La Transformation de la Conscience, par Eckhart Tolle
Qu’est ce que vous vous demandez quand les gens vous demandent qui êtes-vous ? L’identité qu’ils vous donnent avec une grande conviction, « je suis John Smith », ne peut pas être mise en doute. Puis ils vous raconteront ce qu’ils font pour gagner leur vie. Et s’ils ont suffisamment de temps, ils vous raconteront une courte ou longue histoire. Et ceci est l’histoire de « moi ». Puis la personne vous parlera aussi des rôles qu’il ou elle joue dans le monde, convaincue de ce qu’il ou elle est : « je suis mère de trois enfants, je suis comptable, je suis au chômage, j’ai réussi dans la vie ». Sa petite identité conceptuelle, les idées qu’il ou elle a dans la tête.
Bien sur nous avons tous un rôle à jouer dans la vie, mais de croire que nous sommes que cela, s’y être identifié, constitue une terrible prison, un esclavage. Vous pouvez remplir ce rôle sans croire que c’est ce que vous êtes. Vous pouvez remplir votre rôle de mère, sans que cette idée occupe entièrement votre esprit. Autrement, vous serez une mère pour le restant de vos jours et vos enfants resteront des enfants pour vous. Vous penserez avoir toujours raison et vous leur dicterez leur conduite. Vous serez emprisonné dans ce rôle. Le monde est rempli de gens piégés dans le rôle que la société leur a attribué, leurs rôles conditionnés, qui sont des structures mentales. Un rôle n’étant rien d’autre que certaine forme mentale. Des conceptions de l’esprit, des pensées. Donc c’est un autre aspect de l’identification au contenu du mental.
Et ce sens de l’identité personnelle « moi », qui est issu de l’identification au contenu du mental, n’est jamais à l’aise, ni accompli pendant bien longtemps. Pas pour longtemps. Ce moi vit dans un état de « pas assez ». Un autre sentiment accompagne cet état « je ne suis pas encore complet, je n’ai pas encore réussi, j’ai besoin d’être chez moi, j’ai besoin de plus de grandir dans le sentiment d’être moi-même ». Et chez beaucoup de gens, l’histoire du moi semble avoir été un accomplissement, même si ce n’est qu’en surface. Et notre culture nous dit souvent que les gens célèbres ont réussi, en apparence, et cela vous donne l’illusion de pouvoir parvenir à l’accomplissement du sens du soi, fondé sur une histoire. Ce serait la fin heureuse. Si vous rencontrez des célébrités ou des gens riches, vous vous rendrez compte qu’ils sont dans le même état d’esprit que n’importe qui. Ils n’ont pas l’impression d’être accomplis, ils ressentent la peur, un mécontentement et un sentiment de manque alors qu’ils ont tout. Ce que je vous dis ressemble à de mauvaises nouvelles, comme si vous n’aviez pas la moindre chance de réussir en cette vie ci.
Maintenant, si il vous reste assez de temps, ce sens du soi aura l’impression qu’il vous reste suffisamment de temps pour vous réaliser, « j’ai encore 40 ou 50 ans devant moi », et c’est probablement suffisant pour compléter l’histoire de « moi ». Et faire en sorte qu’elle se termine bien. Donc on ne se rend pas compte que ce mécontentement, ce malheur, ce moi problématique qu’on connaît en direct, ne sont pas un problème personnel, mais une construction inhérente à la structure du mental. C’est un dysfonctionnement structurel et non un dysfonctionnement basé sur le contenu du mental.
Et chaque sens du moi, avec sa propre histoire, sait que cette histoire n’a pas tout à fait tourné de la manière dont elle aurait du. Les choses ne se sont pas déroulées de la façon dont elles étaient censées se dérouler. Et donc vous commencez à croire que vous pouvez vous accomplir avec le temps. Mais à mesure que vous avancez en âge, vous vous rendez compte que l’accomplissement ne se produit toujours pas. Et que l’avenir se rétrécit.
Que font alors beaucoup de personnes âgées, face à ce rétrécissement de leur avenir ? Elles se tournent de plus en plus vers le passé. Au moins je peux me raccrocher à cela. Elles l'entretiennent en y pensant et en en parlant. Si leur identité fabriquée par le mental est de nature malheureuse et se fonde sur la plainte, car la vie les a tant maltraitées et a été injuste envers elles, très bien, c’est mieux que pas d’identité du tout. Et mieux vaut faire en sorte que cela continue.
(...)
Donc si vous avez assez de temps, vous vous mettez en quête du plus qui comblerait le moi, une maison plus grande pour vous sentir plus en sécurité, quelque chose d’un peu plus important, une plus grosse voiture devrait faire la différence. Elle est plus grosse que celle des autres. Cette voiture devient alors une forme pensée. Ce n’est pas la voiture elle-même qui importe, car ce n’est que du métal, et dans quelques années ce sera un tas de rouille. Ce qui importe, c’est la forme pensée « voiture » qui contient le « moi ». Ce moi est la forme pensée qui s’identifie à la forme pensée « voiture ». Moi, voiture, c’est ce qui se passe. De plus s’il s’agit d’une grosse voiture, le moi, l’illusion du moi s’agrandit à travers cette forme pensée. Pour quelque temps.
Mais peu après, cela ne satisfait plus vraiment le sens du soi, et il vous faut partir en quête d’une nouvelle chose, c’est vers ce plus que vous courrez continuellement afin de parachever le moi. C’est un besoin psychologique qui lui est inhérent. Tout le monde compte sur le moment suivant, le futur, car cela donne l’impression de pouvoir obtenir ce dont on a besoin pour compléter ce « moi ». Et à ce moment là leur vient l’idée d’une maison, d’une maison plus grande que la voiture. Alors surgit à nouveau la forme pensée du moi qui devient la forme pensée de ma maison, ma, mon. Ma, c’est une histoire triste et intéressante de dire « ma » ou « mon », la mienne ». Les enfants apprennent cela très tôt. C’est une de la première chose qu’ils apprennent. Cela marque le commencement du moi, du moi égocentrique, cela est à moi.
Et donc cela constitue une idée qui se développe et la civilisation entière se focalise sur l’idée de posséder quelque chose, l’idée de propriété. Si vous examinez cela clairement, vous voyez que le fait de dire « je suis propriétaire de ceci, de cette table, de quoi d’autre que ce soit, de cette maison, de cette voiture dont on dit c’est la mienne »… Mais qu’est ce que cela veut dire ? C’est une histoire que vous êtes en train de vous raconter à ce sujet, une histoire qui devient une forme pensée. Supposons que vous soyez fou, vous compteriez peut-être cette histoire « je possède ce grand immeuble de bureaux de 20 étages ». Vous passez chaque jour devant en vous disant « c’est à moi ». Il est maintenant tout à fait possible que le reste de la société soit d’accord avec votre histoire et vous donne un morceau de papier pour reconnaître votre accord. Par contre, si vous croyez que vous possédez quelque chose, et que personne n’est d’accord avec vous, on vous prendra pour un fou. Mais si les gens sont d’accord, ils vous considéreront comme quelqu’un de riche. Cette richesse est importante car elle rend votre histoire plus imposante. Jusqu’à ce quelle redevienne triste. Ceci pour vous montrer quelle importance prennent les concepts dans votre vie. Ces concepts amènent les gens à vivre dans un sens de l’être conceptualisé, rien que des concepts mentaux.
Dès que vous vous installez dans ce moi conceptualisé, vous vivez aussi dans une réalité conceptualisée, car vous percevez toute cette réalité à travers un être fabriqué par le mental « le moi ». Et c’est ce qui donne cette compulsion à interpréter immédiatement et à cataloguer chaque expérience, chaque perception. Et ceux qui sont très habiles à cela, ceux qui savent rapidement cataloguer, analyser les choses, enregistrer l’information, la restituer, dissèquent les choses en tout petits segments, afin de les examiner, ou ceux qui s’y connaissent en concepts, on les qualifie d’intelligents. Et si vous êtes très doué pour disséquer de petits éléments de connaissance en encore de plus petits fragments, alors vous obtenez un doctorat. Si vous êtes allé à l’université, vous savez combien sont minuscules les fragments sur lesquels les gens effectuent leurs recherches.
Et c’est cela la condition humaine. Et ce besoin du plus n’est pas seulement un besoin personnel, car ce sentiment de soi devient un sentiment collectif de soi, par l’intermédiaire des entreprises, des sociétés commerciales, des nations, des tribus, des organisations. Celles-ci sont toutes créées par ce moi conceptuel dont elles sont l’expression, une expression collective de cela. C’est facile à voir quand on considère une immense société commerciale et son aptitude à croître. Regardez par exemple l’effondrement récent d’Enron Corporation aux Etats-Unis : gigantesque ! Et vous vous apercevez que la société entière était dominée par le besoin avide de « toujours plus ». Et donc c’est facile de dire « regardez comme cette entreprise est corrompue ». En fait elle n’est qu’un ego à grande échelle.
Et le soi, cette entité, ne se préoccupe donc au fil de sa vie, que de deux choses importantes : la première, c’est le mouvement du désir, celui de vouloir plus, et la deuxième un mouvement de protection, « je ne veux rien perdre du peu que j’ai déjà ». Ces deux mouvements sont « Vouloir » et « Avoir peur ». Désir, peur. Les êtres humains évoluent entre les deux. L’origine des actions entreprises par le soi égocentrique est soit le désir avec le besoin d’avoir plus, soit la peur avec le besoin de protéger le moi.
Chaque être humain est dans cet état d’esprit, son petit soi à la recherche de ce que je peux obtenir. Ou encore, cette personne représente-elle une menace pour moi ? Donc l’esprit humain regarde chaque personne qu’il rencontre avec les yeux de la peur et du désir. Et c’est comme cela que vivent les humains. Mais autre chose vient aggraver la situation aussi fabriquée par le mental. C’est d’avoir des frontières clairement délimitées et qui ne sont que pensées bien sur. Des frontières entre moi et le reste du monde y compris les autres. Et avec cela vient le besoin toujours inconscient pour ce sens du moi, de se définir plus fortement par l’opposition. Le petit soi a besoin d’ennemis quelque part, car sans eux, le sentiment d’identité ne serait plus assez solide, et deviendrait changeant.
Vous pouvez voir cela sur le plan collectif en observant comment les religions, les nations, les différentes églises et les tribus, aiment toutes leurs ennemis. Elles les aiment, non pas dans le sens que Jésus leur a enseigné, mais afin de définir et de renforcer leurs sentiments d’identité. Les chrétiens ont fait cela pendant longtemps, et certains le font encore. Les musulmans le font beaucoup ces temps ci. Définir son identité à travers le fait d’avoir un ennemi, n’est pas spécifique à une religion, n’importe quelle religion s’y prête, les nations le font aussi. Qui seriez-vous sans un ennemi qui renforce tant le soi illusoire ? Et sur le plan personnel, cela signifie que vous avez besoin de problèmes. Une fois encore c’est inconscient, et cela fait parti intégrante du mental. Nous connaissons tous des gens qui sont attachés à leurs problèmes, car c’est toujours plus facile de le voir chez les autres que chez soi ! Donc l’identité de tant de gens, fondée avant tout sur une histoire, est basée sur une accumulation de problèmes et de conflits dans leur vie. Et quand vous leur demandez des nouvelles, ils vous racontent leurs problèmes. Si c’est cela la condition humaine, sur le plan personnel ou collectif, nous pouvons donc comprendre pourquoi l’histoire des êtres humains paraît si démente, folle. Lisez l’histoire du vingtième siècle, c’est un cauchemar. Et si vous regardez les nouvelles à la télévision ce soir, cela continue! Donc le monde que les êtres humains ont créé est une expression, une manifestation de leur état de conscience, ou plutôt de leur état d’inconscience.
Nous voyons maintenant pourquoi l’histoire est ce qu’elle est, et ce depuis que l’homme a commencé à la consigner. Il y a un élément de dysfonctionnement ou de folie très fort dans le psychisme humain. Et tous les grands maîtres ont vu cela, le Bouddha, Jésus, les sages de l’Inde, tous ont observé ce dysfonctionnement énorme de la condition humaine. Le Bouddha l’a appelé souffrance, en disant que la condition humaine est un état de souffrance. Jésus l’a appelé « Péché ». Bien sur ce mot a été souvent mal interprété. En Inde, ils appellent cela illusion. Tous ont observé cela et ils ont vu aussi qu’il y avait un moyen d’en sortir.
Un état de conscience différent est possible pour l’humanité. Le Bouddha l’appelle « la fin de la souffrance ». Jésus l’appelle « le salut ou le royaume des cieux ». Dans les enseignements de l’Inde, on appelle cela « libération ou illumination ». Enfin et bonne nouvelle… mais vous avez peut-être remarqué que de voir la condition humaine, telle qu’elle est déjà libérateur. Et c’est nécessaire, car s'il n’y a aucun changement dans l’état de conscience de l’homme, la planète et l’humanité ne survivront probablement pas plus de cent ans. Car se dysfonctionnement est maintenant amplifié par les moyens scientifiques et la technologie.
Pour la première fois, l’humanité se trouve confronté à la possibilité de provoquer sa propre extinction. Et c’est pourquoi aujourd’hui, un nouvel état de conscience doit émerger chez les être humains. Et c’est du fait de cette situation, qu’un nouvel état de conscience est en train d’apparaître. Maintenant que je suis en train d’ajouter une nouvelle idée à votre esprit, ce n’est pas ce que je veux faire. Certains d’entre vous me demanderont peut-être : comment savez-vous qu’un véritable changement est en train de se produire ? Comment savez-vous cela ? Cette réunion, ici même, fait partie de cette transformation de la conscience humaine.
Nous arrivons donc maintenant au coeur du sujet : la possibilité d’une transformation de la conscience, celle qui est en train de se produire ici. Pourquoi ? Comment ? Comment nous sortir de milliers d’années de conditionnements ? Et le petit soi de dire « Oh mais c’est très intéressant », « Oh oui ; je veux me transformer » Et il ajoute : « dites m’en plus, expliquez moi comment faire ? Comment puis-je y parvenir ? ». En d’autres termes, une nouvelle image prend forme mentalement, celle de moi parvenant à un état de conscience, un idéal. Donc la grosse voiture n’a pas marché, la grande maison non plus, une position plus élevée dans la société n’a pas suffit à combler le moi, trois mariages n’y sont pas parvenu, ni des expériences, ni des voyages, ni un doctorat. Mais à présent il y a la possibilité d’ajouter au moi l’accomplissement ultime. Et c’est alors que vous devenez un chercheur spirituel ! Et vous ne réalisez pas que c’est avec le même état d’esprit, le même besoin de plus et d’un avenir pour compléter le moi, qui est encore à l’oeuvre.
Et puis après vingt ans de recherches, vous commencez à être un peu fatigué. Plusieurs fois vous avez vraiment pensé avoir trouvé. La grande expérience. Qui s’est soudainement évanouie dans le passé. Et alors vous êtes devenu quelqu’un qui, un jour, a eu une grande expérience. C’est mieux que rien. Vous pouvez en parler, y penser, vous sentir malheureux à ce sujet. Quelques années plus tard c’est devenu une habitude. Alors le soi fabriqué par le mental dit « dites moi comment y arriver, quelque soit le temps qu’il faut. D’ailleurs, donnez moi du temps et j’y arriverai ». C’est ce que vous obtenez dans certain enseignement qui vous donnent satisfaction, et qui disent « il y a 12 étapes ». Cela vous permet de savoir exactement où vous en êtes « j’en suis à la quatrième étape, et toi ? » Donc certains enseignements comportent douze étapes et seul celui qui a atteint la treizième devient le chef du groupe.
(...)Le temps est donc quelque chose de bien étrange. Il semble que nous ne puissions pas y échapper et d’un autre côté, nous n’en avons jamais assez et il nous consume. Mais il y a encore quelque chose d’étrange : le temps, en réalité est à la fois passé et futur. C’est cela le temps. Mais le plus étrange, c’est qu’en fait vous ne vous trouvez jamais en présence ni du passé ni du futur. Jamais. Donc la chose étrange est que « maintenant » est toujours la seule chose qui soit. C’est toujours maintenant.
Ainsi, bien que cela vous paraisse étrange, il ne vous ait jamais rien arrivé. Vous n’avez jamais rien fait ou vécu quoi que ce soit dans le passé. Ce qui vous est arrivé, quoi que ce puisse être, est obligatoirement dans le présent. Et comme le futur n’arrive jamais, bien sur, quand il arrive, c’est maintenant ! Ainsi, même quand on se rappelle du passé, le souvenir n’est qu’une trace de mémoire à laquelle nous prêtons attention « maintenant ». Ce dont on se souvient, la forme pensée, ne peut surgir que « maintenant ». Donc le souvenir doit donc se dérouler obligatoirement dans le maintenant. Vous ne pouvez jamais échapper à « maintenant ». Nous réalisons cette chose étrange qu’en réalité, il n’y a ni passé, ni futur, ni avenir dans votre vie. Le futur est ce qu’on envisage « maintenant ». Par conséquent, il n’y a pas de vie en dehors de « maintenant ». Donc, et cela peut paraître paradoxal. D’un côté le temps semble très puissant, il semble très réel et paraît nous affecter. Et pourtant si vous y regardez de plus près, il est introuvable. En regardant le temps, tout ce qu’on y trouve, c’est l’instant présent.
Alors, quelque soit les effets du temps sur le corps, si au bout du compte le temps n’est pas réel, et peut-être que le corps ne l’est pas non plus, et que tous deux sont deux aspects de la même illusion… Mais mettons ceci de côté pour l’instant.
Et réalisons que notre vie entière se passe dans cet espace du maintenant. Elle n’a jamais été en dehors du maintenant et ne sera jamais en dehors du maintenant. Chose étrange, quand les gens sont piégés dans leur identité égocentrique fabriquée par le mental, tout ce qui compte pour eux est le passé ou l’avenir. Autrement dit, ils s’intéressent à tout sauf à ce qui est réel. Et ceci leur échappe presque continuellement. Et le moment présent est au mieux une marche qui leur permet d’atteindre le moment suivant. Et très souvent j’essaye d’échapper au moment présent, je résiste, je ne l’aime pas, je suis en route pour un autre lieu bien plus important, c’est le moment suivant. C’est là que je vais découvrir ce que je suis. Nous arrivons à une petite ouverture maintenant, une ouverture qui au début paraît très petite, et qui se situe au delà du mental conditionné. Elle mène à la libération de milliers d’années de conditionnements au travers de l’accès au pouvoir qui réside caché dans le moment présent. On pourrait dire que la transformation de conscience qui s’opère ici, est de simplement découvrir une nouvelle relation avec maintenant.
Une relation nouvelle avec maintenant. J‘ai parlé plus tôt du besoin que ressent le soi fabriqué par le mental, d’avoir des problèmes et des ennemis. Et on pourrait dire que le pire ennemi de ce soi fabriqué par le mental, est le maintenant. Les gens ne réalisent pas qu’ils ont fait du maintenant un ennemi. Mais la transformation de la conscience n’est pas quelque chose qui pourrait vous arriver à un moment donné de la vie. La transformation de la conscience consiste à simplement s’aligner sur ce moment présent. Et cela, vous ne pouvez le faire que maintenant. Est-il possible de vivre de cette manière ? De telle sorte que vous accueillez ce moment, le seul qui soit à jamais, c’est toujours ce seul moment, il n’y a jamais que lui, c’est celui là, quelque soit sa forme vous l’accueillez.
Maintenant le petit moi dit « non cet instant présent ne me plait pas du tout, je veux y échapper, il ne participe pas à mon accomplissement. En fait c’est un obstacle aux buts que je voudrais atteindre, c’est un obstacle à mon histoire». C’est cela que représente le maintenant pour le moi. Et le petit moi renchérit « ce maintenant est en train de saboter ma vie, mon histoire ». Voilà pourquoi j’ai besoin d’arriver au moment suivant. Vivre ainsi en résistance continuelle au maintenant constitue le dysfonctionnement structurel. La possibilité s’offre à nous maintenant de dire oui à ce moment, parce qu’il est, parce qu’il est constamment tel qu’il est. Et vous pourrez crier, hurler, vous plaindre, il restera tel qu’il est. Et le petit soi de dire « oui mais, je voudrais améliorer la condition du monde, je voudrais que le monde soit meilleur, ce moment est épouvantable, je ne veux pas accepter cette chose horrible ». Alors vous prenez la fuite, vous fuyez ce moment. Que se passe t-il alors ? En vérité, dans la forme que prend ce moment, et celle ci change continuellement, il y a l’espace du maintenant dans laquelle la forme apparaît, puis elle disparaît, mais en réalité elle demeure en tant qu’espace du maintenant. La forme s’étant évanouie, le mental projette le passé pour intégrer ce qui vient d’arriver, mais en réalité tout se passe dans l’espace du maintenant. Tout survient dans le maintenant, puis tout se modifie. Tout survient continuellement dans l’espace du maintenant. Il n’y a donc qu’un seul moment, qu’un seul maintenant, il ne vous quitte jamais, pas plusieurs moments, mais il y a plusieurs formes que ce moment peut prendre. Et quelque soit la forme que prend ce moment, quoi qu’il arrive, il ne s’agit pas d’un événement séparé, car il n’y a pas d’événements séparé.
Nous savons grâce aux enseignements traditionnels et à la physique moderne, que tout est interconnecté, et qu’il n’y a pas d’entité ou d’événements séparés. Et cela veut dire que ce qui apparaît dans le maintenant, ce qui se passe dans le maintenant, est une expression de la totalité, et cela signifie qu’il ne pourrait en être autrement. Le cosmos dans sa totalité a généré cela. D’où le caractère inévitable de la forme que ce moment peut prendre. Quand vous reconnaissez le caractère inéluctable de ce qui est, vous voyez alors la folie d’y résister. Car cette résistance ne fait que renforcer cette entité « moi ». Elle renforce cette illusion. C’est pourquoi le petit moi aime faire du maintenant son ennemi.
Et quand vous prenez conscience de cela, alors s’offre à vous la possibilité de vivre différemment. Et intérieurement, vous vous accordez au maintenant. Cela veut dire que vous permettez à ce moment d’être tel qu’il est. Le Bouddha a utilisé le mot « suchness », c’est à dire le fait que les choses sont telles quelles sont. Et le petit moi de dire « non, rien ne changera jamais, et vous resterez coincé dans cet insupportable maintenant pour le restant de vos jours ». Mais il ne se rend pas compte qu’il a été coincé dans ses propres schémas mentaux toute sa vie. Quand vous permettez à ce moment d’être, vous lui dites oui, oui, ce oui signifie la fin de millier d’années de conditionnements collectifs. Le non au maintenant, la réaction, le non qui réagit à ce moment, à la forme que prend ce moment, renforce la forme psychologique du moi.
Mais avec un oui, quelque soit la forme que prenne la situation, si vous lui apportez un oui, alors quelque chose d’étrange se produit. Vous pouvez dire que soudainement un espace se forme autour de ce qui arrive. Et l’espace intérieur émerge également, un sentiment de vastitude. Et ceci est l’émergence de la conscience inconditionnée. Et il y a une immense intelligence au sein de cette conscience inconditionnée. La conscience conditionnée, c’est le mental humain, qui n’est qu’un aspect partiel de cette immense intelligence « Une ».
Donc quelque chose arrive, cela peut-être un défi qui survient à un moment donné de votre vie. La vie fait cela parfois. Cela se produit dans le champ du maintenant auquel vous ne résistez pas, mais à qui vous lui accordez simplement votre attention. Vous regardez cela. Cela apparaît et vous lui donnez simplement un flot continu d’attentions. Vous regardez. Et ceci est un changement énorme, la capacité à être simplement là, avec ce qui est dans cet état de vive attention. Et dans cet état de vive attention, une immense intelligence est à l’oeuvre. Et si l’action est nécessaire, elle se produira et elle résultera non pas d’une résistance, mais de cette intelligence qui n’est rien d’autre que cet état de présence consciente. Il arrive souvent aussi qu’un facteur extérieur surgisse soudainement, ce que requiert une situation donnée. Par exemple un événement simultané. Etant maintenant connecté à cette intelligence une, qui n’est pas limitée à votre cerveau, vous pouvez donc maintenant accueillir la vie dans cet état d’ouverture quoiqu’il arrive, même si en surface les choses paraissent mauvaises. Il ne peut en être autrement, on ne peut pas discuter avec ce qui est, donc autant l’accueillir à bras ouverts.
Mais, me direz-vous, n’y a t-il pas dans la vie des situations épouvantables, des injustices, des violences, des gens commettant des choses atroces envers les autres…. Etes-vous en train de me demander de ne rien faire ? Observez ce qui se passe. Vous êtes là en tant qu’espace de l’intelligence inconditionnée. Mettez vous dans une situation, non pas en tant que petite entité combative peureuse, en colère et qui voudrait créer un monde meilleur à partir de sa colère. Voyez par vous même qu’un monde véritablement transformé ne peut naître que d’un état de conscience transformé. C’est tout ce que nous avons besoin de réaliser, comme je l’ai déjà souligné plus tôt, la possibilité d’accueillir tout ce qui se passe maintenant dans un état de « oui ».
Et soudainement le portail s’ouvre, laissant l’intelligence inconditionnée s’exprimer à travers vous et commencer à opérer dans votre vie. Vous êtes alors vécu par la vie. Alors vous pouvez vous promener, observer les choses, les laisser être totalement, que la compulsion de les cataloguer mentalement n’est plus là. Vous n’êtes donc plus coincé par les étiquettes, les concepts, les pensées. C’est cela, s’éveiller du rêve de la pensée. Cela ne veut pas dire que la pensée ne se produit plus, mais elle n’est reconnue comme n’étant que pensée. Vous la voyez pour ce qu’elle est ? Le fait de voir, c’est la conscience inconditionnée. Ici nous ne pouvons que la désigner, au travers des mots, mais le véritable enseignement est de percevoir l’espace à partir duquel naissent les mots. Certains d’entre vous ont étudié le zen…. de quoi cela parle t-il ? De ceci, du refus sans compromis de quitter « maintenant », sauf pour des questions pratiques : nous nous rencontrerons demain à telle heure ? OK ! Retour à maintenant, maintenant.
Si on demande aux maîtres zen quel est le sens du zen, certains vous frappent, d’autres vous donnent des explications absurdes, mais … Il y avait un maître qui était devenu célèbre, car tout ce qu’il faisait, était de lever le doigt quand on lui demandait « Pouvez-vous nous expliquer le zen s’il vous plait ? » « Oui » (en levant le doigt… puis long silence).
Maintenant le dernier secret, le secret de maintenant, c’est de sentir ce maintenant directement, non pas en tant que ce qui s’y passe, mais en tant que le champ sous-jacent. Et alors vous réalisez que le « maintenant » n’est pas vraiment séparé de ce que vous êtes, parce que vous êtes ce champ de présence consciente. Différentes personnes ont utilisé différents mots pour le dire : c’est simplement « l’êtreté », la présence : je suis, mais je ne suis plus ceci ou cela. Quelque part dans la bible, Dieu se définit lui même quand on lui demande qui es-tu ? Quel est ton nom ? Dieu répond « je suis celui qui est, je suis cela que je suis ». Je suis, c’est l’essence de l’être.
Ainsi, votre identité n’est plus cette petite histoire, mais ce champ, cet espace. Donc votre pratique spirituelle consiste simplement à dire « oui » au maintenant. Et souvent le vieux « non » refera surface, la vague de résistance à ce qui est. Alors que faites-vous ? Vous remarquez cette vague de résistance et vous dîtes : Oh ! il y a un non. Et vous faîtes cela en tant qu’espace de la présence consciente. Néanmoins, vous vous souvenez quand même de vos rôles, et de votre passé. Ensuite vous devez continuellement vous ressaisir, quand vous vous retrouvez aspiré par les concepts, le moi conceptuel, et vous vous en rendez compte puisque vous devenez malheureux, et que vous souffrez, vous avez perdu le maintenant. Où est le maintenant ? Mon passé, mon avenir… ? Et tout d’un coup votre attention fait « psstt… oh… Il n’y a pas vraiment de problème ici, n’est-ce pas ? » Et puis vous vous perdez à nouveau, et un objet aspire votre attention. Donc il a un va et vient incessant, et de plus en plus vous marchez sur le fil étroit du « maintenant ». Magnifique !
Et là, nous retrouvons à nouveau le paradoxe du temps, je verrai certains d’entre vous dans ce qui ressemble à demain. Mais quand je serai avec vous ce ne sera pas demain... Bizarre non ?
Merci.
Eckhart Tolle, Extrait de la Conférence à Hambourg le 13 avril 2002
Tout ce qu'on veut, c'est rêver
La raison pour laquelle nous ne sommes pas des êtres éveillés est la paresse (Tendzin fit cette découverte dans sa grotte et elle y voit l'un des écueils principaux). Il n'y a pas d'autre raison. On ne se donne pas la peine de revenir au présent parce qu'on est trop fascinés par tous les jeux de l'esprit. Si l'on réfléchit réellement à ce que représente le renoncement, on constate que cela ne consiste pas seulement à renoncer aux choses extérieures comme l'argent, la maison, la famille. ça, c'est facile. Renoncer, c'est abandonner notre bavardage intérieur, c'est-à-dire ces chères pensées que nous aimons tant, tous ces souvenirs, espoirs, rêves et fantasmes. Renoncer à tout cela et demeurer nu dans le présent sont le vrai renoncement.
Le problème de fond, c'est qu'on veut et ne veut pas l'Éveil. De petites parcelles de nous désirent l'Éveil et ces petites parties ne sont rien d'autre que l'ego qui pense que ce serait si bien, si confortable et si agréable. Mais de là à tout laisser pour y aller carrément..! On peut le faire en un instant, mais on ne le fait pas, parce qu'on est trop paresseux. La peur et la léthargie nous arrêtent. La grande inertie de l'esprit. Et la pratique est là. Quiconque est engagé dans la voie bouddhiste sait cela. Alors pourquoi ne parvient-on pas à l'Éveil ? Nous ne devons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Nous restons dans le samsara parce que nous trouvons toujours des prétextes. Il faudrait que nous nous réveillions vraiment ! Toute la voie bouddhiste consiste à s'éveiller. Mais le désir de continuer à dormir est si fort. En dépit de toutes nos allégations de vouloir parvenir à l'Éveil afin d'aider les êtres, on ne le veut pas vraiment. On aime surtout rêver.
Un ermitage dans la neige (vu chez Ipapy)
Plus un instant à perdre
Celui qui parle de vivre au présent rencontre régulièrement une curieuse objection : "Je ne peux pas vivre dans le présent, je l’oublie immédiatement. Cela marche quelques minutes, puis c’est fini." De telles paroles montrent qu’on n’a pas encore compris de quoi il est question. On croit que, dans l’avenir, onéchouera à vivre au présent. Mais il s’agit du présent maintenant, tandis que j’écris et que je lis. Si nous remplissons l’instant d’une présence complète, notre journée voit sans cesse apparaître de nouveaux instants qui nous invitent et nous exhortent à être totalement présents. Ne pensons pas toujours à l’avenir quand nous parlons de la vie au présent. Chaque instant a un message qui doit être pris au sérieux.
Un moyen qui peut nous aider à vivre de plus en plus dans le présent, c’est, paradoxalement, de penser souvent à la mort. C’est une caractéristique de la mort de nous ramener au présent... Dans un article sur la relaxation quelqu’undonnait le conseil de s’imaginer qu’on allait mourir le jour même. Un lecteur écrivait quelques semaines plus tard : “ Cela a bien marché : j’ai travaillé comme si tout devait prendre fin le soir même. J’ai laissé de côté des choses moins urgentes pour me donner totalement aux choses importantes.”
Méditation chrétienne profonde, de Wilfrid Stinissen
Revenir chez soi
Vous vous promenez à la campagne un dimanche matin. C'est beau. Il y a des fleurs. Et vous prenez conscience, tout à coup, que depuis dix minutes, vous n'avez rien vu, rien senti, rien entendu. Vous étiez complètement absorbée par votre discours intérieur. Vous étiez « ailleurs ». Dans le futur, dans le passé, dans vos histoires avec Pierre, Jean, Jacques. Si vous revenez ici et maintenant, vous prenez soudain conscience de la caresse du vent sur votre peau, vous entendez de nouveau les enfants crier au loin, vous prenez de nouveau conscience du jaune et de l'orange des fleurs dans le champ. La pensée a pour fonction de nous amener dans le passé et le futur. Pour le corps, il n'y a ni passé ni futur. Il y a seulement ce qui se passe dans l'instant. Nous ne sommes jamais tout à fait là. Nos pensées, disent les Orientaux, nous hypnotisent. Elles sont comme un voile devant nos yeux, un écran de fumée qui encrasse les fenêtres de nos sens. Nous substituons continuellement la pensée à l'expérience directe. Dans les cultures orientales, ce discours intérieur incessant et quasi permanent constitue le principal obstacle à la connaissance et à La réalisation de soi-même. « Perdez la tête et retrouvez vos sens » est devenu, au cours des années le leitmotiv des nouvelles approches en psychologie. On rejoint par là un des éléments essentiels de la sagesse zen.
Méditer n'est pas non plus réfléchir à quelque chose. Au contraire, l'essentiel de la méditation consiste à ne plus penser du tout, à laisser le silence s'installer en soi. En fait, méditer n'est pas à proprement parler un acte. C'est plutôt un état. Une façon d'être.
On a toujours l'esprit occupé. On finit par être si habitués à l'agitation de notre esprit, au trafic incessant de nos pensées, qu'on finit par croire que ces pensées sont l'essence même de notre moi. On a fini par oublier que notre nature de base en est une de silence intérieur et que lorsque nous touchons des plages de ce silence, nous pouvons toucher du même coup l'extase d'exister tout simplement.
Les préjugés sur la méditation sont nombreux. On voit en la méditation un acte exotique, compliqué, alors qu'on peut méditer en mangeant, en marchant, en faisant la vaisselle. « Quand je mange, je mange ; quand je bois, je bois ; quand je dors, je dors », dit te maître zen à son disciple qui lui demande le secret de sa paix intérieure. « Simplement ça ? », dit le disciple déçu. Facile ? Essayez donc de manger pendant plus dune minute sans penser à autre chose...
Le grand mythologue américain Joseph Campbell montrait du doigt l'ampoule du plafond à ses étudiants et leur demandait : « Êtes-vous l'ampoule ou la lumière qui passe à travers l'ampoule ? » Il considérait la réponse à cette question essentielle. Qui suis-je ? Suis-je la lampe ou la flamme à l'intérieur de la lampe ? Ou suis-je les deux ?
Les sages, les saints et les êtres éveillés de différentes cultures nous répètent constamment que nous sommes la lumière qui passe à travers l'ampoule, alors que nous nous tuons à nous identifier à l'ampoule et que nous refusons de croire que nous pouvons être aussi la lumière. Méditer, c'est commencer à réaliser que si notre corps est l'ampoule qui contient la lumière, notre conscience, elle, est cette lumière qui circule indépendamment des courts-circuits ou des bris de verre. Nous sommes beaucoup plus vastes que ce que nous croyons.
Un soufi (ascète de l'Islam) qui toute sa vie s'est prosterné devant son Dieu, a, sur ses derniers jours, le « flash », la révélation : « Je suis celui que j'adore ».
Pour bon nombre de traditions orientales, il n'y a pas de Dieu extérieur à nous-même. Il n'y a, disions-nous, que des êtres réalisés, « éveillés », et d'autres qui ne le sont pas. Nous sommes tous des Bouddhas non arrivés à terme.
Le Bouddha en moi ressemble en certains points à un chat ou à un bébé. Merveilleux bébés d'avant la culture ! Observez-les : entiers, curieux, présents totalement ici et maintenant. C'est le sens du « redevenez comme des enfants » du Christ et, encore une fois, de la plupart des traditions mystiques. Non pas « Retombez en enfance », non pas « Redevenez infantiles », mais retrouvez en toute conscience la pureté, la curiosité animale, la totalité des tout-petits. Le tao a une superbe image qui résume bien la maturité consciente du vieillard et la spontanéité radicale de l'enfant : celle du vieil enfant. Devenez le vieil enfant. Retrouvez l'expérience directe d'un enfant découvrant le monde. Voyez, sentez, touchez, goûtez comme si c'était la première et la dernière fois. Cultivez la sagesse du vieillard qui a vu mille fois l'eau couler sous le pont, et qui sait d'expérience que tout change, et l'innocence de l'enfant qui sait voir un trésor dans une goutte d'eau.
Une des premières découvertes du méditant consiste à mettre en lumière tout le fonctionnement interne de la formation des pensées et des images. Pas de façon intellectuelle, mais par la simple auto-observation. Avez-vous déjà observé comment se forme une pensée ? D'abord, elle est vague, lointaine. Puis elle se précise peu à peu et envahit tout votre champ mental. Puis elle redevient de nouveau imprécise et disparaît. Même processus pour les émotions et les sensations. Elles émergent, éclatent et disparaissent comme des fleurs.
Méditer, c'est apprendre à voir les événements de votre vie pour ce qu'ils sont : des nuages passagers.
Vous êtes le ciel. Pensées, émotions, sensations, toutes les choses qui vous arrivent sont des nuages. Parfois les nuages sont noirs, parfois les nuages sont blancs, parfois ils s'accumulent jusqu'à masquer le ciel, parfois ils passent rapidement. Ils vont, ils viennent. Peu importe leur nombre, leur couleur, le temps qu'ils restent, ils ne sont que des nuages. Et vous, le ciel, vous demeurez inchangé.
Méditer, c'est aussi prendre contact avec ce qui en vous ne change pas. Les soufis nomment cela l'état d'hôte. Il y a l'hôte (vous) et il y a les invités (les pensées, les émotions, les sensations). Ne confondez pas l'hôte et les invités. Ne vous identifiez pas aux invités. Ils ne sont pas faits pour rester. C'est dans ce sens que bon nombre de traditions mystiques parlent de détachement. Il y a vous, et il y a la tristesse qui maintenant passe en vous. N'accrochez pas. La tristesse n'est que l'invitée qui passe dans l'auberge. Tôt ou tard elle sen ira. Seul l'hôte demeure.
Méditer, c'est commencer à s'aimer et à s'accepter sans se juger. Nous nous jugeons continuellement. Et le jugement nous fait sortir automatiquement de l'état méditatif. Le jugement requiert une comparaison constante du passé et du présent. Il nous ramène tout de go dans nos pensées. Il est peut-être nécessaire pour vivre en société, mais quand on revient à l'intérieur de soi, il devient une barrière, un obstacle. Quand on se juge, on s'empêche d'être comme on est. Plus vous prenez vos sentiments pour ce qu'ils sont (des nuages, des invités), plus vous vous regardez avec une sorte de bienveillance souriante. Tout passe. Et vous le savez. Vous vous permettez de plus en plus d'être totalement ce que vous êtes.
Méditer, ce n'est rien d'autre que revenir chez soi. En fait, il n'y a rien à faire dans la méditation. Ce n'est pas réciter un mantra, ce n'est pas faire une prière. Tout cela, c'est la technique qui ne fait que préparer la chambre pour recevoir l'invité. Méditer est simplement revenir chez soi et prendre un peu de repos. Il n'y a pas un « autre part» où aller dans la méditation. Il s'agit seulement d'être là où vous êtes, d'occuper tout l'espace où vous êtes. C'est ça, méditer.
Paule Lebrun Magazine Lumière - mars 1999
à côté de la vie
Christophe André, Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité
Quand je mange, je mange
Lama Surya Das, Éveillez le Bouddha qui est en vous
Voir l'ordinaire

Gas (Station service) par Edward Hopper (1882-1967)
Tu passais, et tu t'es arrêté : il y avait quelque chose de particulier. La lumière, peut-être, à ce moment de la journée où viennent les ombres de la nuit et où les lueurs électriques créent lentement des îlots d'humanité dans la noirceur ? Ou bien la douceur de l'air ? Ou la masse sombre de la forêt alentour ?
Tu remarques ce détail, tout bête, du Pégase sur le panneau éclairé. Ce grand Pégase rouge avec ses trois petits frères piaffant d'impatience de s'élancer dans le ciel, vers le néant de la nuit. Cette effigie de Pégase comme une ancre étrange ton attention. Et te voilà présent à tout le reste de cet instant banal et ordinaire. Tu prends conscience des vapeurs d'essence, de la mélodie usée et gentiment débile qui sort d'une radio allumée quelque part dans la maison éclairée. Ce ne sont ni la beauté ni la bizarrerie de cet instant qui te touchent et t'immobilisent corps et âme. Tu n'as pas besoin de ça, beauté ou bizarrerie, pour arrêter le flots de tes pensées, de tes gestes et de tes projets. Tu t'es arrêté parce que cet instant est unique. Parce que tu ne reverras plus jamais exactement ce que tu vois. Parce que tu ne revivras plus jamais exactement ce que tu vis. C'est ça, tu as compris : tu t'es arrêté parce qu'à surgi à ta conscience l'essentiel. Tu es en train de vivre un bout de vie. Comment peux-tu oublier ça si souvent ? Oublier que vivre est une chance, oublier que chaque instant de vie est un miracle. Gagné sur la nuit, sur la mort, sur le néant. Comment peux-tu oublier ça ? N'oublie plus jamais de vivre. Maintenant, par exemple : relève la tête et regarde autour de toi avec les yeux d'un nouveau né, comme si jamais encore tu n'avais vu ce que tu vois.
Christophe André, Méditer, jour après jour - 25 leçons pour vivre en pleine conscience
Zzzzzzzzz
Les hommes sont aussi négligents et inattentifs
dans leurs moments éveillés
de ce qui se passe autour d'eux
que pendant leur sommeil.
Les sots, bien qu'ils entendent,
sont comme des sourds ;
à eux l'adage suivant s'applique :
lorsqu'ils sont présents
ils sont absents.
Une personne ne devrait pas agir ou parler
comme si elle était endormie.
Les éveillés ont un monde en commun ;
ceux qui dorment ont chacun leur monde intime.
Héraclite
Vigilance constante !
La pleine conscience, la vigilance signifient que vous avez une conscience complète de tout ce qui se passe en ce moment. Vous êtes présent. Si, lorsque vient la colère vous êtes présent, la colère ne peut alors pas exister. Elle ne peut éclater que lorsque vous êtes profondément endormi. Lorsque vous êtes présent, la transformation de votre être est immédiate car lorsque vous êtes vigilant, de nombreuses choses ne sont tout simplement plus possibles. Si vous êtes conscient, tout ce qui est considéré comme des péchés n'est en réalité plus possible. En fait il n'existe qu'un seul vrai péché, c'est la non-vigilance.
L'origine du mot anglais sin (péché) signifie manquer quelque chose et non pas commettre une erreur. La racine hébraïque de ce mot signifie exactement manquer, oublier. Manquer quelque chose, oublier, cela signifie faire quelque chose sans être présent - c'est le seul péché. Et la seule vertu ? C'est être pleinement attentif à ce que vous faite. C'est ce que Gurdjieff appelle le rappel à soi, Bouddha nomme cela la pleine conscience, Krishnamurti parle de vigilance et Kabir utilise le mot hindi surati. Le sens est à chaque fois le même : être ici et maintenant ! Rien d'autre n'est nécessaire, absolument rien d'autre.
Osho (Etre en pleine conscience)
Histoire zen
Un jour, un jeune disciple demande à son guide spirituel :
- Maître, pouvez-vous me dire quelles sont les qualités requises pour devenir un bon aspirant à l’Eveil?
Le maître répond : " L’attention ".
Le disciple s’émerveille et s’exclame :
- Merci Maître, je le note tout de suite ! Et la suivante?
Le maître répond : " L’attention. "
- Ah ? s’étonne le disciple. Mais respectueux, il ne fait pas de commentaire et prend note.
Puis il hasarde :
- Et y aurait-il une autre qualité ?
- Oui, dit le maître, l’attention…
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Illuminez-vous
La voie de Bouddha était vipassana, ce qui signifie être le temoin. Bouddha a trouve la plus grande technique jamais découverte, celle d'observer sa respiration. Vous n'avez besoin que d'observer votre respiration. La respiration est un phénomene simple et naturel. De plus, elle est présente vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Vous n'avez aucun effort a faire. Pour répéter un mantra, vous devez faire un effort, vous devez vous forcer. Pour dire continuellement « Ram, ram », vous allez devoir dépenser beaucoup d'énergie et vous allez forcement l'oublier de nombreuses fois. De plus, le mot Ram est encore quelque chose qui appartient au mental et ce qui appartient au mental ne peut jamais vous amener au-delà du mental.
Bouddha aborde la chose sous un angle totalement nouveau. II vous faut juste observer votre respiration, les inspirations et les expirations.
(...)
Vous serez surpris de voir le miracle d'un tel processus dans lequelle mental ne joue aucun rôle.
L'observation n'est pas une qualité du mental, c'est une qualité de l'âme, de la conscience du soi. L'observation n'est absolument pas un processus mental. Quand vous observez, le mental s'arrête, il cesse d'être. Oui, au départ, vous oublierez de nombreuses fois, le mental interférera et jouera encore ses vieux jeux. Mais quand vous vous rappelez que vous avez oublié, il n'y a aucun besoin de vous sentir coupable ou fautif. Revenez simplement a l'observation, observez de nouveau votre respiration. Petit a petit, le mental interférera de moins en moins.
Et quand vous pourrez observer votre respiration pendant quarante-huit minutes sans arrêt, vous serez illuminé !
Vous vous dites alors : « Seulement quarante-huit minutes ? » Vous pensez que ce n'est pas si difficile... ce ne sont que quarante-huit minutes! Mais en fait, c'est très difficile. Rien qu'en quarante-huit secondes, vous êtes déjà emporté par le mental de nombreuses fois! Essayez ce petit exercice avec une montre devant vous. Au debut, vous ne pouvez pas être observateur plus de soixante secondes. En une minute, vous oublierez d'être temoin de nombreuses fois. Vous en oublierez la montre et l'exercice! Certaines idees vous emporteront loin, bien loin. Puis, soudainement, vous réaliserez... vous regarderez la montre et dix secondes seront passées. Pendant dix secondes, vous n'avez pas observé.
Petit a petit, cela viendra tout seul, c'est un truc a prendre. Ce n' est pas une pratique, c'est un truc à saisir. Progressivement, vous I'integrerez en vous. Et une fois que vous aurez goûté à ces merveilleux moments de bien-être, de joie, vous souhaiterez les retrouver de nouveau ; non pas pour un quelconque objectif... simplement pour la seule joie d'etre dans cet espace, pour être présent à la respiration.
Osho (Etre en pleine conscience - Une présence à la vie)
Méditer en marchant
La technique de méditation en marchant que je vous propose est relativement simple et d’une grande efficacité. Elle repose sur la différence entre voir (l’ensemble) et regarder (un point en particulier).
Elle consiste simplement à voir plutôt qu’à regarder. Mais il s’agit en fait d’exercer un contrôle non pas sur la vue – qui assure toujours à la fois les deux fonctions : voir et regarder – mais sur l’attention.
Cette technique consiste à élargir l’attention à l’ensemble de ce qui est perçu, donc à ce qui est vu plutôt que de la restreindre à ce qui est regardé. Autrement dit, pour employer un langage plus technique, il s’agit de dissocier l’attention de la vision restreinte assurée par la fovea centralis (et, relativement, par la macula oblongata) pour l’investir dans le champ visuel élargi, en fonction de la vision périphérique.
Je connais, pour l’avoir pratiquée, la technique inspirée du Vipassana (technique bouddhique de méditation) qui consiste, pendant la marche ralentie, à être attentif au moindre mouvement du corps. Mais j’étais à la recherche d’une technique qui permettrait, pendant la marche normale, d’apaiser le fonctionnement du mental, de favoriser la conscience du corps de même que la présence à soi.
Ce qu’il faut savoir sur la vue :
Pour l’exposé qui suit, je m’inspire des notes de cours que j’ai donnés pendant plusieurs années en communication à l’Université McGill, dont certains portaient sur la perception sensorielle.
La vision se définit à trois niveaux :
- La fovea, zone restreinte où la vision est la plus nette, mais de 3º à 4º seulement, qui permet de focaliser.
- La macula, zone où la vision est moins nette que celle de la fovea, mais de 12º à 15º en largeur et de 15º à 18º en hauteur, et de forme ovoïde.
- La vision périphérique, zone où la vision est encore moins nette, mais dont le champ est d’environ 160º à 180º.
La perception au niveau de la fovea et de la macula est assurée par les cônes qui permettent de percevoir la forme et les couleurs; alors que la perception au niveau de la vision périphérique est assurée par les bâtonnets qui permettent de percevoir le mouvement. Ce dernier point est important dans la mesure où la perception du mouvement n’est pas que visuelle mais aussi de nature spatiale, donc associée à l’expérience tactile. La vision périphérique contribue donc aussi à se percevoir dans l’environnement.
Les différents niveaux de perception visuelle font l’objet d’un collage par le cerveau, ce qui donne l’impression d’une expérience unifiée.
Comme on le voit, il s’agit d’une question complexe. Je ne vais retenir pour la suite de cet exposé que les informations démontrant la différence entre la perception visuelle assurée par la fovea (et la macula) – regarder – et celle qui est assurée par la vision périphérique – voir.
Afin de bien saisir cette différence, il est capital d’en faire soi-même l’expérience. Je vous suggère donc de constater :
a) que la vision focalisée, assurée surtout par la fovea, est restreinte : il suffit de regarder un objet, qu’il soit proche ou éloigné, pour constater qu’on n’en perçoit avec netteté qu’une toute petite partie;
b) et qu’il est possible de prendre conscience de la vision périphérique en élargissant le champ de l’attention des deux côtés à la fois sans bouger les yeux.
Telle est, en somme, la différence entre regarder – vision restreinte et voir – vision élargie.
Et telle est, par ailleurs, la différence au niveau de l’expérience visuelle entre l’attention active – regarder; et l’attention passive – voir.
Regarder est donc associé à l’attention active; voir, à l’attention passive.
Deux expressions, en langue anglaise, rendent particulièrement bien la différence entre l’attention active: «to be conscious of», et l’attention passive: «to be aware of».
Je viens d’en faire encore une fois l’expérience. J’ai d’abord levé les yeux pour regarder une fleur qui se trouve dans un vase sur ma table de travail; puis, sans cesser de regarder cette fleur, j’ai élargi le champ de mon attention en fonction de la vision périphérique, de façon à voir d’un côté la porte et de l’autre la fenêtre, devenant ainsi conscient – mais au sens anglais de «aware» – de la totalité du champ visuel.
Méditer en marchant consiste précisément à élargir le champ de l’attention en fonction de la vision périphérique : donc, à voir plutôt qu’à regarder, passant ainsi de l’attention active à l’attention passive.
Or, chaque fois que j’élargis ainsi le champ de l’attention, passant de l’attention active à l’attention passive, je constate :
- que l’environnement ne me paraît plus être à l’extérieur de moi, mais que je me perçois, au contraire, à l’intérieur – augmentant ainsi mon sentiment de participation;
- qu’il m’est plus facile, lorsque mon attention correspond à la vision périphérique, de prendre conscience de mon corps, de ma présence ici et maintenant, et d’être conscient de moi-même, conscient d’être;
- enfin, qu’il m’est plus facile, aussi, d’apaiser le fonctionnement du mental : dans la mesure où l’attention passive est soutenue, «ça» cesse de parler dans ma tête...
Élargir le champ de l’attention en fonction de la vision périphérique représente donc, à toutes fins utiles, une technique de méditation.
Lorsque l’expérience visuelle s’apparente à l’expérience audio-tactile
Passer de l’attention active, correspondant à la vision de la fovea, à l’attention passive, correspondant à la vision périphérique, entraîne une modification au niveau même de la perception sensorielle : l’expérience que l’on fait de l’environnement et de sa relation à l’environnement n’est plus à proprement parler de nature visuelle, bien qu’elle soit déterminée par la vue, mais, relativement, de nature audio-tactile.
Je m’explique :
Lorsque je regarde, je me perçois à l’extérieur de ce que je regarde – depuis un point de vue; mais, au contraire, lorsque je vois, je me perçois à l’intérieur de ce que je vois.
Regarder particularise, détache l’observateur de l’objet observé; voir généralise, globalise, rattache l’observateur à l’environnement.
Voir est, par rapport à regarder, comme entendre, par rapport à écouter.
Je suis à l’intérieur de ce que j’entends. Je participe de ce que j’entends. De même, je suis à l’intérieur de ce que je vois. Je participe de ce que je vois.
Or, dans la mesure où, dans l’expérience de voir, l’oeil n’est plus actif mais devient passif, où l’attention elle-même n’est plus active mais passive, où l’observateur ne se perçoit plus à l’extérieur mais à l’intérieur de l’environnement, l’expérience visuelle s’apparente alors à l’expérience audio-tactile. Et c’est pourquoi d’ailleurs il suffit de passer de l’attention active à l’attention passive pour qu’il soit relativement facile de prendre conscience de son corps dans l’environnement, de sa présence ici et maintenant – de devenir conscient d’être.
(...)
Une technique de rappel à soi
Cela nous amène aux techniques de rappel à soi de George I. Gurdjieff, qui visent à éveiller la conscience d’être. Car nous sommes rarement conscients de nous-mêmes. Le plus souvent, nous nous définissons au niveau de la conscience ordinaire, sans être conscients d’être.
Aux techniques de rappel à soi qu’on trouve d’ailleurs non seulement chez Gurdjieff mais, comme je devais aussi le découvrir, dans d’autres écoles de sagesse, je suggère d’ajouter celle que j’ai tenté de définir dans cet exposé.
En résumé, cette technique peut se ramener à la formule que j’ai proposée au début : dissocier l’attention de la vision restreinte de la fovea (regarder) et l’investir dans le champ élargi de la vision périphérique (voir).
J’estime, pour en avoir souvent fait l’expérience, qu’elle est d’une très grande efficacité... à propos d’efficacité, il est peut-être utile que je parle brièvement, en terminant, du rôle de la respiration. Je suggère, au moment d’élargir l’attention à la vision périphérique, d’inspirer lentement, puis d’expirer plus rapidement. L’inspiration favorise la concentration, alors que l’expiration entraîne souvent une diffusion de l’attention. Comme en témoigne un des principes de la lecture rapide : on retient mieux... ce qu’on inspire! C’est la raison, du moins je le suppose, pour laquelle, dans certaines pratiques méditatives, celle de zazen en particulier, on demande de mettre plutôt l’accent sur l’expiration – afin sans doute de compenser la tendance à la diffusion de l’attention, parvenant ainsi à une concentration plus égale. Mais il demeure que chaque fois qu’on a du mal à concentrer son attention, il faut s’appuyer sur l’inspiration, le temps de reprendre le contrôle de la concentration, pour ensuite s’appuyer au contraire sur l’expiration, ce qui rend la concentration plus stable.
Voir, c’est la technique de méditation que j’associe plus particulièrement à la marche, mais qui trouve aussi à s’appliquer à peu près à toutes les situations de la vie.
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ici et maintenant
Vivre en pleine conscience, c'est être vraiment là, pleinement vivant ici et maintenant. C'est la capacité de vivre profondément chaque instant de notre vie quotidienne. La méditation ne se pratique pas seulement dans la salle de méditation, mais aussi dans la cuisine, au jardin, au téléphone, au volant d'une voiture, en faisant la vaisselle...Il y a pleine conscience chaque fois que le corps et l'esprit sont réunis. Notre vraie demeure est ici et maintenant.
Thich Nhat Hanh, extrait de la revue Terre du ciel n°65
Chaque instant de votre vie peut servir à pratiquer la pleine conscience. Que vous soyez à attendre votre repas ou à faire la queue pour l'appel, vous pouvez respirer en toute conscience ou pratiquer la technique du sourire. Veillez à ne pas gaspiller aucun instant de votre vie, toute minute qui passe pouvant être utilisée pour cultiver la solidité, la paix ou la joie. Après seulement quelques jours de pratique de la pleine conscience, votre entourage retirera un certain bien-être de votre présence - ce dont vous vous rendrez compte. Votre présence ici peut être celle d'un bodhisattva, d'un saint. Cela est du domaine du possible.
La pratique de la pleine conscience consiste à nous relier aux éléments merveilleux qui sont en nous, qui nous régénèrent et nous guérissent. Sans la pleine conscience, nous avons tendance à laisser pénétrer en nous des éléments nocifs à nos organismes et à notre esprit. Le Bouddha a dit que rien ne peut subsister sans nourriture. La joie ne peut subsister sans nourriture, pas plus que la tristesse ou le désespoir. Si le désespoir est en nous, c'est parce que nous lui procurons une nourriture qui lui profite. Pour lutter contre la dépression, le Bouddha recommande de poser sur elle un regard scrutateur afin de pouvoir distinguer les différentes nourritures qu'on lui procure. Dès que vous avez identifié une source particulière de nourriture, coupez-vous en. Après seulement une ou deux semaines vous constaterez que votre dépression s'est évanouie.
Thich Nhat Hanh, extraits de Soyez libre là où vous êtes, Editions Dangles, 2003
Anti-stress
Êtes-vous stressé ? Êtes-vous si pressé d'arriver au futur que le présent n'est plus qu'un moyen d'y parvenir ? Le stress survient quand on est "ici" tout en voulant être "là-bas", c'est à dire quand on est dans le présent tout en voulant être dans le futur. C'est une fêlure qui vous déchire de l'intérieur. Créer et vivre cette fêlure interne est malsain. Et le fait que tout le monde soit concerné n'y change rien.
Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent
Voyage au delà de mon cerveau
Comment se libérer du mental
Lorsque quelqu’un va chez le médecin et lui dit qu’il entend des voix, celui-ci l’enverra fort probablement consulter un psychiatre. Le fait est que, de façon très similaire, presque tout le monde entend en permanence une ou plusieurs voix dans sa tête et qu’il s’agit du phénomène involontaire de la pensée que vous ne réalisez pas avoir le pouvoir d’arrêter. Ce ne sont que monologues ou dialogues continuels.
Il vous est certainement déjà arrivé de croiser dans la rue des déments qui parlent sans arrêt tout haut ou tout bas. En réalité, ce n’est pas très différent de ce que vous et tous les gens « normaux » faites, sauf que vous le faites en silence. La voix passe des commentaires, fait des spéculations, émet des jugements, compare, se plaint, aime, n’aime pas, et ainsi de suite. Ce que cette voix énonce ne correspond pas automatiquement à la situation dans laquelle vous vous trouvez dans le moment. Elle ravive peut-être un passé proche ou lointain ou bien alors imagine et rejoue d’éventuelles situations futures. Dans ces moments-là, la voix imagine souvent que les choses tournent mal et envisage des résultats négatifs. C’est ce que l’on appelle l’inquiétude. Cette bande sonore s’accompagne parfois d’images visuelles ou de « films mentaux ». Et même si ce que la voix dit correspond à la situation du moment, elle l’interprétera en fonction du passé. Pourquoi ? Parce que cette voix appartient au conditionnement mental, qui est le fruit de toute votre histoire personnelle et celui de l’état d’esprit collectif et culturel dont vous avez hérité. Ainsi, vous voyez et jugez dorénavant le présent à travers les yeux du passé et vous en avez une vision totalement déformée. Il est fréquent que, chez une personne, cette voix intérieure soit son pire ennemi. Nombreux sont les gens qui vivent avec un bourreau dans leur tête qui les attaque et les punit sans cesse, leur siphonnant ainsi leur énergie vitale. Ce tyran est à l’origine des innombrables tourments et malheurs, ainsi que de toute maladie.
Mais la bonne nouvelle dans tout cela, c’est que vous pouvez effectivement vous libérer du mental. Et c’est là la seule véritable libération. Vous pouvez même commencer dès maintenant. Écoutez aussi souvent que possible cette voix. Prêtez particulièrement attention aux schémas de pensée répétitifs, à ces vieux disques qui jouent et rejouent les mêmes chansons peut-être depuis des années. C’est ce que j’entends quand je vous suggère « d’observer le penseur ». C’est une autre façon de vous dire d’écouter cette voix dans votre tête, d’être la présence qui joue le rôle de témoin.
Lorsque vous écoutez cette voix, faites-le objectivement, c’est-à-dire sans juger. Ne condamnez pas ce que vous entendez, car si vous le faites, cela signifie que cette même voix est revenue par la porte de service. Vous prendrez bientôt conscience qu’il y a la voix et qu’il y a quelqu’un qui l’écoute et qui l’observe. Cette prise de conscience que quelqu’un surveille, ce sens de votre propre présence, n’est pas une pensée. Cette réalisation trouve son origine au-delà du « mental ».
Ainsi, quand vous observez une pensée, vous êtes non seulement conscient de celle-ci, mais aussi de vous-même en tant que témoin de la pensée. À ce moment-là, une nouvelle dimension entre en jeu. Pendant que vous observez cette pensée, vous sentez pour ainsi dire une présence, votre moi profond, derrière elle ou sous elle. Elle perd alors son pouvoir sur vous et bat rapidement en retraite du fait que, en ne vous identifiant plus à elle, vous n’alimentez plus le mental. Ceci est le début de la fin de la pensée involontaire et compulsive.
Lorsqu’une pensée s’efface, il se produit une discontinuité dans le flux mental, un intervalle de « non-mental ». Au début, ces hiatus seront courts, peut-être de quelques secondes, mais ils deviendront peu à peu de plus en plus longs. Lorsque ces décalages dans la pensée se produisent, vous ressentez un certain calme et une certaine paix. C’est le début de votre état naturel de fusion consciente avec l’Être qui est, généralement, obscurcie par le mental. Avec le temps et l’expérience, la sensation de calme et de paix s’approfondira et se poursuivra ainsi sans fin. Vous sentirez également une joie délicate émaner du plus profond de vous, celle de l’Être.
Il ne s’agit pas du tout d’un état de transe, car il n’y a aucune perte de conscience. Bien au contraire. Si la paix devait se payer par une réduction de la conscience et le calme, par un manque de vitalité et de vigilance, elle n’en vaudrait pas la peine. Dans cet état d’unité avec l’Être, vous êtes beaucoup plus alerte, beaucoup plus éveillé que dans l’état d’identification au mental. Vous êtes en fait totalement présent. Et cette condition élève les fréquences vibratoires du champ énergétique qui transmet la vie au corps physique.
Lorsque vous pénétrez de plus en plus profondément dans cet état de vide mental ou de « non-mental », comme on le nomme parfois en Orient, vous atteignez la conscience pure. Et dans cette situation, vous ressentez votre propre présence avec une intensité et une joie telles que toute pensée, toute émotion, votre corps physique ainsi que le monde extérieur deviennent activement insignifiants en comparaison. Cependant, il ne s’agit pas d’un état d’égoïsme mais plutôt d’un état d’absence d’ego. Vous êtes transporté au-delà de ce que vous preniez auparavant pour « votre moi ». Cette présence, c’est vous en essence, mais c’est en même temps quelque chose d’inconcevablement plus vaste que vous. Ce que j’essaie de transmettre dans cette explication peut sembler paradoxal ou même contradictoire, mais je ne peux l’exprimer d’aucune autre façon.
Au lieu « d’observer le penseur », vous pouvez également créer un hiatus dans le mental en reportant simplement toute votre attention sur le moment présent. Devenez juste intensément conscient de cet instant. Vous en tirerez une profonde satisfaction. De cette façon, vous écartez la conscience de l’activité mentale et créez un vide mental où vous devenez extrêmement vigilant et conscient mais où vous ne pensez pas. Ceci est l’essence même de la méditation.
Dans votre vie quotidienne, vous pouvez vous y exercer durant n’importe quelle activité routinière, qui n’est normalement qu’un moyen d’activer à une fin, en lui accordant votre totale attention afin qu’elle devienne une fin en soi. Par exemple, chaque fois que vous montez ou descendez une volée de marches chez vous ou au travail, portez attention à chacune des marches, à chaque mouvement et même à votre respiration. Soyez totalement présent. Ou bien lorsque vous vous lavez les mains, prenez plaisir à toutes les perceptions sensuelles qui accompagnent ce geste : le bruit et la sensation de l’eau sur la peau, le mouvement de vos mains, l’odeur du savon, ainsi de suite. Ou bien encore, une fois monté dans votre voiture et la portière fermée, faites une pause de quelques secondes pour observer le mouvement de votre respiration. Remarquez la silencieuse mais puissante sensation de présence qui se manifeste en vous. Un critère certain vous permet d’évaluer si vous réussissez ou non dans cette entreprise : le degré de paix que vous ressentez alors intérieurement.
Ainsi, le seul pas crucial à faire dans le périple qui conduit à l’éveil est d’apprendre à se dissocier du mental. Chaque fois que vous créez une discontinuité dans le courant des pensées, la lumière de la conscience s’intensifie. Il se peut même que vous vous surpreniez un jour à sourire en entendant la voix qui parle dans votre tête, comme vous souririez devant les pitreries d’un enfant. Ceci veut dire que vous ne prenez plus autant au sérieux le contenu de votre mental et que le sens que vous avez de votre moi n’en dépend pas.
Eckhart Tolle Le pouvoir du moment présent
http://www.eckharttolle.fr/
Voir
-Tu penses et tu parles beaucoup trop. Tu dois cesser de parler.
- Que voulez-vous dire?
- Tu parles beaucoup trop à toi même. Tu n'es pas le seul à faire ainsi. Chacun d'entre nous le fait. Nous n'arrêtons jamais ce bavardage intérieur. Penses-y. Chaque fois que tu es seul, que fais-tu ?
- Je me parles à moi même.
- De quoi te parles-tu ?
- Je n'en sais rien. De n'importe quoi sans doute.
- Je vais te dire ce que nous nous disons. Nous parlons de notre monde. En fait avec notre bavardage intérieur nous maintenons le monde.
- Comment cela?
- Chaque fois que nous finissons de nous parler, le monde est toujours tel qu'il devrait être. Nous le renouvelons, nous lui insufflons de la vie, nous le supportons de notre bavardage intérieur. Et ce n'est pas tout, nous choisissons aussi nos chemins comme nous parlons à nous-mêmes. Par conséquent, nous répétons toujours et toujours les mêmes choix jusqu'au jour où nous mourons, cela parce que nous continuons toujours et toujours à répéter le même bavardage intérieur jusqu'au jour où nous mourons. Un guerrier est conscient de cela et il s'efforce de mettre fin à son bavardage intérieur. Ce qui constitue la dernière caractéristique d'un guerrier à connaître si tu veux vivre comme un guerrier.
- Comment puis-je cesser de me parler ?
- En premier lieu tu dois faire usage de tes oreilles pour les charger d'une part du fardeau de tes yeux. Depuis le jour de notre naissance nous utilisons nos yeux pour juger le monde. Nous parlons aux autres et à nous mêmes, en termes de ce que nous avons vu. Un guerrier est conscient de cela, et il écoute le monde. Il écoute le son du monde. (...) Un guerrier est conscient que le monde changera dès qu'il cessera de parler, dit-il et il doit être préparé pour cette monumentale secousse.
- Que voulez-vous dire?
- Le monde est comme ci ou comme ça parce que nous disons qu'il est ainsi. Si nous cessons de nous dire que le monde est comme ça, le monde cessera d'être comme ça. Seulement je ne crois pas que tu sois maintenant prêt à une telle gifle, par conséquent tu dois commencer à dé-faire très lentement le monde.
Carlos Castaneda (Voir)