061016

Le rêve de la conscience

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070816

Jacques Lusseyran

Jacques Lusseyran, né à Paris le 19 septembre 1924, mort le 27 juillet 1971, était un résistant français. Il devient aveugle vers l'âge de 8 ans.

En 1941, il co-fonde un groupe de résistance, Défense de la France, qui publie un journal clandestin éponyme, qui à la libération deviendra France Soir. Il est entre autres chargé des entretiens de recrutement, se fiant à un sens intérieur, développé depuis qu'il est devenu aveugle, et qui ne lui fera jamais défaut. Il est arrêté en 1943 et déporté au camp de Buchenwald. Il sera libéré en avril 1945. Sa survie est due au fait qu'il était interprète dans le camp, et qu'il n'eut pas à subir les terribles travaux forcés, les "kommandos" de travail.

Il devient ensuite professeur de philosophie et de littérature dans des universités françaises, puis aux États-Unis. Son livre Et la lumière fut relate les années de vie qui vont de l'enfance à la libération de Buchenwald. Il est le mari de Jacqueline Pardon, elle aussi membre du réseau Défense de France.

Il trouve la mort dans un accident de la route le 27 juillet 1971, à l'âge de 47 ans.
Source du texte : Wikipedia


Extrait de : Le monde commence aujourd'hui :
Un jour, j’étais là-haut. Je touchais terre, mais si peu : tout s’ouvrait autour de moi, le ciel et les vallées. Je m’appuyais de tout mon corps sur l’air. J’entendais le vent glisser le long des pentes et jouer. J’entendais les pas immobiles des deux monts dressés. J’éprouvais la verticalité de l’espace et ses inflexions au fil des forêts et des roches. Je savais exactement où étaient toutes choses et je les suivais. Je voyais le paysage, et ceux qui étaient près de moi, avec tous leurs yeux, le voyaient aussi, le paysage, autrement, ni plus ni moins.

Illusion! Un aveugle peut entendre, toucher, respirer, deviner un paysage : il ne saurait voir. Allons! Je vous l’accorde : je ne le voyais pas, je le connaissais. Mais êtes-vous suffisamment assurés de ce que vous faites de vos yeux, ou de ce que vos yeux font pour vous, pour affirmer péremptoirement la différence? Chaque fois que je contrôle mes sensations par celles des voyants, c’est une surprise générale.

Pour moi aussi, c’est une surprise : je ne m’habitue pas à cette coïncidence, et j’en viens à penser qu’elle me dépasse. Certainement, elle dépasse mes dons personnels et témoigne de la continuité de l’univers, laquelle est si parfaite qu’elle peut à peine être dite dans ma langue d’homme.

Si j’attrape un son du Blue Ridge1, un courant du Blue Ridge, je connais aussitôt cette montagne toute entière, et je la connais de toutes les façons à la fois : je la vois aussi. Quant à vous, votre chance est la même : regardez-la de tous vos yeux, et aussitôt vous l’entendrez, la pèserez, la palperez.

Je n’ai pas à justifier le fait, car ce n’est pas moi qui ai filé le tissu du monde — ce tissu qui ne comporte pas de trou. Mais j’ai le droit de tenir ce fait longuement et précieusement dans ma pensée, et de vous inviter à me suivre.

À me suivre d’abord dans des mouvements de perception élémentaire. Je pose la main (et de préférences les deux mains) sur le mur de briques de la maison, là au milieu de sa pelouse : aussitôt je connais la maison tout entière. J’ai touché une brique, deux briques, un espace matériel étroit et de la plus parfaite banalité. Je n’ai donc presque rien senti, presque rien appris. Et pourtant je sens la maison jusqu’à son toit.

Cette constatation m’a tellement surpris pendant des années que je la gardais pour moi, à demi persuadé que j’avais affaire à un mirage, à une pure construction imaginative. Puis elle s’est imposée dans toute sa simplicité.

N’ayez crainte, je ne vais pas vous demander, sans plus attendre, de me croire. Je ne vais pas vous demander ce que j’ai mis si longtemps à obtenir de moi-même et n’obtiens encore aujourd’hui que par instants. D’ailleurs ce n’est pas de croyance qu’il s’agit, mais de méditation, c’est-à-dire d’attention.

Nous raisonnons tous à partir d’une idée préconçue : l’idée que la réalité et tout particulièrement la réalité la plus dense, celle que nous disons «matérielle», est constituée de parties successives. Nous nous comportons donc comme si, dans toute opération perceptive, nous devions aller d'un point à un autre, lentement, méticuleusement, analytiquement. Cette analyse devient pour nous le mouvement même de la connaissance, l’unique chemin qui conduit jusqu’aux choses. Nous voyageons ainsi à la surface du monde, sans prendre garde que nous confondons le miroitement de l’étoffe, sa raideur ou son poli, ses dessins, avec l’étoffe elle-même.

Les vrais responsables, ce sont ici nos yeux. En effet, la vue est sans doute le plus souple de nos sens, et le plus généralement exercé. La vue est, d’autre part, celui de nos sens auquel nous daignons nous fier le plus. Mais c’est un sens fondamentalement mobile, dépendant de l’espace et de ses limites, un sens qui n’entre en jeu que s'il est orienté et n’apporte ses informations, des informations nouvelles, que si nous modifions progressivement son angle par rapport aux choses. Voilà une bien grande gêne à laquelle nous devrions songer davantage.

Nous nous promenons le long des choses, nous les caressons du regard, et nous ne connaissons la maison qu’après l’avoir reconstruite de la base jusqu’au toit, brique à brique.

Nous croyons du moins procéder ainsi. Mais en avons-nous la preuve? Comment affirmer qu’il n’y a pas eu dans le premier coup d’œil, dans la première brique que le regard à frappée, le premier ton d’une mélodie dont tous les autres devaient nécessairement jaillir, la raison, elle aussi nécessaire, d'une progression dont tous les éléments étaient dès lors prévisibles?

C’est alors que mon expérience d’aveugle peut-être relaie la vôtre. Car enfin, je vous l’ai dit, une brique pour moi fait la maison, mon premier pas dans le vestibule fait le living-room, le premier son de la voix fait l’homme.

Je ne suis pourtant pas plus malin que les autres. Je n’ai pas de puissance divinatoire ni magnétique spéciale. Ce n’est pas moi qui suis devin : c’est le monde qui se donne tout entier dans chacune de ses parties.

Certains soutiennent que les lignes de la main disent la destinée. Mais il me semble encore plus vrai que le nez, le pli de la lèvre, la folie d’une mèche de cheveux, l’onctuosité ou la raideur de la chair, le plus bref soupir, la toux, le rire, l’oscillation du buste ou sa fixité, la plus légère odeur qui vient d’un homme, disent l’homme tout entier et son destin.

De même, l’air qui me frappe, quand sortant de la voiture, je rencontre le Blue Ridge, me dit le Blue Ridge, et l’air de la 42e Rue me dit Manhattan, et celui du Luxembourg, Paris, Paris tout entier et rien d’autre que Paris.

Naturellement, cette profession de foi est parfaitement intempérante. Mais c’est que je n’ai pas encore dit l’essentiel.

En temps ordinaire, ma main sur la brique modeste et intacte du mur ne m’apprend pas, cela est vrai, que, dix centimètres plus loin, le mur se dégrade ou se fend. Elle ne m’apprend pas, ou très insuffisamment, la pente du toit, l’équilibre ou les contorsions architecturales de l’ensemble. Mais ce n’est la faute ni de la main ni de la brique : c’est ma faute.

À chaque instant je connais du monde juste ce que je mérite d’en connaître. La mesure de ma connaissance est celle de mon désir, de mon attention.

Cette fois nous tenons le fil. Et pas seulement le fil d’un objet particulier, mais celui qui noue l’univers et son réseau vivant.

L’attention seule commande : c’est elle qui fait l’univers.

Je vais donc essayer de rendre ma main attentive, ou plutôt de me rendre attentif à travers elle. Pour cela, il n’est, à ma connaissance, qu’un seul moyen : ne pas transporter les idées de ma tête jusque dans ma main.

J’ai beaucoup d’amitié pour les idées en général, j’en ai encore plus pour les miennes propres, hélas! Mais je crois savoir aujourd’hui que les idées ne sont pas toujours à leur place où nous les mettons, c’est-à-dire dans le moindre de nos gestes. Nous ferions souvent bien mieux de faire le geste d’abord. Au fait, le geste d’habitude ne nous attend pas : ce sont nos idées qui lui courent après, et d’autant plus vite que nous sommes intelligents, comme on dit dans la bonne société. Eh bien, je le répète, nos idées ont souvent, ont presque toujours tort, non pas d’exister, mais de faire un métier qui n’est pas le leur, de se jeter dans nos jambes, de nous barrer le chemin, de se précipiter en tiers dans toutes nos rencontres.

Nos rencontres avec la réalité n’ont pas à être d’abord des rencontres d’intelligence, mais de réalité. Si nous disions à nos idées, à nos opinions, à nos jugements, à nos habitudes, à notre démangeaison de savoir avant de connaître : «Tenez-vous tranquilles, les amis! Je vous appellerai dans un instant», aussitôt, notre perception de l’univers serait bouleversée de fond en comble. Nous ne le reconnaîtrions plus, notre vieux monde. Et il ne serait plus fatigué ni incohérent.

Ce serait une vraie révolution celle-là et pas seulement politique. À la place de ce charroi d’objets morts, d’objets composés et décomposés, dont notre monde est endeuillé à chaque seconde, à la place de ces faits isolés, de ces consciences isolées, de ces monceaux et tourbillonnements qui gagnent sur nous chaque jour davantage, nous verrions se dresser des forces vivantes.

Ce serait, à n’en pas douter, un grand spectacle, et qui aiderait à vivre. Pouvons-nous en dire autant de beaucoup de spectacles de notre monde présent?

Si je me fais attentif à travers ma main, si j’attends la réponse à la question, si petite soit-elle, que j’ai posée, si je patiente, je connaîtrai l’enlacement mobile de toutes choses, le courant qui les unit, tous leurs cristaux. Et la brique me dira la maison, avec ses moindres fêlures ou son plus lointain éclat.

Un homme entièrement attentif connaîtrait entièrement l’univers. Les sages qui font de la sérénité une condition de toute connaissance ont bien raison, car la paix intérieure nous met en disposition attentive. Rien ne disperse davantage que l’inquiétude et le doute, à moins que le doute ne soit méthodique, se réduisant alors à une prudence de l’esprit.

Dans la perception d'un homme attentif, la réalité se livre : des pans entiers se détachent sous la seule pression de la main, sous un seul regard. Mais la main n’est alors, et le regard n’est lui-même qu’un instrument. C’est toujours au-dedans de nous que la connaissance a lieu, c’est-à-dire dans cet endroit où nous sommes reliés à toutes choses créées.

La paix intérieure, c’est cela, et c’est cela l’attention : c’est un état de communication universelle, un état de réunion.

Or, nous passons le meilleur de notre vie à diviser. Nous sommes en brouille, en contestation avec toutes choses, et d’abord avec nous-mêmes. Ce n’est pas seulement une révolte vaine, c’est une folie coûteuse.

Nous passons notre temps à préférer les idées que nous avons du monde au monde même. L’égoïsme n’est qu’une forme, et très particulière, de cette préférence totale. Ce qui m’empêche de lire dans la pensée d’autrui, ce n’est pas le silence d’autrui, ou même ses mensonges. C’est le bruit que je fais, dans ma tête, à son sujet. Avant d’aller à lui, je calcule, je pèse et contre-pèse les mérites et les torts, je tire déjà ma conclusion. Cette conclusion, je la crie dans mes propres oreilles. Je m’enivre d’elle, je m’endors déjà sur elle. Comment pourrais-je m’étonner ensuite de ne pas voir cet homme que j’ai enseveli dans mon vacarme? Je me suis dressé dans mon armure d’habitudes, dressé moi-même entre lui et moi. Je vais donc me tromper, être trompé, m’établir enfin dans ma solitude — une solitude hostile. Ah! L’artificielle misère, et comme il serait plus simple de faire attention! Comme cela nous rendrait heureux!

Le mécanisme de l’attention me fait songer à celui de la mémoire. De même que les premières notes d'une mélodie, retrouvées par hasard, s’accrochent aux suivantes et ressuscitent la musique toute entière, de même la première perception attentive provoque la venue — le retour, devrais-je dire — d’une portion tout entière du monde. Le retour, oui : l’univers apparaît à la façon d'un souvenir. Le paysage que je découvre, que je suis venu jusque dans la lointaine Amérique pour tenir devant moi, il m’attendait quelque part, je le contenais depuis toujours. Ma perception d’aujourd’hui ne fait que l’actualiser, le rendre urgent. L’attention révèle cette absolue préexistence de toutes les parties du monde en moi.

Préexistence ou coexistence? Je n’en déciderai pas. Mais à coup sûr, familiarité totale, mouvement continu de toute chose à toute autre. C’est une grande merveille : je ne puis nommer le fait autrement. Elle rend compte de tout, et même du remplacement instantané — la plus étrange de mes expériences — des sensations visuelles par toutes les autres.

Cet amour, cette circulation de la sève primordiale à travers toutes les fibres de la création, les poètes la voient. C’est pourquoi j’aime tant les poètes. C’est pourquoi j’ai tant d’indulgence envers leurs défauts, et même leurs échecs. Cela au moins qui est essentiel, ils le savent.

Philosophes et savants, il est vrai, le savent aussi. Mais ils placent le foyer de leur attention trop près de leur visage ou de leur pensée pour attraper la mélodie entière du monde : ils n’en saisissent que des fragments. De là, bien des discordances, parfois même de la cacophonie.

Les poètes, eux, portent leur attention très loin, si loin quelquefois qu’il nous est malaisé de les suivre. Ils assistent à des fiançailles, à des mariages partout, ils ont une tendresse sans fin pour les relations les plus distantes : entre les idées et les objets, les hommes et les pierres.

S’ils ne voient pas tout, s’ils ne possèdent pas la connaissance pleine, c’est peut-être simplement qu’ils parlent. Les mots font retomber leur vision en poussière. Les mots les plus beaux, les plus rares n’ont ici aucun privilège : ils diminuent, eux aussi, tout ce qu’ils touchent.

Et moi, qui voudrais vous dire, avec des mots, cette expérience que j’ai de la simplicité du réel, je la diminue moi aussi : la voici toute petite dans mes mains.

Pourtant elle n’est ni petite ni confuse : c’est sur elle que je vis. C’est elle que je respire. C’est de me la rappeler, cette expérience, aussi souvent que je le peux, que je prends le courage d’exister. Mon courage n’est pas à moi, il est dans la vie. À moi de l’accepter ou de la refuser : c’est tout.

Ainsi du courage. Mais ainsi, de même, du bonheur et de la connaissance. Et, au bout du compte, de la vie elle-même.

Tout ce qui fait accepter la vie est bon. Tout ce qui nous la fait refuser est médiocre et provisoire.
vu sur consciencesansobjet

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020816

Le mental en action

Pourriez-vous reparler de la méthode à suivre pour retrouver la Conscience dans le monde objectif ?

Il faut avant tout analyser ce monde objectif, sinon vous ne pouvez pas trouver la Conscience dans les choses.
Il faut considérer qu'étant perçues et concues, les choses ne peuvent avoir de réalité indépendante.
Donc ce que vous appelez le monde n'est qu'une manifestation mentale. Pour le Vedenta, il n'a pas été créé à un moment donné, mais il se crée à chaque instant. Dès que le mental entre en action, le monde se crée. Dès qu'il cesse son activité, le monde s'évanouit. L'objet n'est donc qu'une forme de la Conscience. Lorsque le mental de l'homme "réalisé" se met en marche, le monde ressurgit à nouveau, mais il n'apparaît plus alors que comme un prolongement de la Conscience, sans aucune illusion de réalité indépendante.
Il est très important de bien connaître la nature du Monde. L'existence du Monde repose sur deux erreurs : l'erreur de l'objectivité et l'erreur de l'existence simultanée. Au sens d'une réalité objective constituée par des éléments multiples existant simultanément, le Monde est une pure illusion. La Réalité est la suivante : dès que le mental entre en action, des modalités d'être apparaissent et disparaissent. Ces modalités ne sont ni des choses, ni des réalités indépendantes, mais seulement des mouvements du mental. Ces modalités ne peuvent jamais se présenter comme réellement multiples, car toute saisie du mental est une appréhension d'unité. Tout ce qui est "pensé ensemble" est par cela même "un". En toute rigueur la multiplicité pure est impensable. La croyance au multiple n'est qu'une conséquence de la mémoire. Les modalités du mental n'existent que successivement. Ce qui nous fait croire qu'elles peuvent exister simultanément, c'est le mouvement par lequel l'esprit passe de l'une à l'autre, en oubliant que l'élément abandonné perd toute son existence au moment de cet abandon puisqu'il n'est pas distinct de l'activité du mental.

Jean Klein
La joie sans objet : L'ultime réalité, sois ce que tu es, suivi d'Entretiens inédits

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290716

Simplissime

Quiconque a déjà été sur un chemin spirituel sait ce que c'est que d'être un “chercheur”. Toujours en quête de la clé pour déverrouiller la “porte sans porte” de l'illumination ou l'éveil. Ce qui est drôle, une fois que vous passez à travers cette porte, c'est quand vous vous rendez compte que pour commencer elle n'était pas là. Vous n'avez jamais eu besoin de perdre tout ce temps à la recherche de la clé. La vérité est simple et c’est généralement quand nous cessons de regarder et de chercher qu'elle apparaît clairement. Trouvez le silence en vous, c'est là que la vérité vous attend. Beaucoup de gens vont prendre cela comme une invitation à méditer et la méditation vient habituellement du désir ou de la volonté personnelle d'arrêter nos pensées. Il n'est pas nécessaire d'arrêter vos pensées. Le silence est-il toujours là. Allez en lui et réveillez-vous.

"Je ne peux pas croire que ce genre de choses ne soit pas évident pour tout le monde. La vérité n'a pas besoin d'être cherchée, car elle n'est pas perdue. Elle n'est pas à la fin d'un chemin en attente d'être découverte. Elle n'est pas le résultat de la pratique ou d’une croissance ou d'un apprentissage. La vérité est partout à la fois, jamais absente, jamais éloignée. La vérité n'est pas la chose la plus difficile, c'est la chose la plus simple qui soit. En fait, la vérité est ce qui ne peut être davantage simplifié. Avoir la capacité de ne pas voir la vérité maintenant est la chose la plus incroyable que j'ai jamais vue. En fait, je n'aurais jamais pensé que cela soit même possible si je ne l'avais pas fait moi-même pendant trente ans. " Jed McKenna

Heidi (vu sur Du tout et du rien)

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270716

Les femmes ne peuvent s'éveiller

"Un jour, une des étudiantes américaines du maître zen Seun Sahn lui demanda : « Maitre, y a-t-il des maîtres zen femmes en Corée ? »

« Non, non, non, répondit-il rapidement, bien sûr que non »

L'étudiante fut totalement choquée, et même en colère surtout parce que Seung Sahn lui-même avait toujours traité ses étudiants femmes avec une complète égalité, et avait même formellement autorisé certaines d'entre elles à enseigner. « Comment est-ce possible, pensa-t-elle ; c'est absolument outrageant » Après un petit moment, elle demanda «  Mais comment est-ce possible ? »

La regardant et souriant à demi, il répondit : « Car les femmes ne peuvent s'éveiller. »

C'était incroyable ! Espérant à moitié qu'il était en train de plaisanter, elle le regarda, mais il était passé dans une autre pièce entre temps. Elle le suivit ; il était occupé par quelque chose, comme si la conversation n'avait jamais eu lieu.

« J'ai pratiqué avec vous pendant de nombreuses années, continua-t-elle. Vous nous avez toujours enseigné de croire à notre vrai soi à 100%. Comment pouvez-vous maintenant dire que les femmes ne peuvent être illuminées ? »

Se retournant brusquement, Seung Sahn pointa son doigt vers elle et dit, regardant dans ses yeux avec force :

« Ainsi, vous êtes une femme ? »

L'étudiante demeura en silence cependant que son enseignement se fondait en elle."

Excellent ! Une femme n'est pas une femme, un homme n'est pas un homme. Ce que nous sommes n'est ni homme, ni femme; ce sont là des apparences, non ce que nous sommes vraiment, vraiment, vraiment : l'espace clair, vaste, vide et plein et éveillé.

Suivez le doigt de Seung Sahn; il pointe dans la bonne direction, droit vers Ce qui regarde!

José Le Roy

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110716

J'en perds la tête

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060716

;)

"Après un grand nombre de vies,

tu t'apercevras que la réincarnation n'existe pas."

Maître yogi

 

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250616

Le corps comme image mentale

Entretien avec le Dr Roger Godel médecin cardiologue, philosophe et spiritualiste français décédé en 1961
Extrait de L’homme et la connaissance, édition Le courrier du livre 1965

A. — Avant ton départ je souhaiterais t’engager à développer encore une fois ce que tu entends par : le corps est une image mentale, et, deuxièmement, les conséquences que cette donnée implique.

Le Docteur. — Que le corps soit une image mentale, c’est une évidence que nous avons à tout instant, et que, pourtant, nous manquons de réaliser, nous manquons de reconnaître, pourquoi ? parce que, de notre corps, nous avons une expérience par le toucher, une expérience par la vue, une expérience par la douleur que nous lui attribuons — les douleurs dont nous prétendons du moins qu’il est l’origine —, et il est pour nous une constante sollicitation, de telle sorte que cet ensemble — cette imagerie, pouvons-nous dire, cette construction de l’esprit — nous revêt comme s’il était attaché à nous par des liens indissolubles.

A. — Qu’est-ce que tu entends par là ? Que cette image ne repose sur absolument rien de physique ?

Le Docteur. — Ce que nous appelons physique est une idée, un concept. Nous faisons du physique ou du moral une idée purement mentale, uniquement mentale. Nous disons : ceci est physique, ceci est moral. C’est une façon de définir les choses, c’est une façon de définir un phénomène. Cette définition, elle, n’est donc que mentale, elle s’applique à des choses que nous avons le tort d’appeler des réalités ; mais là encore, quand nous attribuons la réalité à l’état physique, matériel, c’est une affirmation d’expérience, une affirmation purement empirique, et discutable, contestable, qui n’appartient qu’à nous. Non ?

A. — Oui… Mais il m’est difficile de comprendre que si j’ai une douleur, je l’ai inventée…

Le Docteur. — Ah mais je n’ai jamais dit qu’une douleur était inventée, je n’ai jamais dit que le corps était inventé. Il donne lieu à des effets manifestés dans un champ de conscience qui est le nôtre, mais si tu sépares cette imagerie ou cet ensemble de représentations du champ de conscience dont tu es toi-même la projection, que reste-t-il ? Un corps qui ne serait pas construit sur un modèle de ta représentation, que serait-il ?

A. — Il ne serait rien, ni moi non plus…

Le Docteur. — Mais non, il ne serait rien, ni toi non plus, c’est exactement cela. S’il n’est rien, toi, telle que tu te considères telle que tu prends conscience de toi-même, tu cesses aussi d’avoir un sens. Donc, l’imagerie et l’idée que tu te fais de toi-même sont solidaires — une seule et même chose…

J’ai un corps, si ce corps disparaît, je ne suis rien, c’est bien une identification avec le corps. Or, ce corps est-il autre chose que l’ensemble des constatations que tu peux faire ?..

A. — Il est mon moyen de communication avec le monde extérieur.

Le Docteur. — Il n’est jamais qu’un moyen de communication avec toi-même.

A. — …et avec le monde extérieur.

Le Docteur — …avec le monde que tu appelles extérieur.

A. — …et qui est ?

Le Docteur. — …qui est, mais qui n’est pas extérieur — qui est extérieur à cette imagerie du corps. Mais est-il extérieur à toi-même ce monde ? Puisqu’il se présente à toi, comment peut-il être extérieur à toi ? Il est extérieur à ton corps, pas à toi. Il est hors de ton corps, c’est incontestable, cette table n’est pas dans ton corps, Marguerite n’est pas dans ton corps, elle est distincte de ton corps, mais est-elle hors de ton champ de conscience ? Hors de ta conscience ? Si elle était hors de ta conscience, tu ne pourrais pas l’atteindre ni par des paroles, ni même par le sentiment d’une présence. Dès qu’un corps ou une chose pénètrent dans ton champ de conscience, cela en fait partie intégrante. Rien n’est hors de ta conscience qui soit concevable, représentable ou imaginable.

A. — …et en mon absence ?

Le Docteur. — Tu postules des présences en ton absence, tu dis : ah je m’en vais et je laisse des gens à tel endroit. C’est une idée que tu te fais, c’est aussi une représentation que tu te donnes. Tu imagines des personnes, tu les situes, par tes souvenirs, tu les situes par ton évocation de leurs silhouettes, de leurs formes et de leurs occupations, tu les situes quelque part dans un cadre qui t’est familier, c’est encore quelque chose que tu évoques.

A. — Mais tu es aussi témoin de mes propres évocations…

Le Docteur. — Je suis témoin seulement de ce que j’affirme, de ce que je déclare. Je ne peux pas être témoin en ton lieu et place, je ne peux pas être témoin pour toi, tu récuserais mon témoignage. Comment puis-je me situer là où tu te situes toi-même ? Comment puis-je te voir telle que tu te vois ?

A. — Nous sommes cependant deux à témoigner des mêmes objets.

Le Docteur. — Mais non, nous nous mettons d’accord pour donner un même nom à des objets, ou pour les décrire de façon similaire. En fait, nous ne pourrons jamais confronter nos expériences ; elles nous sont intérieures, elles ne peuvent pas être confrontées. Il faudrait que je sois simultanément toi et moi pour pouvoir dire : ah, ce que Alice voit bleu, moi je le vois bleu, comment puis-je me situer là où tu te situes, avoir le même spectacle sans être toi-même ? Si cela était possible, c’est que je suis toi, je suis réellement toi, et la vision que tu as, sera la mienne. Si j’aime le bleu et que tu n’aimes pas le bleu, il est certain que tu ne vois pas la couleur de la même façon que moi, parce qu’elle n’est pas simplement une sensation, elle est aussi une adhésion ou un refus. Elle ne peut pas être exactement semblable…

A. — Et cependant quelque chose la rend possiblement compréhensible à toi et à moi…

Le Docteur. — Ce quelque chose résulte uniquement de notre accord, c’est-à-dire d’une convention entre nous. Cette chaise porte une couleur bleue, elle est de couleur bleue, et tu acquiesces, parce que chaque fois que tu as signalé sur un objet la couleur bleue, j’ai pris conscience d’une couleur qui, pour moi, était ce qu’elle est et qui correspondait à ton bleu.

A. — Oui, mais il y a un phénomène qu’il soit ou ne soit pas bleu, et qui est interprété bleu, et un phénomène qui me fait dire bleu et qui te fait dire bleu, d’accord.

Le Docteur. — Et alors? Qu’est-ce que prouve ce phénomène ?

A. — …indépendant de moi personnellement, puisque tu es devant moi, témoin de ce phénomène, et que tu le traduis comme moi — par accord, d’accord…

Le Docteur. — Un accord verbal, et d’ailleurs purement verbal. Cet accord témoigne simplement d’une constance dans les affirmations, c’est tout. Elles ne prouvent rien de plus, elles ne prouvent pas que le bleu soit bleu. Elles prouvent que nous sommes d’accord pour donner le nom et la qualité de bleu à telle expérience empirique, et que par conséquent une similitude dans les constitutions se révèle.

A. — Mais elle est humaine, non ?

Le Docteur. — Qu’est-ce que c’est que l’humain ?

A. — …elle est propre à l’humain cette expérience… il y a donc…

Le Docteur. — …encore un mot, encore un concept, l’humain. L’humain, qu’est-ce que c’est l’humain ?

A. — Je reviens donc maintenant à ma seconde question : Quelles sont les conséquences que cette donnée implique ? Puisque je construis mon image et mon monde, puis-je en transformer le destin ? Et puis-je me reforger différente de ce que je suis ?

Le Docteur. — Eh bien, la question : « puis-je ? ». Que représente ce je dans le « puis-je » ? Cela représente un niveau de perception, cela représente une instance dans un monde illimité de possibles. Je me conçois comme tel, comme un être fini, un être arrêté dans sa forme, dans ses contours, dans ses possibilités. Eh bien, à ce titre-là, évidemment je suis totalement impuissant. Je dois admettre au préalable la possibilité d’un renouvellement complet, total et incessant de moi-même. Donc ce qui va bénéficier de la transformation, ce n’est pas moi, c’est un devenir incessant qui bénéficiera de la transformation. Et ce devenir, où doit-il aboutir en fin de compte ? A un dépouillement complet, total de toutes les cristallisations que ma pensée peut retenir pour me limiter.

Tu vois ce que je veux dire ?

Nous ne sommes pas ce que nous paraissons être à nos propres yeux. Nous ne sommes pas cela. Nous sommes ce perpétuel devenir, cette perpétuelle transformation qui, en nous anéantissant, nous renouvelle. Elle ne peut nous renouveler que par un continuel anéantissement des formes auxquelles nous nous attachons, auxquelles, momentanément, nous nous identifions.

Alors, qui est le bénéficiaire de la transformation Non pas moi qui suis en train d’énoncer l’espoir d’une transformation, mais un être dont, présentement, je ne sais rien.

Que serai-je en fin de compte, si je bénéficie de ce à quoi, j’aspire ? Que serai-je ?

Je serai ce que je suis réellement. Non pas ce que je parais en ce moment.

A. — Ce que je suis réellement est inamovible… il n’a rien à gagner ni rien à perdre ?..

Le Docteur. — Non. Mais cette conscience au niveau de laquelle je vis peut bénéficier d’un éclaircissement. De noire elle peut devenir lumineuse. Si je vis dans le noir, si je vis dans les ténèbres, si je vis dans la détresse, si je vis dans le scepticisme et dans le désespoir, n’est-il pas bénéfique d’être délivré de cette couleur ?

A. — Mais qui bénéficie, puisque je ne suis qu’une forme, donc créatrice de formes. Par conséquent la forme ne bénéficie de rien, puisqu’elle s’en va…

Le Docteur. — Ah mais la forme ne peut jamais bénéficier de rien puisqu’elle s’en va, comme tu le dis, elle part, elle disparaît, elle glisse dans ce néant que toutes les formes rejoignent ; mais, le bénéficiaire c’est, à tout instant, celui qui est en progrès sur la, situation passée, c’est cet être naissant qui peut être continuellement le bénéficiaire. Si demain je suis plus heureux que je ne l’étais aujourd’hui, que puis-je dire du bénéficiaire ? Que c’est un autre que l’être malheureux qui subissait le malheur la veille ; un autre. Celui qui est malheureux ne sera jamais heureux… il cesse d’être malheureux par le fait même.

A. — Cet être que j’appellerai ici : intermédiaire, et qui n’est ni l’être réel, inamovible, que rien ne change et que rien ne déçoit, ni la forme qui s’en va, serait une espèce de liaison… n’est-ce pas ?

Le Docteur. — Bien sûr, ce ne sera jamais que cette… on pourrait dire que cette forme ou ces formes de transition qui pourront être en progrès les unes par rapport aux autres et être bénéficiaires les unes comparativement aux autres…

A. — Alors comment peuvent-elles se changer, se transformer, s’éclairer, s’ensoleiller ?

Le Docteur. — Oui. Eh bien, dès lors, qu’elles s’informent des lois auxquelles elles sont soumises, qu’elles connaissent les lois qui font évoluer leur condition de formes. Si, par exemple, dans cet être auquel momentanément je m’identifie, cet être physique, psychique, mental, sensible, etc., si cet être puise, en la conscience, aux normes pour en connaître la structure, pour en connaître le fonctionnement, que découvrira-t-il ? Il découvre que loin d’être une individualité séparée du reste de l’univers, il est immergé dans une sorte d’océan, océan que l’on pourrait provisoirement comparer à un vaste champ de conscience. Il est inséparable de ce champ. Il n’y a pas de cloison étanche là où disparaît le confin, la limite stricte d’un corps. Entre deux corps il peut n’y avoir aucun contact, il peut y avoir un intervalle d’espace, mais entre deux champs de conscience il n’y a pas de frontière ; il n’y a d’autre frontière que la distance qui oppose les attitudes, mais il n’y a pas de frontière spatiale entre des champs de conscience. Par conséquent, l’idée même de séparation — de séparation spatiale — ne peut être appliquée à la notion de champ, pas plus qu’à l’intérieur d’un champ magnétique il n’y a de trous et de déchirures qui sépareraient les particules de ce champ ou les lignes de force constituant ce champ. Le champ est une continuité, non pas une continuité dans l’espace, mais une continuité substantielle, une sorte de consubstantialité. Cette substantialité est faite de conscience, par nature. De sorte que nous plongeons dans cet océan, et tout ce qui nous porte à une attitude, emprunte à la totalité du champ ses complicités. Complicité pour la déchéance, complicité pour la destruction, ou complicité pour une avance sur un terrain nouveau, pour un renouvellement. Et sans que nous nous en doutions le moins du monde, chacune de nos attitudes se trouve spontanément assistée par tout ce qui lui est conforme, tout ce qui lui est de nature semblable. Nous aspirons vers un plus grand bien, le bien épars dans ce champ cosmique universel afflue vers nous et nous porte et renforce nos aspirations. Si nous aspirons à un acte mauvais, cet acte mauvais est cent mille fois renforcé par tout le mal qui règne dans le champ. Un acte de violence reçoit la complicité de toutes les violences éparses.

A. — Est-ce que la même donnée peut s’appliquer aux lois physiques ? Par exemple : j’ai une douleur, je la vois avec désespoir, elle s’aggrave, elle aspire tout ce qu’il y a de douloureux autour de moi, et vice versa ; si au contraire je suis confiante, la chose par elle-même peut se transformer par le fait que… ?

Le Docteur. — Oui. Eh bien, là nous arrivons au phénomène de matérialisation. Dans la mesure même où nous matérialisons une attitude, une sensation, un état de conscience, la densité, le durcissement en quelque sorte de cet état se constitue. Par exemple, si je souffre et si je localise ma souffrance, si je lui donne une base matérielle et physique, la voici comme ancrée en moi. C’est comme si cette souffrance avait trouvé son terrain d’atterrissage et permettait l’atterrissage d’une multitude d’autres éléments de souffrance. Alors, puisque précisément nous nous donnons un corps physique et que nous attribuons à ce corps physique l’origine de toutes nos souffrances, nous les matérialisons par là même. La souffrance, tout en étant psychique — elle est sentie comme un élément, je dirais, de notre conscience de vivre. Néanmoins elle participe à la matérialité des choses, c’est-à-dire à leur dureté, à leur durée, à leur inéluctable imposition. Ce qui est matériel, c’est quelque chose que l’on ne peut pas éviter : si je me heurte à une table, si je vais vers une table, je me cogne contre cette table, pourquoi ? Parce qu’elle a revêtu le caractère matériel et cette matérialité est quelque chose qui résiste à la pénétration. Le caractère même de la matière c’est d’être impénétrable et de se présenter comme chose impénétrable. Dès que nos états de conscience prennent affinité avec ce qui est matériel et s’établissent sur des bases — et en particulier sur des bases d’interprétation matérielle —, elles s’imposent à nous d’une façon indéracinable. C’est pour cela qu’il est tellement dangereux de donner à des malades l’explication matérielle de leur douleur : « Vous avez mal à cause de ceci, vous avez mal parce qu’un nerf est comprimé dans votre dos ». Eh bien, le malade a matérialisé sa douleur, il lui a trouvé — à tort ou à raison — une cause mécanique, une cause à laquelle on ne peut porter remède qu’en détruisant la matière, alors il faut couper à partir de ce moment-là ; il faut couper ou déconnecter les contacts, du nerf par exemple, avec la masse qui le blesse, avec un os qui le blesse, ou avec un disque de cartilage qui le blesse. Parce qu’on lui a donné force matérielle, consistance matérielle, et irréductibilité matérielle. Si, par contre, on fait découvrir au malade la signification fonctionnelle de sa douleur, l’origine fonctionnelle de la douleur et non matérielle — comme ce qui est fonctionnel n’a pas consistance —, on peut par une opération purement fonctionnelle, c’est-à-dire dynamique, le délivrer également. De même, lorsqu’on donne à un malade une conception organique de son état morbide : on lui explique que son cœur est atteint de tel et tel défaut organique, et que c’est là que se trouve l’origine de toutes ses perturbations, il est évident qu’aucun remède ne peut lui être apporté sans qu’une transformation matérielle soit possible. Or, il n’y a guère de transformations matérielles qui soient opérantes, opérantes d’une façon définitive parce que, en somme, la vie est fonctionnelle, elle n’est pas matérielle, elle est fonctionnelle, elle est perpétuelle émergence de transformation et de renouveau. Alors, elle recrée constamment, elle n’immobilise rien, rien n’est jamais immobilisé dans la vie. Tout est perpétuellement remis en question, aussi bien sur le plan de la substance physique la plus matérielle que sur le plan des créations mentales.

Alors j’en reviens à ceci : rendre organique l’interprétation des maladies c’est condamner les gens à une fixation, à un ancrage dans la destructibilité de la matière.

A. — Alors des guérisons peuvent s’opérer, des guérisons de matière — de ce que nous appelons matière — par une vision…

Le Docteur. — Elles le pourraient, oui, par une vision correcte. Elles le pourraient. Seulement, l’empêchement à cette solution provient de ce qu’il est pratiquement impossible de convaincre un homme de l’immatérialité de ce qui se présente à lui comme matériel. Lui faire admettre que ce corps qui résiste à la main, qu’il peut frapper et traumatiser et blesser, soit une pure imagerie, une création de l’esprit, et que cette création revête le caractère du concept matériel, cela lui est inaccessible. Alors, il retombera toujours dans la matérialité de son identification avec le corps. Lui demander d’accepter que son organe — par exemple le cœur ou l’estomac — soit une représentation des choses, ne soit qu’imagerie, cela lui est impossible. Mais s’il le pouvait, il guérirait, évidemment, il guérirait parce qu’il cesserait immédiatement de procéder à cette matérialisation de l’image qui est la cause, qui est l’origine de toutes les identifications avec de la matière. Si je m’identifiais avec tous mes globules rouges et si j’étais convaincu que mon sort est lié au sort de ces globules rouges, je mourrais dans les trois mois parce que pas un seul de ces globules rouges ne subsistera. Donc je périrais, je mourrais, bien que d’autres globules rouges soient venus renouveler la masse sanguine. Alors il est extrêmement difficile pour un homme de retirer sa conviction de cette identité avec la matière du corps. Le corps est matière, c’est une chose presque indéracinable. C’est une des plus grosses résistances que l’on rencontre dans l’éducation individuelle.

A. — Alors, là il y a un problème qui est extrêmement grave, c’est la croyance du malade en sa matérialité et du médecin en la matérialité…

Le Docteur. — Bien sûr, c’est la croyance la plus grave qui soit ; non seulement elle est grave, mais elle est persistante. Elle persistera parce que le malade revendique la matérialité de sa maladie comme une sorte de compensation. Il veut être disculpé de toute origine, de toute participation au mal : le mal est quelque chose qui l’a assailli, quelque chose qui le blesse, qui l’attaque, qui le menace. Par conséquent, il lui faut considérer le mal comme une chose extérieure, et même ce corps victime du mal lui est extérieur, et il demande que le mal lui soit retiré. Il lui faut matérialiser le mal pour, en quelque sorte, le rendre objectif. Il ne peut pas le considérer comme fonction inhérente de sa vie parce qu’alors ce serait trop intimement attaché à lui… Mais en le matérialisant dans le corps, il dit : « Mon cœur est malade, mon cœur menace ma vie, je ne suis donc plus mon cœur, je m’en dégage, je m’en désolidarise. Je vous remets ce cœur, soignez-le, remettez-le en état comme je vous remettrais ma voiture pour qu’on la confie au mécanicien, au réparateur. Réparez cela ». Et c’est là qu’est véritablement la tâche, je dirais ingrate, du médecin :

c’est que des organes matériels qui lui sont confiés par le malade pour être rétablis dans leur intégrité, alors que le malade les a lui-même matérialisés — avec la complicité du médecin, d’ailleurs —, les a lui-même matérialisés pour les rendre en quelque sorte indépendants de lui : « Je suis malade, pauvre corps malade, prenez-en soin, remettez-le d’aplomb. Je n’ai aucun contact avec ce corps, je n’ai aucun pouvoir sur ce corps… »

Tu comprends cela ? « Je vous le remets, je vous le confie, faites-en ce qu’il faut. Endormez-moi et opérez-moi et j’ignore tout ce que vous voulez faire, ce n’est plus mon affaire… »

Le corps est confié comme un objet à son réparateur. Alors l’individu s’en désolidarise, et pourtant — et voilà la fausse position — et pourtant il continue de s’identifier avec ce corps. Si on touche ce corps il pousse des cris, comme si…

A. — Cela me rappelle ce que le grand cardiologue disait : qu’on opérait certains malades — c’est-à-dire qu’on ouvrait sans opérer, et qu’en refermant, le malade se croyait guéri.

Le Docteur. — C’est très courant, pour toutes les opérations…

A. — …il suffit d’y croire…

Le Docteur. — …qu’il ait la conviction que le nécessaire lui a été appliqué et…

A. — C’est extraordinaire !..

Eh bien je crois qu’en relisant ceci ou en ré-écoutant ce que tu as dit — ce que tu viens d’enseigner, qui m’a été enseigné depuis tant d’années, je peux te rassurer, au moment de ton départ que je ne serai pas malade.

Le Docteur. — …Je souhaite que non seulement tu ne sois pas malade, mais que tu sois en plein soleil, en pleine lumière, tu l’es, tu es la lumière…

La Jonchère, le 14 mai 1960.

Source : revue3emillenaire

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030616

L’Observation de soi, par Gérard Tiry

Lorsque les activités extérieures stimulent nos sens, que se passe-t-il au niveau de ces derniers ? Prenons l’exemple de la vision : si je suis en présence d’une rose rouge, il existe une certaine activité au niveau de la rose qui donne naissance à des ondes ou particules qui atteignent l’œil et y décomposent une substance qui donne la sensation de rouge.

Les théories de la vision sont du type photochimique, les ondes ou particules sont décomposées par une substance photosensible située dans l’œil ; de sorte que le rouge se forme dans la rétine mais n’existe pas dans la nature. La rétine est le lieu où se transforme l’énergie vibratoire des photons lumineux, qui ne pourraient être perçus directement, en énergie électrique, langage du système nerveux ; elle remplit une fonction d’appareil transducteur, dispositif dont le rôle consiste à transformer une information ou un signal d’une catégorie en une information ou un signal d’une autre catégorie. La notion de couleur est donc purement subjective et il n’existe aucun équivalent physique en dehors de la fréquence des ondes électromagnétiques.

L’oreille distingue des vibrations sur une échelle d’environ 9 octaves, soit de 30 à 20.000 vibrations par seconde. Elle remplit également la fonction d’un organe transducteur. En effet, la hauteur d’un son, caractérisée par une note, n’a d’autre équivalent physique que la fréquence d’une onde de compression se propageant dans un milieu. Cette onde de compression ne deviendra bruit que si elle est traduite par un système auditif présent. Il n’existe donc pas de bruit dans la nature, et en particulier, pour reprendre un exemple connu, lorsqu’un arbre tombe dans une forêt où il n’y a personne.

 L’odorat et le toucher sont dus au rôle transducteur de récepteurs cutanés.

Par conséquent, les sens transforment une forme d’énergie qui se trouve dans la nature et qui ne peut être directement appréhendée par l’homme en une autre forme qui sera utilisée par l’organisme, l’énergie électrique qui circule dans le système nerveux.

La seconde raison pour laquelle nos sensations ne nous donnent pas une copie conforme de ce qui nous entoure est la suivante : nos sensations représentent un premier niveau d’abstraction. Les organes des sens sont très limités et ne captent qu’une partie infime des messages. Nous avons évoqué la multitude de systèmes récepteurs que l’homme a inventé pour transformer des stimulations directement irrecevables par les sens, en source d’information ; à l’aide d’instruments de plus en plus perfectionnés, l’homme découvre constamment de nouvelles activités ; mais ceux-ci sont encore bien faibles. Il est impossible de concevoir le nombre d’activités que renferme la pièce où nous sommes.

Si nos sens nous rendaient une image du monde tel qu’il est, ce serait extrêmement curieux et très impressionnant, nous verrions des milliards de « particules » mues par une énergie, sans distinguer des objets, qui ne sont en définitive que des représentations mentales. 

Notre vie spirituelle est donc nourrie par nos sensations, nous réalisons mieux l’importance de celles-ci en prenant conscience qu’elles sont également sentiments. Un aspect de la réponse que le stimulus provoque chez nous est l’émotion, parfois appelée sentiment. Il est facile, quoique nous y prêtions souvent peu d’attention, d’observer l’aspect émotionnel de la sensation. Il n’est pas possible de regarder un coucher de soleil par un soir calme sans se rendre compte que la sensation est également émotion. Le fait est plus facile à observer lorsque l’agent extérieur est violent, par exemple : un bruit soudain ; mais il se manifeste aussi de façon plus subtile, c’est alors qu’on le nomme sentiment : lorsque deux personnes se rencontrent pour la première fois, il existe, avant que la réaction ne soit troublée par une intervention de l’intellect, sous forme par exemple, de considérations sur le temps, l’indication d’affinités ou de répulsions instinctives. Le premier contact avec un événement inhabituel est riche de sensations-sentiments facilement observables : entrer seul dans un restaurant, y chercher une place etc… Les sensations-sentiments sont le meilleur contact que nous puissions établir avec l’événement.

Nous venons d’examiner rapidement le plan non-mental où se manifeste l’essence de l’individu et à travers celle-ci sa compréhension, nous allons maintenant observer les manifestations du plan mental où se développe la personnalité à travers les connaissances.

Le plan mental est le plan de la mémoire, notre cerveau est une sorte de bibliothèque où tout est enregistré, classé, etc… Le cerveau, par exemple, classe suivant des ensembles, comme le bibliothécaire classe d’un côté les romans et de l’autre les livres d’histoire et, parmi les livres d’histoire, établit une distinction suivant les époques ou les civilisations. Le cerveau crée également des structures que l’on peut définir comme un ensemble de relations dans un ensemble d’objets. Cette notion de structure qui met en relation plusieurs dimensions dans la connaissance, constitue la création mentale la plus évoluée.

Il est intéressant pour bien comprendre le rôle du mental, d’examiner le phénomène de l’objectivation. Nous avons vu que les sens étaient des organes récepteurs, ils ne se projettent pas vers l’extérieur, c’est au contraire le monde extérieur qui vient « frapper » à leur porte. Il n’est pas inutile de rappeler cette réalité, car nous avons des façons de nous exprimer pour le moins curieuses puisque nous parlons de : « jeter un coup d’œil », ce qui ne signifie rien, aucune substance ne sortant de l’œil de l’individu pour aller capter au loin, l’événement. Nous parlons également de « tendre l’oreille », c’est une expression assez curieuse ; si nous tentons de faire jouer les muscles de l’oreille, nous ne pouvons espérer qu’un résultat médiocre. Nous parlons aussi de « toucher » un objet, alors que nous sommes touchés par celui-ci : ce sont en effet les activités chimiques au niveau de l’objet qui impressionnent notre organe du toucher. Par conséquent, lorsque nous faisons attention au monde extérieur ce ne peut être qu’en nous. Nous sommes enfermés dans notre monde subjectif et nous ne pouvons prendre connaissance du monde extérieur qu’à travers nos sensations-sentiments ; la compréhension ne peut donc apparaître qu’à la suite d’un effort d’intériorisation, il s’agit là d’une expérience qui n’a aucun rapport avec la connaissance intellectuelle.

Si nous devons admettre que nous vivons dans un monde subjectif, il est cependant intéressant de comprendre comment et pourquoi nous objectivons ; comment nous vient la certitude que ce qui se manifeste intérieurement soit extérieur à nous. Lorsque je vous vois, je vous ressens intérieurement mais je vous vois extérieurs à moi. Comment se fait-il, par conséquent, que mes sensations soient rejetées à l’extérieur et que partant d’expériences subjectives, j’en arrive à objectiver un monde extérieur. C’est là un phénomène qui a toujours un peu étonné les philosophes. L’explication la plus honnête me semble être la suivante : les très jeunes enfants vivent un monde intérieur, la conscience à cet âge est globale, elle est vécue extatiquement, les activités sont ressenties comme internes aussi bien dans leur origine que dans leurs manifestations. Il semble que la distinction entre un monde intérieur et un monde extérieur s’établisse à la suite d’insatisfactions telles que : les contacts douloureux, le froid, la faim, etc… C’est à partir de ces expériences que le mental objective un monde extérieur. Il s’agit là, en quelque sorte, d’un processus de rejet, l’être déplace une partie de lui-même en l’extériorisant ; il déplace souvent même la totalité.

L’une des manifestations les plus étonnantes de cette distinction entre le moi et le non-moi est celle qui nous permet de traiter notre corps, siège de nos sensations-sentiments, comme un objet extérieur. Nous pouvons parler de notre main, de notre jambe, en les considérant comme des objets étrangers comme des concepts alors qu’ils se trouvent à l’intérieur d’une peau qui devrait constituer la séparation entre le monde intérieur et le monde extérieur.

Suivant des lois qui lui sont propres, le cerveau décode les activités neuro-électriques qui lui sont transmises en partant des sens, par le système nerveux, il groupe ces activités en unités simples relativement constantes, représentant des éléments maniables d’information, ce qui permet de considérer qu’un objet est une hypothèse mentale.

Dans la perspective de l’observation de soi, nous voyons où git le problème : nous sommes divisés. Il existe ce monde intérieur qui est celui de la compréhension et nous objectivons un monde extérieur qui est notre création et qui ne peut être considéré indépendamment de nous. Lorsque nous parlons de perception unifiée ou de compréhension unifiée ; il s’agit bien de la réunification de la personne qui a été séparée en deux et l’observation est obligatoirement une observation intérieure.

Le mental est un outil merveilleux qui nous joue des tours parce que nous l’utilisons en dépit du bon sens. Lorsque nous condamnons, interprétons, évaluons, nous sommes dans un état comparatif dans lequel la situation présente fait jaillir de notre mémoire un schéma, antérieur, autrement dit, une idée préconçue.

Quoique les événements ne soient jamais identiques, nous recherchons toujours les ressemblances, jamais les différences ; nous avons des modèles de connaissance qui nous empêchent d’apprendre. Nous exprimons cet état comparatif en disant que nous sommes « affreusement déçus » ou « heureusement surpris », incapables que nous sommes de nous débarrasser de nos préoccupations.

En fait, nous utilisons notre mémoire par paresse, pour éviter de vivre le moment présent. Notre mental est incapable d’aborder l’événement sans son bagage d’idées préconçues. L’observation ne consiste pas à les nier, à tenter de les éviter, mais à en prendre conscience ; chacun de nous a son style propre d’idées préconçues par lesquelles il est prêt à juger à tout moment la situation présente. Nous n’irions pas au théâtre si nous ne pensions que la pièce est « intéressante » si nous n’avions pas un schéma de ce qui nous attend ; de tout ce que nous entreprenons, nous escomptons un résultat.

En fait, notre cerveau est trop rapide, il accapare l’événement extérieur sans nous laisser le temps d’en prendre le goût à travers nos sensations-sentiments. Comme il est agi par la mémoire et que celle-ci intervient par automatisme, notre pensée est automatique, comme il se nourrit d’abstractions très pauvres, notre pensée est pauvre. Il ne faut pas oublier, en effet, que la mémoire opère une abstraction sur les sensations et que son registre est étroit, nous possédons peu d’images par rapport à la foule des événements que nous avons vécus depuis notre naissance.

Le phénomène de la mémoire permet au mental d’effectuer une autre opération importante : celle de créer le temps, en d’autres termes de créer l’histoire, c’est-à-dire d’établir un lien logique entre des événements vécus et des événements futurs tels qu’ils sont imaginés. Nous sommes là encore divisés, il s’agit avec la création du temps d’un autre aspect de l’éparpillement de notre individu ; si une réunification doit intervenir, ce sera dans le vécu du moment présent.

 A ce niveau de notre recherche, il est très important de comprendre comment nous pouvons être présents : alors que notre mental vit dans le temps, seul notre corps est ancré dans le présent, il ne vit pas avec ses cellules d’hier, ni celles qui doivent apparaître demain mais avec celles qui sont « ici-maintenant » ; il vit un éternel présent. Nous ne pouvons, par conséquent être présent spirituellement, qu’à travers la sensation de notre corps. Lorsque nous ne vivons pas la sensation de notre corps, nous pouvons être certains d’être pris par un état mental ; par contre, lorsque cette sensation est présente, nous sommes situés dans l’espace et le temps : ici-maintenant. Cette sensation du corps est en fait une présence aux sensations-sentiments qui s’y manifestent ; seule l’expérience peut nous la révéler ; Montaigne parlant du contact avec son intériorité écrivait : « moi, je me goûte ».

Nous pouvons dire que ceci est une causerie, nous en avons entendu des centaines au cours de notre vie. En fait, le moment que nous vivons « ici-maintenant » est unique, non pas parce que c’est moi qui m’exprime ce soir. Depuis le début de cette causerie nous n’avons vécu que des moments uniques. Étant suffisamment attentifs à nos sensations-sentiments nous pouvons avoir pris conscience que leur qualité était différente à chaque instant, que nous sommes branchés sur un monde qui n’est pas statique mais où le mouvement est la règle. Sentez-vous à quel point nous sommes statiques et lourds, comme nous manquons d’agilité pour chevaucher ce mouvement de la vie ? J’emploie ce terme « causerie » qui est tellement général, en fait, ce mot apparaît bien pauvre en regard de l’événement que nous avons vécu, événement qui est d’une richesse inépuisable.

 Il est trop tard pour parler du monde verbal. Sachons observer cependant que le monde mental est entièrement soumis au monde verbal : nous ne pensons qu’avec des mots. Observez-le chez vous ; lorsque vous êtes seuls vous vous parlez avec des mots ; lorsque vous faites des projets, c’est avec des mots ; lorsque vous rêvez c’est encore avec des mots. Nos idées préconçues, ce sont des séries de mots enchaînés les uns aux autres. Chaque langage est une certaine façon de penser, nous sommes tous conditionnés par le langage de notre enfance. Or, les mots sont des symboles, c’est-à-dire qu’ils sont mis à la place des choses, ils ont un contenu émotif et imaginatif qui leur est propre, qui ne correspond pas forcément aux événements qu’ils suggèrent, de sorte que les émotions et les images que les mots déclenchent en nous ne sont pas identiques à celles qui sont déclenchées par les événements vécus correspondants.

La pensée occidentale repose sur l’objectivation, comment pouvons-nous vivre cette pensée et rester conscients de ses limites ? Je pense que la conscience à ce niveau existe si nous parvenons à diviser notre attention, c’est-à-dire, à ne pas nous identifier à notre mental et à nos constructions : objectiver tout en conservant la conscience d’objectiver.

Les scientifiques émettent des théories, c’est-à-dire qu’ils structurent le monde suivant la structure de leur cerveau, cependant ils savent parfaitement que leurs théories ne sont que des théories et il reste en arrière-plan un observateur conscient de leur relativité. Cette division de l’attention me semble s’apparenter à l’humour. Bachelard écrivait : « On ne peut objectiver sans ironiser ».

Mais notre but ultime n’est-il pas de rechercher la réunification de l’être ? Je voudrais pour illustrer ce but vous raconter en quelques mots la parabole suivante extraite de la littérature orientale : Un fiacre circule dans la ville de façon désordonnée, la voiture, heurte les trottoirs et s’abime, les chevaux se bousculent et le coche, va de taverne en taverne, s’enivrant. Vous avez compris que voiture signifie le corps, les chevaux, les émotions et le cocher, mental. Mais le Maître arrive, il donne des ordres et indique direction, aussitôt le cocher reprend son siège et ajuste les rênes les chevaux retrouvent leur place et avec une force tranquille mettent en mouvement la voiture. Il en est de même chez nous, lorsque le maître est là, la conscience est unifiée, ce qui chez nous est dissocié est de nouveau associé.

 

Gérard TIRY

Revue Être Libre. Numéro 249, Octobre-Décembre 1971
source : revue 3e Millénaire

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110516

De l'importance du kikwink

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