dans un monde civilisé de nombreuses personnes avaient des illusions, et ces gens ne pouvaient pas faire la différence entre ce qui se produisait dans le monde réel et dans leurs fantaisies. Ces gens étaient des malades mentaux. Par conséquent à chaque fois qu'il me recommandait d'agir comme un fou, j'étais excessivement troublé.
Mon exposé terminé, don Juan eut un geste comique, il porta ses mains à ses joues et soupira profondément.
" Laisse ton monde civilisé là où il est, dit-il. Qu'il soit ce qu'il est! Personne ne te demande de te conduire comme un fou. Je te l'ai dit, un guerrier doit être parfait de manière à négocier avec les pouvoirs qu'il chasse. Comment peux-tu concevoir un guerrier incapable de discerner une chose de l'autre? Par ailleurs, mon ami, toi qui sais ce qu'est le monde réel, tu trébucherais et mourrais en un rien de temps s'il te fallait dépendre de ta capacité à distinguer ce qui est réel de ce qui ne l'ai pas."

Carlos Castaneda "Le voyage à Ixtlan"

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090611

Message des hommes vrais

Je savais que, de retour au pays, j'aurais du mal à convaincre mes compatriotes de la réalité de ce phénomène [la télépathie). Ils acceptent que les humains dans le monde soient cruels les uns pour les autres, mais répugnent à croire qu'il y a sur terre des gens qui ne sont pas racistes, vivent en harmonie parfaite en s'entraidant, découvrent leurs talents personnels, les exploitent et les honorent comme ils honorent ceux d'autrui. D'après Ooota, la raison pour laquelle le Vrai Peuple peut utiliser la télépathie est qu'il ne ment jamais, qu'il ne déforme pas la vérité, ni peu ni beaucoup. Il ignore tout du mensonge. Personne n'a rien à cacher. Dépourvus de peur, les esprits s'ouvrent pour recevoir et échanger les informations. Ooota m'expliqua comment cela fonctionnait. Un enfant de deux ans voit un autre enfant jouer avec un jouet, une pierre, par exemple, tirée par une ficelle. S'il veut s'emparer du jouet, tous les regards des adultes se tournent aussitôt vers lui et il apprend que son intention de prendre sans permission est connue de tous et jugée inacceptable. Mais de son côté l'autre enfant doit, lui, apprendre à partager et à s'exercer au non-attachement aux objets. Ayant déjà expérimenté le plaisir et enregistré le souvenir du plaisir éprouvé, cet enfant comprend que ce qu'il désire est l'émotion du plaisir procuré par l'objet et non l'objet lui même.
(... )
Le vrai peuple ne pense pas que la voix est faite pour parler: pour cela, nous avons notre centre coeurl tête. Si la voix sert à la parole, on a tendance à se livrer à des petits échanges verbaux inutiles et moins
spirituels. La voix est faite pour chanter, célébrer et pour guérir.

Marlo Morgan "Message des hommes vrais"


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Les gardiens de la Terre

"(Seven Hawks) Je raconte souvent cette espèce de parabole: la vie est comme une table carrée avec quatre chaises autour. Je prends un livre et je le place tout droit, au milieu de la table et il y a quatre personnes assises sur les chaises. Je demande à la première de me décrire ce qu'elle voit. Elle regarde la couverture du livre et elle me dit: Bon, je vois une chose qui fait vingt centimètres sur dix huit, qui est de couleur brune et il y a quelque chose d'écrit dessus." Je dis à cette personne qu'elle a raison et je me tourne vers la personne voisine. Celle-ci regarde le même livre mais elle s'exclame : "Ce type qui vient de parler est fou. Certes, il y a des choses justes dans ce qu'il dit. La couleur est vraiment brune mais il a tort de dire que l'objet a dix huit centimètres de large parce que ce n'est pas vrai."
Je demande à la troisième personne, celle qui regarde la dernière page de couverture, et elle me dit que les deux premiers intervenants se trompent tous les deux. D'accord, la couverture est brune, d'accord, l'objet fait vingt centimètres sur dix huit, mais qu'il n'y a rien d'écrit dessus. Quand à la dernière personne, elle voit le dos du livre et me dit que les autres sont fous. A ses yeux, l'objet ne fait que deux centimètres de large et il y a quelque chose d'écrit dessus.
Vous voyez, notre vision de la vie dépend de la chaise sur laquelle vous êtes assis. Car les quatre ont raison."

(...)

"(Eunice Bauman)... Plus tard encore, en 1986, je suis tombée sur un numéro de la revue Discoverer dans lesquels les physiciens John Schwartz et Michel Green décrivaient la théorie qu'ils venaient de mettre au point sur la nature de l'ultime réalité.
En partant de la théorie d'Einstein sur la matière et l'énergie, ils ont trouvé le lien qui les unit, de minuscules particules en forme de bouts de ficelles, si minuscules que si on en mettait bout à bout 103, elle s'étireraient sur un centimètres de long.
"Cette théorie, disaient les auteurs de l'article, fait des physiciens des mathématiciens et des mathématiciens des physiciens. Ils voient l'univers comme une entité dans laquelle la matière, l'énergie, toutes les forces, tous les êtres, les planètes, les étoiles, les chiens, les chats, les quasars, les atomes, les automobiles... tout cela et le reste sont des résultats des actions et des interactions de ces particules infinitésimales. "
Nous en arrivons donc à connaître de quoi est fait l'Univers et à constater que, comme le disaient nos ancêtres, tout est relié.
Les conséquences de cette théorie sont prodigieuses et prendront sans doute des années et des années avant de pénétrer dans le cerveau des gens. On estime que dans l'ADN que nous avons hérité de nos ancêtres, il y a sur chaque gène 10 000 de ces filaments.
Aussi, quand une femme vient me dire qu'elle a été une princesse atlante dans une vie passée, je lui réponds qu'il y a en elle une quantité d'ADN qui se souvient.
- C'est votre façon de voir la réincarnation?
-Oui.
- Alors que pensez-vous de ce que les bouddhistes et les hindouistes appellent la notion de karma? - C'est cela même. La mémoire de l'ADN dépend de la quantité et de la qualité. Si vous avez beaucoup d'ADN d'un de vos ancêtres même lointain, vous aurez un souvenir de lui qui vous fera croire qu'il revit en vous...

(...)

"(Thundercloud) Regardez l'arbre. C'est un être vivant et comme tout être vivant, il a un coeur. La sève est le sang de l'arbre et l'écorce est sa peau. Elle est semblable aux habits que nous portons pour nous protéger des éléments. L'arbre a des membres comme nous avec ses branches qui montent jusqu'aux cieux. Ses pieds sont ses racines. Comme nous, l'arbre relie le ciel et la terre. Si les arbres savent survivre, nous devrions être capables d'en faire autant.
"Toute vie est sacrée et très précieuse, qu'il s'agisse de celle des animaux à deux ou quatre jambes, des créatures de la mer, de celles qui ont deux jambes et des ailes, du peuples des arbres, du peuples des rochers... Nous, les personnages à deux jambes, nous appartenons aussi à la terre et la Terre Mère est notre vraie mère. Et nous sommes chargés de prendre soin de notre planète. Dieu est tout et nous sommes une partie de ce tout. Nous faisons partie des forces de la nature mais tous ou presque tous nous avons oublié ce lien. Ce lien, sous peine de disparaître, l'humanité doit absolument le retrouver."

Rachel et Jean-Pierre Cartier "Les gardiens de la Terre"

Cheyenne-Warriors

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080611

Se libérer du connu

La question de savoir s'il existe un Dieu, une Vérité, une Réalité (selon le nom qu'on veut lui donner) ne peut jamais trouver de réponse dans des livres, chez des prêtres, des philosophes, ou des Sauveurs. Personne et rien ne peut répondre à cette question si ce n'est vous-mêmes, et c'est pour cela que la connaissance de soi est nécessaire. Manquer de maturité c'est manquer de se connaître. Se connaître c'est le début de la sagesse.
(...)
Nous, les êtres humains, nous sommes ce que nous avons été pendant des années, colossalement avides, envieux, agressifs, jaloux, angoissés et désespérés, avec d'occasionnels éclairs de joie et d'amour. Nous sommes une étrange mixture de haine, de peur et de gentillesse; nous sommes à la fois violents et en paix. Il y a eu un progrés extérieur depuis le char à boeufs jusqu'à l'avion à réaction mais psychologiquement l'individu n'a pas du tout changé et c'est l'individu qui, dans le monde entier, a créé les structures des sociétés. Les structures sociales extérieures sont les résultantes des stuctures intérieures, psychologiques, qui constituent nos relations humaines, car l'individu est le résultat de l'expérience totale de l'homme, de sa connaissance, de son comportement. Chacun de nous est l'entrepôt de tout le passé. L'individu est l'humain qui est toute l'humanité. L'histoire entière de l'homme est écrite en nous-même.
(...)
L'homme a séparé la vie de la mort. L'intervalle entre vivre et mourir est une peur : c'est elle, la peur, qui crée le temps de l'intervalle. Vivre, c'est notre torture quotidienne, ce sont les insultes de tous les jours, les souffrance et un état de confusion avec des ouvertures occasionnelles sur des mers enchantées. C'est ce que nous appelons vivre, et nous avons peur de la mort qui met fin à ces misères. Nous préférons nous accrocher au connu plutôt que d'affronter l'inconnu, le connu étant notre maison, nos meubles, notre famille, notre travail, ainsi que notre caractère, notre savoir, notre célébrité, notre solitude, nos dieux. En somme, le connu est cette petite entité qui tourne incessamment autour d'elle même, dans les limites de son existence amère.
Nous pensons que vivre a toujours lieu dans le présent et que mourir est un événement qui nous attend dans un avenir lointain. Mais nous ne nous sommes jamais demandé si la bataille quotidienne de nos existence peut vraiment s'appeler vivre. Nous voulons des preuves de la survivance de l'âme, nous écoutons les déclarations des voyants, et les résultats des recherches métapsychiques, mais jamais, au grand jamais, nous ne nous demandons comment vivre, comment vivre dans la délectation et l'enchantement d'une beauté quotidienne.
(...)
Lorsque vous déclarez que vous aimez Dieu, qu'est ce que ça veut dire ? Que vous aimez une projection issue de votre imagination, une projection de vous-même, revêtue d'une certaine respactabilité, conforme à ce que vous croyez être noble et saint. Dire "j'aime Dieu" est une absurdité. Adorer Dieu c'est s'adorer soi même, ce n'est pas de l'amour.
(...)
Voir est une des choses les plus difficiles au monde : voir ou entendre, ces deux perceptions sont semblables. Si vos yeux sont aveuglés par vos soucis, vous ne pouvez pas voir la beauté d'un coucher de soleil. Nous avons, pour la plupart, perdu le contact avec la nature. La civilasation nous concentre de plus en plus autour des grandes villes; nous devenons de plus en plus des citadins, vivant dans des appartements encombrés, disposant de moins en moins de place, ne serait-ce que pour voir le ciel un matin ou un soir. Nous perdons ainsi beaucoup de beauté. Je ne sais pas si vous avez remarqué combien peu sont les personnes qui regardent le soleil se lever ou se coucher, ou des clairs de lune, ou des reflets dans l'eau.
N'ayant plus de contacts, nous avons une tendance naturelle à développer nos capacités cérébrales. Nous lisons beaucoup, nous assistons à de nombreux concerts, nous allons dans les musées, nous regardons la télévision, nous avons toutes sortes de distractions. Nous citons sans fin les idées d'autrui, nous pensons beaucoup à l'Art et en parlons souvent. A quoi correspond cet attachement à l'art ? Est-ce une évasion ? Un stimulant ? Lorsqu'on est directement en contact avec la nature, lorsqu'on observe le mouvement de l'oiseau sur son aile, lorsqu'on voit la beauté de chaque mouvement du ciel, lorsqu'on regarde le jeu des ombres sur les collines ou la beauté d'un visage, pensez-vous qu'on éprouve le besoin d'aller voir des peintures dans un musée ? Peut être est-ce parce que vous ne savez pas voir tout ce qui est autour de vous que vous avez recours à quelque drogue pour stimuler votre vision.
Il y a l'histoire d'un maître religieux qui parlait tous les jours à ses disciples. Un matin où il se trouvait sur son estrade, s'apprêtant à parler, un petit oiseau se posa sur le rebord de la fenêtre et se mit à chater de tout son coeur. Lorsqu'il se tut et qu'il s'envola, le maître dit : "Le sermon de ce matin est terminé."
(...)
Dans la Chine ancienne, un peintre, avant de commencer à peindre quoique ce soit, un arbre par exemple, s'asseyait devant son sujet pendant des jours, des mois, des années - peu importait le temps - jusqu'à "devenir" l'arbre. Il ne s'identifiait pas à lui, il était cet arbre. Cela veut dire qu'il n'y avait pas d'espace entre l'arbre et lui, pas d'espace entre l'observateur et l'observé, pas d'identité vivant sa perception de la beauté, du mouvement, de l'ombre, de la profondeur d'une feuille, de la qualité de sa couleur. Il était l'arbre totalement et en cet état seulement pouvait-il peindre.

J. Krishnamurti "Se libérer du connu"

Jiddu_Krishnamurti_175

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070611

Confucius a dit

« Je ne cherche pas à connaître les réponses,
je cherche à comprendre les questions. »

« Choisissez un travail que vous aimez
et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

« On doit aimer son prochain comme soi-même ;
ne pas lui faire ce que nous ne voudrions pas qu’il nous fît. »

« La joie est en tout ; il faut savoir l’extraire. »

« Plutôt que de maudire les ténèbres,
allumons une chandelle, si petite soit-elle.»

« Ne te crois point si important que les
autres te paraissent insignifiants.»

« Rappelle-toi que ton fils n’est pas ton fils,
mais le fils de son temps. »

« Celui qui déplace la montagne, c’est celui qui
commence à enlever les petites pierres. »

« La nature fait les hommes semblables,
la vie les rend différents. »

« Lorsque l’on se cogne la tête contre un pot et que
cela sonne creux, ça n’est pas forcément le pot qui est vide. »

« Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour. »

« Le tout est plus grand que la somme des parties. »

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060611

L'alchimiste

Tout ce que nous craignons, c'est de perdre ce que nous possédons, qu'il s'agisse de notre vie ou de nos cultures. Mais cette crainte cesse  lorsque nous comprenons que notre histoire et l'histoire du monde ont été écrites par la même main.

Paulo Coelho "l'Alchimiste"

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040611

La force du Bouddhisme

L'interdépendance (...) a été enseignée par le Bouddha lui-même, plus particulièrement dans l'Avatamsaka-Sûtra. Impossible, nous dit ce Sûtra, de trouver un objet qui soit sans rapport avec tous les autres. Un maître contemporain du Zen, Tchich Nhat Hanh, dans un recueil de textes récents, prend comme exemple une feuille de papier. Sans même parler du stylo et de l'encre, tout a un rapport avec cette feuille de papier. Elle est faite d'éléments non-papier. Si nous renvoyons tous ces éléments à leur source, la fibre au bois, le bois à la forêt, la forêt au bûcheron, le bûcheron à son père et à sa mêre, et ainsi de suite, nous constatons qu'en réalité la feuille de papier est vide. Elle n'a pas de soi séparé. Elle est faite de tous les éléments non-soi, non-papier.
(...)
D'un autre côté les physiciens nous assurent que notre matière (c.a.d. les particules) ne meurt pas, ne peut pas mourir. Nos particules se recomposent en d'autres corps, végétaux, animaux et autres, qui à leur tour pourrons connaître ce que nous appelons la mort. Et le nombre de ces particules est si élevé - nous disent, et même nous démontrent les scientifiques - qu'à chaque respiration nous inspirons quelques particules de Socrate, de son vêtement, des oignons qu'il mangeait, et non seulement de Socrate et de Jules César, mais de tous les millions et millions d'anonymes qui ont marché sur cette Terre, composés de la même matière élémentaire qui passe inlassablement de l'un à l'autre...
(...)
Nous disons que l'esprit s'illusionne lui-même, à chaque instant, dans la perception sommaire qu'il a du monde. Et que cette perception erronée doit nécessairement être corrigée, à moins de choisir de vivre dans l'erreur. Nous disons que notre agitation naturelle nous égare, qu'aucune relation véritable ne peut être établie avec le monde si nous ne parvenons pas à la paix de l'esprit.
(...)
Las de leur existence médiocre et inutile, des oiseaux s'élancent à la recherche de leur roi mythique qui s'appelle Simorgh. La plupart, fatigués, déçus ou séduits par les surprises du voyages et les idoles qu'ils rencontrent, s'arrêtent en route. Un petit groupes d'oiseaux opiniâtres, conduit par la huppe, franchissent les déserts et les septs vallées d'émerveillement et de terreurs. Epuisés, les ailes brûlées, ils parviennent enfin en présence de l'oiseau roi.
Cent rideaux s'écartent, une vive lumière brille, mais ils ne voient rien qu'un miroir. Une voix leur dit que ce miroir est la seule vérité. Ce Simorgh qu'ils ont cherché, c'est eux-mêmes. Il ne faut rien attendre d'autre. La voix ajoute une phrase magnifique dont les échos retentirons longtemps dans la poésie persane : "Vous avez fait un long voyage pour arriver au voyageur."

J.C. Carrière et le Dalaï-Lama "La force du Bouddhisme"